Les décisions d'Éric Piolle menacent l'avenir de Grenoble

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
L'idéologie déployée en matière économique par l'équipe du maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, menace à moyen et long terme, l'expertise de la ville sur le plan de la recherche et des technologies de pointe. Par Jean Peyrelevade, économiste.

Le progrès technique fait face à une hostilité extrême manifestée par une coalition d'écologistes, d'anticapitalistes et de libertaires grenoblois. En particulier un laboratoire d'excellence, Clinatec, dédié aux maladies cérébrales et réunissant le CHU, le CEA et l'université, donc des physiciens, médecins et biologistes, fait l'objet d'une fronde, à mes yeux rétrograde et absurde, portée par des opposants au « techno-libéralisme ».

Les contradictions des écologistes

Cette observation désolante mais ponctuelle, conduit à soulever une question plus large, plus politique et beaucoup plus préoccupante : l'idéologie déployée en matière économique par l'équipe du maire, Eric Piolle, fait-elle peser une menace réelle sur l'avenir de l'écosystème grenoblois, réputé pour la qualité de sa recherche dans les nano et bio technologies ? Je suis désolé de dire que la réponse est à mon sens positive. On retrouve au niveau grenoblois les contradictions profondes des Verts français. En dépit de maintes bonnes intentions, leur action est vouée à l'échec.

Commençons par le positif. C'est très bien d'essayer d'associer les citoyens à la réflexion, de multiplier les débats et les réunions. Il est louable de vouloir une ville durable et agréable à vivre. La décision de supprimer les contrats d'affichage publicitaire avec la société Decaux, au nom d'un meilleur aménagement du milieu urbain, est sans grande portée réelle. On comprend la volonté de refaçonner l'image de la ville en végétalisant les espaces publics et en réduisant la taille des projets.

Le syndrome du « small is beautiful »

Attention cependant au syndrome du « small is beautiful », derrière lequel se dissimulent souvent conservatisme et immobilisme. Tant de belles idées se prolongent par la volonté de lutter contre la pollution et pour la qualité de l'air (certes) et de faciliter l'accès de tous aux services publics (bravo !). Ainsi l'idée de gratuité des transports en commun, au moins pour certaines catégories de la population, ou de la mise en place d'une mesure similaire pour les premiers m3 d'eau consommés par chaque foyer, sont-elles difficilement critiquables.

Le problème est que toutes ces choses merveilleuses ont un coût, qu'il deviendra extrêmement difficile de supporter si l'action de la municipalité conduit à un affaiblissement du dynamisme économique de l'agglomération. Eric Piolle n'a pas les moyens de sa politique car il demeure prisonnier d'un schéma où la croissance est condamnable, où il faut suivant ses propres termes consommer moins. Alors que c'est au contraire par l'investissement et l'innovation technologique que l'on trouvera les voies d'une économie plus écologique.

Il ne s'agit plus seulement de discours

Quelques éléments de preuve ? D'abord le discours convenu, tellement commode pour qui préfère ne pas trop réfléchir, sur les insuffisances du concept de PIB, « indicateur qui n'a plus de sens ». Certes, l'action publique est indispensable pour faire émerger un nouveau modèle, avec une meilleure réponse aux besoins fondamentaux de déplacement, de logement, de santé, de sécurité et de rénovation énergétique.

Mais le maire de Grenoble devrait se souvenir que la sphère publique dégage par son action fort peu de recettes spontanées (surtout quand on prétend étendre la gratuité). Sauf à se mettre dans une impasse, développer l'action publique n'est possible que par une croissance parallèle (même si elle est contrôlée dans sa direction) de l'activité privée.

Or, et il ne s'agit plus seulement de discours, les actions et décisions d'Eric Piolle vont affaiblir économiquement la ville de Grenoble. La contribution au plan de développement des nanotechnologies a été réduite de 25 à 10 millions d'euros, les projets d'infrastructures sont arrêtés, de même que nombre de grands chantiers. Sans changement de trajectoire et faute d'une réelle compréhension de la cohérence nécessaire entre activité productive et action écologique, le « laboratoire de la gauche alternative » est condamné à l'appauvrissement. Donc à l'échec.

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Commentaires
a écrit le 16/09/2015 à 2:34 :
Le discours de Mr Peyrelevade est tout a fait crédible.
De plus ce n'est pas sous sa présidence que les "affaires" du crédit lyonnais ont été "commises"
Au contraire c'est lui qui est arrivé après ces affaires et qui a au essayé de rétablir le crédit lyonnais.
Et ce n'est pas du tout un libéral : il était conseiller économique de Pierre Mauroy et c'est lui qui a géré les nationalisations de 1982/1983 !
On peut donc, à mon sens, recevoir ses analyses avec intérêt.
a écrit le 27/07/2015 à 14:41 :
Le monde change avec les verts......

