Comment le cheval inspire le management

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Si les équidés font partie des meilleurs amis de l’homme, leur comportement peut aussi aider les humains à mieux prendre conscience de leurs propres actes. C’est en substance ce que proposent des structures spécialisées en ressources humaines ou en management à travers une formule baptisée équicoaching, soit le coaching par les chevaux. Sixième volet de notre série qui décrypte la manière dont l'espèce animale "entreprend". Si toutefois, il est possible de lui accoler ce verbe...

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« Cheval, ô mon beau miroir... » Les coachs ou structures spécialisés en ressources humaines sont de plus en plus nombreux à proposer des séances d'équicoaching, fondées sur un principe : le cheval comme miroir de ses propres actions. « Le cheval va toujours renvoyer quelque chose, et être le miroir de la personne, si celle-ci lui transmet par exemple trop ou pas assez d'énergie. Derrière, la question est de savoir si l'on est ouvert à ce qu'il nous renvoie », explique Caroline Godin, responsable de l'écurie de propriétaires du Haras de la Cense (Rochefort-en-Yvelines).

Ces animaux sont en effet dotés d'une grande sensibilité et peuvent lire les attitudes, les expressions des hommes qui se trouvent en face d'eux.

« Ils repèrent l'état d'esprit dans lequel nous sommes, c'est pourquoi il faut toujours arriver le plus neutre possible face à un cheval, même lorsque l'on a eu une mauvaise journée », constate Caroline Godin.

Il n'est pas rare de voir un cheval copier l'attitude de son cavalier, en imitant par exemple son attitude corporelle pour répondre à un faible niveau de tension.

« De par son statut d'animal de proie, le cheval va tester en permanence s'il peut faire confiance ou non. Il sent si la personne est solide, quel est son niveau émotionnel, y compris sur des éléments non verbaux », affirme Céline Labaune. Équicoach dans la région lyonnaise (Équi-Pe), cette consultante en RH estime que « l'équicoaching est une mise en situation comme une autre : au lieu de réunir des acteurs pour faire face à une situation de crise, on les met dans un manège avec un cheval ».

Selon elle, il est même possible de travailler sans connaître la raison pour laquelle la personne vient : « Souvent, c'est le cheval qui va la donner par sa manière de réagir. La prise de conscience est d'autant plus forte que c'est un animal de 500 kg qui vous dit quelque chose. »

L'école du leadership

L'autre intérêt de s'inspirer des chevaux réside dans leur fonctionnement en groupe. Car les équidés ont établi une hiérarchie entre eux, mais qui ne fonctionne pas sur la base d'un chef unique, mais plutôt de leaders qui démontrent leur capacité à trouver les points d'eau, d'ombre, de nourriture et qui sont reconnus pour cette compétence. Un leader émergera donc parce qu'il est doué pour certaines choses, et non pas parce qu'il s'est imposé face aux autres. Un parallèle qui fait sens au sein des entreprises.

« Cela permet de se poser les bonnes questions et de voir comment on définit un leader, et ce qu'il va gérer », avance Nancy Armstrong-Benetto, professeur associé au département marketing à Grenoble École de Management. Cette dernière a monté un atelier d'enseignement en management assisté par les chevaux, déjà dispensé à 300 personnes issues du corps professoral, des fonctions administratives mais aussi à des élèves de certains cursus (MBA, masters en ressources humaines...) de GEM. Dans ce type de situation, le cheval se pose comme un allié, d'autant plus qu'il n'est pas rancunier et s'adapte au changement de posture de son meneur.

Ainsi, mettre un dirigeant ou un manager face à un équidé est une bonne manière de tester et d'évaluer son leadership.

« Le leader doit s'adapter à l'animal qui se trouve en face de lui comme il le ferait avec un de ses interlocuteurs, glisse Céline Labaune, qui remarque que, bien souvent, il n'est pas nécessaire de toucher un cheval pour le faire bouger. Regarder l'un des membres d'un cheval et avancer vers lui peut suffire. Il ne faut pas oublier que le chef d'un troupeau est celui qui fait bouger les autres. »

L'humilité comme maître mot

« Le cheval est un animal très binaire qui raisonne en matière de confort-inconfort et choisit la fuite mentale ou physique en cas d'inconfort, rappelle Nancy Armstrong-Benetto. Contrairement au chien, le cheval n'est pas dans un effort de faire plaisir, il pense à ce qui est bien pour lui ou non », ajoute-elle.

Résultat ? Pour bien le mener, il faut donc trouver le parfait équilibre au niveau de l'assertivité, c'est-à-dire à la fois savoir où aller, donner une direction sans contraindre, auquel cas le langage corporel du cheval vous le dira. « Tout en sachant qu'au rapport de force, c'est toujours l'animal qui va gagner », sourit Nancy Armstrong-Benetto.

Tout l'objectif est donc d'apprendre aux managers les principes de la coopération à travers ces animaux, et à se poser comme de véritables leaders. Céline Labaune se souvient du cas d'un PDG qui commençait par faire ses demandes trop gentiment et qui, subitement, posait quelque chose de très dur, sans aucun signe avant-coureur. « Il m'avait dit : "C'est drôle, c'est exactement ce qu'il se passe avec mon comex. Il faut que je me mette dans une situation impossible pour me faire entendre."Nous avons donc travaillé sur le dosage. » Une autre stagiaire, qui ne cessait de vouloir caresser sa jument, a travaillé avec un équidé qui appréciait peu le contact corporel.

« Cela l'a amenée à se rendre compte que c'était elle qui éprouvait le besoin de contact et que, sous couvert de gentillesse, elle imposait ce besoin sans écouter forcément l'autre », ajoute l'équicoach.

Pour participer à ces ateliers, nul besoin d'être un professionnel de l'équitation ou un cavalier émérite... La plupart des séances commencent par une courte explication de la manière dont les chevaux fonctionnent et des principales règles de sécurité.

Le cheval ausculte votre équipe

S'il est possible de travailler seul, l'equicoaching se pratique également en équipe. Céline Labaune propose par exemple des séances où les participants (six maximum) se placent autour du cheval et apprennent à le faire bouger comme s'ils déplaçaient des « bulles », pour effectuer un parcours ludique. « S'il y a ne serait-ce qu'une personne qui n'y croit pas, c'est par cet endroit que l'animal sortira », affirme-t-elle.

Ce schéma de séance permet de travailler plusieurs aspects comme les transitions, la gestion de l'énergie mais aussi la préparation des équipes sur un projet.

« On peut voir des équipes partir sans s'être concertées, ou de manière incohérente dans toutes les directions : dans ce cas, le cheval restera bien souvent sur place ! D'autres vont s'inventer des règles supplémentaires et limitantes. Il est toujours possible de faire un parallèle avec la gestion de projet, où l'animal est aussi un coéquipier qu'il faut arriver à amener à la fin du parcours », raconte l'équicoach.

Chez Nancy Armstrong-Benetto, les participants sont plutôt placés en binôme autour d'un cheval, et mènent l'équidé chacun à leur tour sous le regard de l'autre afin d'avoir un temps de pratique en individuel.

« Cela permet d'observer comment la personne se positionne, devant, de côté, derrière, si elle montre la voie, accompagne ou pousse. Nombreuses similitudes peuvent être trouvées avec la gestion d'équipe. »

Selon elle, les personnes viennent en général parce qu'elles recherchent quelque chose de différent des formations en leadership traditionnel, ou parce qu'elles rencontrent un problème de cohésion d'équipe sur lequel il est difficile de mettre le doigt. « C'est à la fois une expérience d'équipe et une expérience individuelle », estime-t-elle.

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