Navettes autonomes  : "Navya ne change pas de trajectoire" (Etienne Hermite, président du directoire)

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(Crédits : DR)
Nommé en mars dernier nouveau pilote du concepteur de navettes autonomes Navya après une crise interne qui s'est soldée par le débarquement du fondateur Christophe Sapet, Etienne Hermite détaille pour La Tribune la nouvelle stratégie de la startup lyonnaise considérée comme une pépite de la French Tech. Alors que la société côté en bourse tient aujourd'hui son assemblée générale, le président du directoire répond par l'offensive aux critiques qui ont accompagnées l'expérimentation à La Défense.

Après l'éviction du fondateur de Navya, Christophe Sapet, et le départ de plusieurs membres du conseil de surveillance, vous venez de dévoiler les nouvelles orientations stratégiques du concepteur de navettes autonomes. C'est le signe qu'il fallait tout changer chez Navya ?

Etienne Hermite : Certainement pas. Il faut prendre du recul sur l'histoire de Navya. C'est une société jeune qui n'existe que depuis 5 ans. Après un développement technique et commercial très rapide, nous entrons aujourd'hui dans une seconde phase.

Une nouvelle phase qui est, il est vrai, occasionnée par une forme de crise liée à une série d'événements, dont des annonces d'objectifs de chiffre d'affaires lors de l'introduction en bourse, en juillet 2018, qui ne se sont pas réalisés.

Nous opérons donc un ajustement de la stratégie, mais tout ne change pas et la vision originelle de Navya reste intacte. Nous restons convaincus que le secteur de la mobilité autonome représente l'avenir des transports de biens et de personnes. La trajectoire finale ne change pas.

Mais la grand nouveauté réside dans le fait que Navya s'oriente désormais sur la réalisation de véhicules autonomes pour le compte d'autres entreprises, et plus simplement sur le développement de votre navette autonome de transport de passagers...

Nous avons, en effet, décidé de faire évoluer notre modèle en déployant désormais notre technologie auprès d'industriels qui souhaitent rendre leurs véhicules autonomes. Nous allons, pour cela, profiter de notre avance technologique.

Nous avons ainsi développé avec le groupe Charlatte un chariot logistique autonome, qui réalise actuellement ses premiers tours de roue, dédié au transport de pièces dans des entrepôts ou de bagages dans les aéroports par exemple.

Ces marchés dans le service, l'industrie ou la logistique sont accessibles plus rapidement - notamment pour des raisons réglementaires - que le transport de passagers au coeur de sites ouverts avec de la circulation ou avec des piétons... Il ne s'agit donc pas d'un virage à 180 degrés de la part de Navya, mais d'un ajustement stratégique pour s'ouvrir à de nouveaux marchés qui se développent.

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle activité ?

Vous comprendrez que l'on ne souhaite plus communiquer d'objectifs sur le chiffre d'affaires attendu, puisque que ce sont justement des objectifs non tenus qui sont à l'origine de la crise que Navya vient de traverser.

La société a, peut-être, été imprudente par le passé, nous évoquerons dorénavant des objectifs opérationnels qui sont davantage révélateurs du développement de l'entreprise qu'un chiffre d'affaires qui ne dépend pas uniquement de nous, mais plus globalement de l'évolution du marché des véhicules autonomes.

Nous annonçons donc le lancement de tests "full autonome" pour notre navette à partir du premier semestre 2020, ainsi que le déploiement de la technologie Navya sur une ou deux plateformes tierces en 2020.

Reste que cette nouvelle stratégie résulte d'une croissance du marché des navettes autonomes beaucoup plus longue à venir que prévue...

L'accélération du marché dépend bien sûr du développement de la technologie, mais aussi de l'adaptation réglementaire et de l'acceptation sociale des véhicules autonomes. Autant le premier facteur est dépendant de nous, autant les deux derniers facteurs ne sont pas complètement à notre main. Partant de ce constat, nous considérons que le marché du transport de personnes par des navettes autonomes restera un marché d'expérimentation pour les 24 prochains mois avant un décollage lié au retrait de l'opérateur de sécurité.

Navya a connu un nouveau coup dur cet été avec l'arrêt de l'expérimentation sur l'esplanade de La Défense qui s'est accompagné de critiques de la part du gestionnaire du site - l'Etablissement public Paris-La Défense - pointant la lenteur du service et son faible taux de fréquentation. Pour vous aussi, cette expérimentation est un échec ?

L'Etablissement public Paris-La Défense a eu une communication malheureuse qui déforme la réalité. Je vais donc corriger quelques faits.

Tout d'abord, cette expérimentation avait vocation à être limitée dans le temps, pour une durée maximum de deux ans. Ce n'est donc pas un arrêt forcé, mais prévu. Ensuite, je rappelle qu'il s'agissait d'une expérimentation. Chaque expérimentation nous permet de progresser, et nous avons tiré des enseignements intéressants de ce test à La Défense.

Par exemple, la configuration des grandes tours a perturbé les signaux GPS des navettes, et cela nous a permis de travailler sur de nouvelles solutions. Mais il faut garder en tête qu'il est normal que les expériences ne soient pas des succès complets. C'est le propre d'une expérimentation.