Arrêt des projets immobiliers, donc doute du monde de la recherche pour loger ses chercheurs, donc baisse de l'attractivité de Grenoble donc etc. Suppression "dogmatique" ( action de communication) de la pub dans les rues( - 640 000 Euros /an) à l'heure ou la municipalité Piolle pleure sur les baisses des dotations de l'état (toutes les communes de France sont impactées de la même façon).


Ils ont dit:
"Assez de copinage"....Le créateur de la fête des tuiles est EELV...
"Assez de copinage".... l'avocat de la ville est un ancien colistier EELV de l'équipe Piolle..
Trop de voitures dans les rues: ...pose d'une jardinière en pleine rue devant la villa du "pote" EELV ( arrosée tous les matins par un camion citerne de 15 tonnes).
"Vive le Vélo"...Suppression du tour de France (Trop populaire, pas assez intello)
"Vive la culture"...Suppression pure et simple de la subvention à l'orchestre Grenoblois...( trop intello, pas assez populaire)
" Interdiction des spectacles parisiens au théâtre municipal" ( trop populaire , pas assez intello) tans pis pour Jacques Weber et tans mieux pour les amateurs de vielle ancienne.
Grands projets pour Grenoble... Installation de poulaillers de quartier.

Depuis , plus rien...







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a écrit le 07/05/2015 à 21:12 :
Cessez les oiseaux de malheur prédire ce qui va se passer, laissez les expériences se mener, les Grenoblois-ses ont choisis, en quoi cela dérange l'établisment libéral, on le verra si le dogme économique des années 60 est encore viable aujourd'hui ... Nous changeons de monde, ne le voyez vous pas, les expériences multiples qui se mènent aujourd'hui dans de nombreux domaines nous indiquent des voies différentes à prendre, tout est à reconstruire, l'agro-alimentaire, les déplacements, la santé publique, et l'économie peut-elle toujours s'identifier au rapport capital/travail, les nanos et les dangers que cela peut faire encourir aux populations, qu'en savons nous? pas plus vous que nous ? Il faut changer de paradigme et pour cela Grenoble est ce laboratoire d'intelligences collectives, venez dans les collectifs citoyens en discuter, c'est là où l'on pourra produire de l'innovation en ingénierie sociale,
Le temps est à produire non a maugréer
Une grenobloise enthousiaste
a écrit le 06/05/2015 à 23:45 :
En même temps, c'est pas Peyrelevade qui a coulé le Crédit Lyonnais ? Il s'y connait en gestion !!
a écrit le 06/05/2015 à 23:27 :
Grenoble est déjà foutue du fait d'une énorme fiscalité mortifère et injuste et d'une politique sociale qui fait tout reposer sur les mêmes.. . C'est la ville que beaucoup de Grenoblois cherchent à fuir pour la périphérie, beaucoup plus douce, tant financièrement qu'en cadre de vie et en sécurité. Pour les classes moyennes salariées ou retraitées, l'impôt local est très souvent supérieur à l'impôt sur le revenu !
a écrit le 06/05/2015 à 12:18 :
D'un côté, le laboratoire gauchiste écolo bobo, incubateur de misère, de camps de travaux forcés et de barbelés.
De l'autre, des gens qui travaillent sans idéologie ni baratin et où même l'herbe continue à être verte.

Mais malheureusement, ils ont déjà choisi le camp de l'idéologie à composter.
a écrit le 06/05/2015 à 10:57 :
Bonjour ,

