Cenntro Motors France : Peter Wang déclare forfait

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Manifestation des salariés de Cenntro Motors à Lyon l'été dernier
Manifestation des salariés de Cenntro Motors à Lyon l'été dernier (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Les délégués du personnel de Cenntro Motors France sont officiellement informés que Peter Wang, homme d'affaires sino-américain, s'est retiré en fin de semaine dernière. Le fondateur de Cenntro Motors Group Limited avait acquis certains actifs de l'ex société SITL, à la barre du tribunal de commerce de Lyon, le 18 juin 2014. L'entreprise s'oriente vers une liquidation judiciaire, peut être dès vendredi, Sauf si un repreneur potentiel se fait rapidement connaître.

Edité le 20/10/15 à 10h42 et mis à jour à 14 h et 21/10 à 12h30

Comité d'entreprise extraordinaire chez Cenntro Motors France (ex SITL), à Lyon, ce mardi matin : Robert-Louis Meynet, l'administrateur judiciaire annonce aux délégués du personnel que l'actionnaire sino-américain, Peter Wang, s'est retiré.

Des inquiétudes depuis plusieurs semaines

L'information sera ensuite donnée à l'ensemble du personnel convoqué en assemblée générale, initialement à 10 heures. Lors du précédent CE, le 15 octobre, Me Meynet leur avait déjà dit son inquiétude car l'homme d'affaires n'avait pas été versé le million d'euros pour démarrer la production des véhicules utilitaires électriques, entre autres. Pourtant, une réunion aux greffes du tribunal de Lyon, le 8 octobre, laissait envisager que le dossier se décantait dans le bon sens. Et le plan de sauvegarde de l'emploi serait financé (950 000 euros) pour partie avec une somme sécurisée à la Caisse des dépôts et pour l'autre par la vente de certains matériels.

A lire : Notre dossier complet sur Cenntro Motors

Turbulences dans  le groupe

Rien de cela ne s'est confirmé. C'est par un email adressé à Didier Verriest, le directeur de Cenntro Motors France, que Peter Wang a annoncé sa décision de tout arrêter, en fin de semaine dernière. Selon nos informations plusieurs raisons étaient formulées : le difficile dialogue avec les salariés dont certains, depuis le départ, ne voulaient pas de ce repreneur, venu d'ailleurs, désigné le 18 juin 2014 (par le tribunal de commerce) ainsi que les turbulences rencontrées par son groupe (Cenntro Motors Group Limited), en Chine et aux Etats-Unis l'obligeant à céder certaines filiales américaines. Peut-être même aurait il été mis en minorité par ses associés !

Chômage partiel

Toutefois, son retrait pose des questions si près du but, apparemment. Même s'il s'est fait semoncer à plusieurs reprises par l'administrateur et le tribunal de commerce -  émoussant, chaque fois un peu plus, sa crédibilité auprès des salariés - il a déboursé quelque 10 millions d'euros dont 2 millions depuis le prononcé du redressement judiciaire de Cenntro Motors France, le 30 avril 2015. Cet argent a servi, entre autres, à abonder les salaires du personnel (395 employés) qui, pour la grande majorité, sont en chômage partiel. Un dispositif payé par l'Etat, pour un total de l'ordre 3,5 millions d'euros, correspondant à plus d'un millier d'heures (seuil légal dépassé), sur la période courant depuis juin 2014.

Quid de la formation ?

Cenntro Motors France fonctionnait comme un puits sans fond : la société qui n'avait pas de chiffre d'affaires ou à peine (397.000 entre juin 2014 et juin 2015) continuait à employer, sur le papier, près de 400 personnes. Ce qui correspondait à l'intégralité des salariés présents chez SITL, au moment de la reprise, à la barre du tribunal, par Peter Wang. Or, le jugement (en date du 18 juin) évoquait la formation, prise en charge par les pouvoirs publics (OFCA), de 145 salariés pendant douze mois et la possibilité de 18 mois pour la moitié d'entre eux. L'objectif était de les amener à se reclasser ailleurs. Ce programme n'a pas été mis en œuvre. Pourquoi ?

Obstacles pour l'industrialisation

Pourquoi tant de retard dans le démarrage de l'activité ? Didier Verriest le justifiait en évoquant les problèmes rencontrés avec les deux lignes de produits récupérés de SITL : le véhicule CITELEC et les filtres d'assainissement des eaux usées. Faire du groupe Cenntro le futur leader mondial de l'industrie du véhicule utilitaire électrique, en s'appuyant sur sa plateforme lyonnaise, tel était l'objectif du plan stratégique de Peter Wang et de Didier Verriest. Et les acteurs économiques locaux se félicitaient de l'arrivée de cet investisseur inespéré. Se serait il mépris sur la maturité de ce marché ?

Recherche autre repreneur

Y a t'il un espoir de retrouver un autre repreneur ? L'administrateur a mis en vente sur son site cette entreprise, ses bâtiments et le terrain pour une somme de 2 millions d'euros, en date du 16 octobre dernier. Et les candidats doivent se manifester d'ici au 28 octobre, à 12 heures, est il précisé.

Le Préfet, Michel Delpuech, a lancé une mobilisation générale. Faute de marques d'intérêt Cenntro Motors France devrait être liquidé lors de l'audience du tribunal, dès le lendemain. Dans le cas contraire un délai supplémentaire d'un mois pourrait être envisagé avant la liquidation judiciaire. Au plan humain quelque 400 salariés vont donc se retrouver au chômage après avoir vécu une histoire qui ne les a pas épargnés depuis plus de trois ans. C'est le 15 octobre 2013 que Fagor Brandt, en difficultés, a annoncé à SITL qu'il arrêtait de lui sous-traiter ses lave-linge.

La liquidation pourrait être avancée au 23 octobre

Au cours du comité d'entreprise de ce matin, Robert-Louis Meynet a annoncé qu'il allait demander au tribunal de commerce d'avancer au 23 octobre l'audience devant prononcer la liquidation judiciaire de Cenntro Motors France pour réduire le délai de carence avant prise en charge par les AGS (Régime de garantie des salaires). Par ailleurs, l'administrateur devrait voir étendre sa mission d'assistance à une mission d'administration de la société par la juridiction consulaire, demain. Il reste aujourd'hui 450 000 euros dans les caisses qui serviraient prioritairement à payer les retards de cotisations des retraites et de la Mutuelle.

Contacté Philippe Goguillot, secrétaire Sud du CE a déclaré : "Nous avons tous unanimement refusé de donner notre avis par rapport à la liquidation judiciaire car nous n'avons pas suffisamment d'informations. C'est aux organes de la procédure de prendre leurs responsabilités".

Date d'audience maintenue au 29 octobre

Tout compte fait, lors de la réunion en chambre du conseil du tribunal de commerce, ce mercredi, Robert-Louis Meynet n'a pas fait de demander pour avancer la date de l'audience qui reste donc fixée au 29 octobre. Comme prévu il a désormais les commandes de Cenntro Motors France.

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