Soitec revoit à la hausse ses objectifs annuels

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(Crédits : © Lee Jae Won / Reuters)
Le fabricant de matériaux semi-conducteurs innovants isérois Soitec vient d’annoncer une croissance de 53,7% au troisième trimestre. Une bonne nouvelle qui lui permet d’anticiper des résultats supérieurs à ses prévisions de croissances initiales (+35%) pour son exercice 2018-2019, qui se terminera en juillet prochain. Avec, au menu, un renforcement de son accord avec Samsung Foundries pour la fourniture de plaques de FD-SOI.

Une croissance de plus de 50% pour le 3e trimestre (à 116,8 millions d'euros), qui lui permet de revoir ses objectifs annuels à la hausse. Le fabricant matériaux semi-conducteurs innovants Soitec, basé à Bernin (38) vient d'annoncer la révision à la hausse de ses objectifs annuels, avec un chiffre d'affaires qui devrait se situer bien au-dessus de ses prévisions de 35% attendues, pour une marge d'Ebitda qui devrait cependant demeurer à 30%.

Car, au cours des neuf premiers mois de son exercice 2018-2019, le fabricant, qui emploie près de 1 000 personnes au niveau mondial, atteint un chiffre d'affaires de 304 millions d'euros, en hausse de 41% par rapport à l'année précédente. Des résultats solides qui s'appuient notamment sur la croissance des ventes de plaques de FD-SOI et de RF-SOI en 300 mm, qui a bondi de 114% par rapport à l'an dernier.

Paul Boudre, directeur général du groupe, parle d'une croissance soutenue par "l'augmentation de l'utilisation du SOI dans les biens électroniques", qui continue d'être le principal moteur de croissance pour les plaques de haute performance utilisées à la fois pour des applications digitales, de radiofréquence ou de puissance.

"Nous sommes sur une année solide, avec une activité très forte actuellement sur le marché des smartphones, où nos composants de radiofréquences sont notamment présents dans 100% des appareils présents sur le marché", analyse-t-il.

Plus de SOI au sein des appareils

Alors que le marché des smartphones semble pourtant s'essouffler, enregistrant pour la première fois de son histoire un léger repli de ses livraisons (-4,1%) en 2018, Soitec ne se montre pas inquiet :

"On peut lire partout que le smartphone n'est plus en phase de croissance, mais en ce qui nous concerne, nous observons que l'intérieur des téléphones se complexifie ce qui fait que ces appareils nécessitent environ 50% de plus de SOI qu'il y a deux ans".

Un phénomène qui permet au fabricant isérois de renforcer ses projets en matière d'innovation : "A chaque fois que l'on parle de ralentissement dans une industrie, on constate une accélération de l'innovation", ajoute-t-il.

Déjà engagé dans des produits destinés au marché de la 5G, Soitec mise également sur sa technologie phare, le FD-SOI en 300 mm, pour adresser également le marché des objets connectés et de l'intelligence artificielle.

"Cette plateforme donne un avantage fort aux clients pour aller vers de la haute performance dans le digital, tout en bénéficiant d'une faible consommation d'énergie", affirme le directeur général.

Il rappelle que des groupes comme STMicroelectronics, Global Foundries et Samsung Foundries l'utilisent déjà. Résultat ? Le fabricant isérois vient de renforcer, à ce titre, son partenariat avec Samsung Foundries en vue de "garantir l'approvisionnement en volume de produits issus de la technologie FD-SOI", afin de répondre aux besoins de l'industrie pour les applications dans les domaines de l'électronique grand public, de l'Internet des Objets (IoT) et de l'automobile.

"Sony a déjà démontré il y a deux ans la valeur de cette plateforme, qui a permis de diviser par deux la consommation de son GPS", rappelle Paul Boudre, qui estime que ce nouvel accord avec Samsung permettra aussi à Soitec de sécuriser ses propres approvisionnements et capacités de production.

Des capacités de production renforcées

Au cours des derniers mois, le fabricant isérois a poursuivi le remplissage de l'ensemble de ses lignes de productions françaises, situées à Bernin, en 200 et 300 mm.

"La fab de Bernin en 200 mm tourne à pleine capacité (950 000 wafers/an) depuis 18 mois et l'usine de 300mm, qui tournait à 30% il y a deux ans, sera à pleine capacité d'ici fin mars (soit près de 650 000 wafers/an)", indique Paul Boudre.

De son côté, le site de Singapour, remis en ordre de marche pour accueillir la production de tranches de 300 mm, est désormais en attente de certification et pourrait permettre au groupe de monter en volume à compter du mois de mars également.

"Nous allons commencer par une capacité inférieure à 100 000 wafers par an, avant d'atteindre grâce à ce site une production de 800 000 à 1 million de wafers à pleine capacité", indique le directeur général, qui précise que près de 100 millions d'euros de Capex ont été investis sur ses trois usines au cours de l'année fiscale 2018-2019, assortis d'un plan de recrutement de 200 personnes sur l'année en cours.

"Une fois que le site de Singapour sera complètement utilisé, il y a aussi le projet de pouvoir continuer d'agrandir encore le site de Bernin", souligne-t-il.

Soitec travaille également sur le développement de nouveaux matériaux de radiofréquence pour adresser le marché de la 5G, et a notamment renforcé son accord de partenariat avec le CEA-Leti en créant un laboratoire commun, dédié aux nouvelles générations de puces et de matériaux.

Le regard tourné vers 2022

En août dernier, l'isérois a également acquis, en partenariat avec le fabricant de missiles MBDA, 60% des actifs du grenoblois Dolphin Integration (155 salariés). Spécialisée dans la conception de circuits intégrés pour des applications à faible consommation d'énergie, la société était à l'origine tournée vers des applications aérospatiales et industrielles et pourrait présenter des synergies avec Soitec, notamment sur le plan de sa technologie FD-SOI. "Dolphin Integration représente une opportunité stratégique de renforcer une offre complète de brevets et services dédiée aux solutions efficaces sur le plan énergétique pour le design de puces sur FD-SOI. Cela constitue un facteur de différenciation majeur", avait souligné Paul Boudre, lors de son acquisition à l'été dernier.

Soitec se positionne également comme l'un des sept chefs de file de Nano 2022, le volet français du plan européen sur la nanoélectronique IPCEI, où l'Etat français s'est engagé à déployer une enveloppe de 800 millions d'euros sur cinq ans visant à soutenir les projets de R&D de la filière microélectronique française. Avec l'ambition de générer 5 milliards d'euros d'investissements en matière de R&D et production.

Une aide d'autant plus précieuse puisque l'essentiel du chiffre d'affaires actuel de Soitec dépendrait désormais des technologies ayant été mises au point dans le cadre du plan précédant, Nano 2017, en ce qui concerne notamment les radiofréquences et le substrat FDSOI, comme le rappelait fin 2018 le vice-président des opérations spéciales de Soitec, José Beriot.

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Commentaires
a écrit le 16/02/2019 à 12:07 :
En tant que simple lectrice, je dis simplement "bravo".
Vous êtes la fierté française par votre dynamisme innovant.

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