Dans ce cas, pourquoi une communication aussi offensive de l'Etablissement public de La Défense selon vous ?

Je n'en sais rien. Peut-être que l'Etablissement public de Paris-La Défense considère qu'une expérimentation qui n'est pas plébiscitée par le public est un échec... Mais, pour nous, ce n'est pas un échec. Ce test nous a permis de faire des ajustements. Ensuite, je voudrais rappeler qu'une des grandes difficultés a été réglementaire puisqu'il est interdit, sur la dalle de La Défense, de rouler plus vite qu'un piéton, soit 6 km/h. On reproche à la navette de ne pas aller assez vite et de marquer trop d'arrêts à cause de piétons qui passent devant, mais c'est inhérent au terrain qui n'est peut-être pas adapté à notre service.

Navya mène également un test dans le quartier de la Confluence à Lyon et, là aussi, on a l'impression que le service n'est pas vraiment plébiscité...

Là encore, il s'agit d'une expérimentation qui a vocation à s'arrêter prochainement... ou à évoluer. Pour l'instant, la navette circule avec un opérateur de sécurité qui peut actionner manuellement un arrêt d'urgence. Nous souhaitons aller vers l'autonomie complète du véhicule en retirant l'opérateur pendant tout ou partie du trajet. Cela reste à confirmer, nous menons actuellement des discussions, mais cette évolution pourrait intervenir courant 2020. Nous considérons que la première phase d'expérimentation est terminée, nous souhaitons donc faire évoluer le service.

Quels vont être les répercussions de cette nouvelle stratégie sur les emplois de Navya, notamment dans la région lyonnaise au siège de Villeurbanne et sur le site de conception et de production à Vénissieux ?

Il ne va pas y avoir de changement dans nos effectifs sur les sites de Villeurbanne et de Vénissieux qui emploient 180 collaborateurs sur les 300 salariés de Navya (les autres sont basés à Paris et aux Etats-Unis, NDRL). L'usine de montage de Vénissieux poursuit la réalisation de petites séries pour les expérimentations, elle est dimensionnée pour cela. A ce jour, nous avons vendu 138 navettes depuis la création de Navya. Et il est prévu que le groupe n'a pas vocation à devenir un constructeur automobile le jour où le marché décolle et que la production s'intensifiera.

Navya n'a réalisé que six millions d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre 2019 (- 32% par rapport à 2018). Avec ce retard pris dans la commercialisation de véhicules autonomes de transport de personnes, comment se porte Navya d'un point de vue financier ?

Quand vous parlez de retard, cela me dérange. Il faut avoir en tête que l'on parle d'un retard par rapport à des objectifs annoncés, et en aucun cas d'un retard par rapport au marché des véhicules autonomes.

Nous sommes engagés à fond dans la course, et nous n'avons jamais eu autant d'ingénieurs qui travaillent sur notre technologie.

Par ailleurs, nous continuons d'assurer notre financement. Nous avons annoncé, fin juin, la signature d'un protocole d'accord avec le Coréen Esmo Corporation qui va injecter 20 millions d'euros. Nous disposons des financements pour poursuivre notre développement technologique et assurer notre croissance.

Nos confrères de LyonMag.com ont dévoilés, cet été, les importants émoluments perçus par les membres de la direction de transition entre le départ de Christophe Sapet et votre arrivée. Ces sommes vous semblent-elles justifiées ?

Je n'ai pas de commentaire à faire ni de jugement à porter sur ce qu'il s'est passé avant mon arrivée. Il me semble toutefois important de rappeler que Navya est une entreprise cotée en bourse, la gouvernance est donc particulièrement rigoureuse. Les éléments de rémunération ont été approuvé par un comité de rémunération lui-même nommé par le conseil de gouvernance. Il ne m'appartient donc pas d'avoir un jugement sur ces rémunérations.

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Commentaires
a écrit le 08/09/2019 à 10:43 :
Véhicules autonomes et intelligence artificielle sont galvanisés par des médias de masse hystériques complètement en dehors des réalités car incapables d'écouter les paroles sages des experts INDÉPENDANTS.

De ce fait nombreux acteurs spéculent sur cette spéculation, ils ont raison.
a écrit le 06/09/2019 à 18:41 :
Je suis un lecteur assidu de vos rubriques, et celle-ci est particulièrement intéressante et bien documentée. Mais par pitié, relisez les textes avant de les mettre en ligne. Il y a trop de fautes d’orthographe, et c’est dérangeant !
Merci par avance.
a écrit le 06/09/2019 à 17:38 :
A noter qu'une partie est fausse. Il ya bien eu un plan de licenciement via des ruptures conventionnelles. Six CDI de l'atelier sans compter l'ensemble des prestataires et des contrats précaires qui n'ont pas ete prolongé pour stopper l'hémorragie.
a écrit le 06/09/2019 à 13:08 :
Voila on juge et continue de juger Navya sur des bases erronnees. On arrivera pas a laisser se developper des entreprises en France ou en Europe avec des mentalite de la sorte ! On comptera nos licornes sur les doigts de la main, notament aussi faute de financement. Cést pas rejouissant tout ca !

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