Peut-on appliquer le "lâcher-prise" en entreprise  ?

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Cliché des manuels de développement personnel, le fameux "lâcher-prise" est souvent perçu dans l'entreprise comme une forme de dilettantisme. Est-il bien sérieux de "lâcher prise" face aux exigences de qualités et de délais souvent garantes de la satisfaction client ? C'était le sujet de la 13e conférence du cycle Philosophie & Management proposée par Acteurs de l'économie-La Tribune, en partenariat avec iaelyon School of Management, avec la participation du philosophe Vincent Aubain et d'Emmanuel Mony, président de la société Tarvel.

Qu'est-ce que le "lâcher-prise" ? S'applique-t-il à l'entreprise ? Traduit-il un certain manque d'engagement, de motivation ? Ou, au contraire, serait-il la clé du bonheur en entreprise ? Emmanuel Mony, le président de la société Tarvel, ne cache pas être, d'abord, resté un peu incrédule à l'énoncé du thème de cette 13e conférence du cycle "Philosophie & Management" : Lâcher-prise... ou non ?

"Le lâcher-prise ou tous les autres termes à la mode qui veulent dire sensiblement la même chose, on peut se demander à quoi ça sert. En tout cas, ce n'est pas une question que l'on se pose tous les jours quand tout va bien dans son entreprise", explique-t-il.

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Emmanuel Mony (crédits : Laurent Cerino/ADE)

Agrégé de philosophie et intervenant au Collège Supérieur, Vincent Aubain voit, lui, le "lâcher-prise" comme une réaction aux modes de management des années 80.

"Il y a 30 ans, la motivation des équipes était le grand thème à la mode, il fallait "bouffer le monde". Mais, chaque management produit des effets secondaires indésirables, et le management par objectif a mené à des burn-out. Donc, maintenant, on dit que les gens sont trop motivés, et qu'il faut qu'il lâche-prise", schématise-t-il.

Savoir dire "non"

Mais, derrière cette prise de conscience, le "lâcher-prise" reste une notion compliquée à appliquer en entreprise. Et pas simplement parce qu'il pourrait être assimilé à de la démotivation ou à un désintérêt au travail.

"Par exemple, le lâcher-prise voudrait que l'on soit capable de faire une pause pour souffler, mais l'organisation même du travail ne le permet pas", souligne le chef d'entreprise.

Et de poursuivre :

"Appliqué au management, le lâcher-prise impose de se donner la liberté de dire "non", savoir s'effacer plutôt que de vouloir prétendre régler tous les problèmes. Le patron-manager est là pour dire à ses collaborateurs « tu es à ta place, fais ce que tu sais faire »", poursuit Emmanuel Mony.

"Il n'existe pas de recette"

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Vincent Aubin (crédits : Laurent Cerino/ADE)

Pour le philosophe Vincent Aubain, la réflexion autour du lâcher-prise s'inscrit dans une tradition spirituelle très ancienne. A laquelle s'ajoute, aujourd'hui, la question centrale du manque de temps.

"Notre civilisation a un problème avec le temps. Nous sommes désormais dans l'instantanéité, les délais sont devenus insupportables... Le lâcher-prise au travail, cela veut dire retrouver sa liberté d'action en tant qu'être vivant. Un bon indicateur est de savoir si l'on sacrifie des choses de la vie qui ont de l'importance à nos yeux comme notre famille ou nos amis. Mais l'injonction au lâcher-prise ne va pas changer les choses. Et il n'existe pas de recette pour dire quand il faut « tenir » ou, au contraire, quand il faut « lâcher »."

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