L'article me semble bien vide. Si je ne me trompes pas la seule information est ici : "La contribution au plan de développement des nanotechnologies a été réduite de 25 à 10 millions d'euros " .
Réponse de le 06/05/2015 à 15:48 :
Une réduction de 15 millions, c'est quand même pas rien...
a écrit le 06/05/2015 à 8:26 :
malgré une situation géographique un peu isolée, avec une grande métropole pas loin dotée d'un aéroport et d'un tgv à 2h00 de paris, grenoble avait bien tiré son épingle du jeu en misant sur la haute techno et le numérique.
Cela à attiré aussi de nombreux bobos qui profitent à plein de l’essor économique de leurs secteurs, mais qui votent à gauche et ecolo, sans doute pour se donner bonne conscience.
Ils vont déchanter( ou déménager), mais ce sera trop tard ...pour les autres
a écrit le 06/05/2015 à 8:18 :
Les grenoblois ont voté Bravo
Réponse de le 06/05/2015 à 20:52 :
C'était quand même mieux que saffar et tout sa clique !...
a écrit le 06/05/2015 à 7:39 :
Écologie : science qui étudie les êtres vivants dans leur milieu et les interactions entre eux.on pourrait ajouter "science" qu'il ne faut surtout pas mettre dans les mains, enfin la tête, d'un "écologiste politique". Au bout d'un moment il ne sais plus ce qu'il fait, le cannabis peut être.
a écrit le 05/05/2015 à 23:17 :
J'imagine que le discours de Mr Peyrelevade est le même vis-à-vis de Tsipras. C'est une charge politique plus qu'économique. En bon serviteur du libéralisme, à travers un discours "économique", il s'en prend au socialisme économique, une tradition de la région grenobloise depuis Mendes-France... jusqu'à la désastreuse parenthèse Carignon...Libérale, favorable aux intérêts privés des groupes de services. Magouille, surfacturation, prise d'intérêts illégale, financements politiques.
Réponse de le 06/05/2015 à 0:35 :
Oui enfin si le socialo-économisme marchait ça se saurait et se verrait dans les courbes du chomage, quand à l'ecolo-collectivisme utopique bobo idem, regardez le monde en face, dans liberale il y a reel ! Réveil les baba cools 68 c'est fini !
Réponse de le 06/05/2015 à 7:37 :
Dans libérale, il y a 900 000 chomeurs de plus depuis l'arrivée de Hollande, et 20% des enfants français vivant dans des foyers en dessous du seuil de la pauvreté. Si le libéralisme ça marchait, ca se saurait ...
Réponse de le 06/05/2015 à 8:14 :
@gen
vous confondez libéralisme et collectivisme à outrance
a écrit le 05/05/2015 à 21:58 :
Pour avoir participé à des projets technologiques sur financement public, je peux témoigner d'un certain laxisme sur l'utilisation de ces deniers. De plus, M. Peyrelevade n'est peut être pas au courant mais la dotation de l'Etat aux collectivités locales baisse significativement.

Ces deux constatation me font soutenir cette action de M. Piolle non pour des raisons idéologiques mais de simple arrêt du gaspillage, du copinage et de budget sain. M. l'économiste serait capable de dénoncer dans le même temps l'endettement excessif de la métro Grenobloise.

Les investissement techno ne sont pas les seuls à faire les frais de cette politique de serrage de vis : demandez au rugbyman où en est la rénovation de leur stade. Demandez à l'asso qui gérait le palais des sport.

Enfin un maire qui fait le ménage (certes de façon qq fois maladroite). Mais les personnes d'un certain age hypnotisées par le dogme de la croissance infinie et des budgets à rallonge ne comprenennet qu'elle ont accumulé des piles de dettes sur leurs enfant.

M. Peyrelevade, le small is beautful n'est pas un dogme à Grenoble, c'est une nécessité pragmatique de notre temps.
Réponse de le 05/05/2015 à 22:47 :
@grenoblois: je crois que notre maire n'a pas compris que l'on ne vivait pas en vase clos. Les sociétés high-techs qui forment notre tissu économique seront tôt ou tard attirées par d'autres métropoles lorsque leur situation se dégradera. D'autres part, et c'est une contradiction notoire des verts, il ne peut y avoir redistribution s'il n'y a pas création de richesse. Tout ça est très mignon et à la limite de la naïveté, vouloir inscrire sa ville dans une logique de décroissance quand les autres métropoles recherche la croissance mène à l'appauvrissement, et donc forcément à moins de redistribution.
a écrit le 05/05/2015 à 21:45 :
Bonjour,
Effectivement Piolle a probablement un beau discours, presque rassurant, mais les aspects économiques sont en permanente contradiction, les signaux de mécontentement grandissent, BTP, culture, innovation (le signal sur les nanotechs au niveau européen est desastreux)...
Piolle reste proche d'une communauté interne à Grenoble, mais les volontés mégalo de conquête d'autres territoires n'a pas eu lieu aux départementales, et pire, ces mêmes montages politiques vont maintenant se positionner à la Région...

Les recettes publiques ne jamais objectivement pesées dans les arguments grenoblois, préférant se réfugier devant la baisse de la DGF pour justifier de "voir plus tard" pour "lancer la concertation", pour "argumenter autour de recours"....toujours des prétextes pour ne pas faire, alors même que l'emploi local est maintenant en jeu.

Personnellement déçu de Piolle, je communique dorénavant assez largement sur les risques économiques voire mêmes les risques longs termes d'une perte de vitesse de l'économie locale et de son attractivité, condamnant les beaux discours initiaux de l’accessibilité ou la gratuité de certains services, le levier fiscal sera inévitablement touché. Je me tourne vers la Métropole en comptant sur le "véritable" pragmatisme de la majorité certes complexe avec les élus grenoblois mais globalement plus cohérente avec le développement éco.
a écrit le 05/05/2015 à 21:24 :
C'est clair ! Les écolos vont flinguer Grenoble comme Duflot a flingué le logement ... On ne peut plus rien faire dans cette ville de bobos écolos

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