"On ne peut pas parler d'insertion sans parler d'entreprises" (David Kimelfeld, Métropole de Lyon)

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David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon lors des deuxièmes rencontres Tous partenaires pour réussir l’insertion au Cirque Imagine à Vaulx-en-Velin le 28 mars dernier.
David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon lors des deuxièmes rencontres "Tous partenaires pour réussir l’insertion" au Cirque Imagine à Vaulx-en-Velin le 28 mars dernier. (Crédits : Laurent Cerino/LT)
La Métropole de Lyon, en partenariat avec La Tribune et la Maison Métropolitaine d’Insertion pour l'Emploi, a organisé les deuxièmes rencontres "Tous partenaires pour réussir l’insertion" au Cirque Imagine à Vaulx-en-Velin. Un événement qui a rassemblé décideurs, élus, acteurs de l’insertion et institutionnels engagés pour une économie plus solidaire et inclusive sous la présidence de David Kimelfeld et en présence de Jean-Michel Aulas. L'occasion, pour les intervenants, de rappeler que l'insertion ne se fera pas sans les entreprises.

Au départ, un constat, implacable, lancé en introduction des deuxièmes rencontres "Tous partenaires pour réussir l'insertion" par David Kimelfeld, le président de la Métropole de Lyon :

"La Métropole de Lyon est attractive, mais au cœur de ce territoire, il y a des gens éloignés de l'emploi. Et, il n'existe pas de recette magique pour régler le problème de l'insertion."

David Kimelfeld

David Kimelfeld (photo : Laurent Cérino/LT)

Mais, s'il n'existe pas de solutions miracles, des pistes sont néanmoins à explorer ou à intensifier pour le président de la Métropole, qui cumule les compétences en matière d'insertion et de développement économique. Avec, en ligne de mire, la construction d'une Métropole "attractive ET solidaire".

"Pour continuer à être attractive, la Métropole doit être la plus équilibrée possible, sensible aux plus fragiles. Avec l'ensemble des acteurs, notre mission est d'essayer de proposer des solutions pertinentes pour que le monde de l'entreprise et que les acteurs de l'insertion mêlent leurs compétences, dans le but d'aider ceux qui sont à la recherche d'un emploi."

"J'ai toujours eu la conviction que l'on ne pouvait pas travailler sur l'insertion sans travailler avec les entreprises", juge pour sa part Anne-Sophie Condemine, tout juste nommée première vice-présidente de la nouvelle Maison métropolitaine d'insertion pour l'emploi (MMI'e) lancée le 1er janvier dernier.

Cette structure remplit trois missions : mobiliser les entreprises pour qu'elles recrutent des personnes éloignées de l'emploi, développer les clauses sociales dans les appels d'offres publics et coordonner les acteurs de l'insertion dans la métropole.

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Anne-Sophie Condemine (photo : Laurent Cerino/LT)

"Il y a une véritable volonté de simplifier le lien entre les entreprises et les acteurs de l'insertion et de l'emploi. La MMI'e couvre l'ensemble du territoire de la Métropole, avec des interlocuteurs en proximité des entreprises, quelque soit l'activité et la taille de l'établissement."

Refermer le "gouffre" entre économie et insertion

Mais, si elle constate "des progrès", Valérie Glatard, conseillère métropolitaine déléguée aux politiques d'insertion sur le territoire de la Métropole de Lyon, constate qu'il existe encore "un gouffre entre économie et insertion".

"On parle de deux mondes où chacun pense encore trop à faire sans regarder l'autre", juge-t-elle.

C'est justement pour rapprocher ces deux mondes que José Felix, directeur des Ressources Humaines du groupe Aldes basé à Vénissieux, préside également une commission locale d'insertion. Nommé par la Métropole de Lyon, son rôle est d'établir des relations étroites avec le monde économique pour mobiliser les entreprises sur la problématique de l'insertion et d'autre part, remonter les besoins des entreprises vers les acteurs de l'insertion.

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Les intervenants de la table ronde "Entreprise et insertion : retour d'expériences". (photo : Laurent Cerino/LT)

"L'objectif principal des entreprises n'est pas de faire de l'insertion, mais de gagner des marchés, réaliser du chiffre d'affaires... Mais ces entreprises ont besoin de compétences humaines, et elles ne trouvent pas toujours les personnes dont elles ont besoin. Nous réfléchissons donc à la façon d'amener les entreprises à agir autrement. Car je suis persuadé que l'on peut répondre par l'insertion à l'ensemble des compétences recherchées. Nous leur demandons juste un engagement sur un emploi longue durée et un peu de temps pour trouver le bon profil qui sera peut-être à former. L'insertion n'est pas une fin en soi, mais un moyen de répondre aux besoins des entreprises."

D'autres initiatives existent, à l'image de l'action 10 pour 10 lancée à Vaulx-en-Velin par Maria Coulon-Lamier, la présidente du groupe Ubic. Ce dispositif, alliant insertion et emploi, avait pour objectif initial - largement dépassé depuis - de faire recruter 10 jeunes sportifs vaudais, pas forcément de haut niveau, par 10 entreprises locales.

"J'avais envie de faire ma part en matière d'équité. Il n'est pas normal d'avoir un taux de chômage élevé et des entreprises qui peinent à recruter. Le dispositif 10 pour 10 cherche à convaincre les recruteurs de porter un autre regard sur personnes éloignées de l'emploi en se basant sur le savoir-vivre et le savoir-être plus que sur les diplômes ou l'expérience professionnelle. En deux ans, nous sommes parvenus à 70 embauches".

Maria Coulon-Lamier

Maria Coulon-Lamier (photo : Laurent Cerino/LT)

"Jouer un rôle pour l'intérêt général"

Pour faciliter l'insertion professionnelle, la Métropole de Lyon souhaite également développer les initiatives innovantes dans ce secteur :

"La Métropole travaille à faire émerger de nouveaux outils d'accompagnement, portés parfois par d'autres, confirme Gilles Pillon, conseiller métropolitain délégué au développement économique, au numérique, à l'insertion et à l'emploi. Cela nécessite un engagement de tous les partenaires. Il faut que chacun soit à l'écoute de son environnement et des autres pour innover, surtout dans ce domaine."

C'est l' un des objectifs de l'association Habitat et Humanisme qui œuvre à l'insertion par le logement, avec une approche singulière :

"Nous ne sommes pas des spécialistes de l'insertion professionnelle, mais nous nous sommes dit qu'en plus de l'habitat, il fallait que l'on porte aussi nos efforts sur l'emploi. C'est pourquoi nous avons créé les Escales solidaires, pour accueillir les publics fragilisés. Ce sont des lieux d'échanges, de médiation, de partage et d'apprentissage. Cela remobilise ces personnes, mais on fait tout pour qu'elles ne se sentent pas en insertion. En quelque sorte, on fait de l'insertion sans le dire", expose Matthieu de Châlus, le directeur général d'Habitat et Humanisme Rhône.

Aulas

David Kimelfeld et Jean-Michel Aulas lors du dialogue de conclusion. (photo : Laurent Cerino)

Le président de l'Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, qui a conclu les deuxièmes rencontres "Tous partenaires pour réussir l'insertion" par un dialogue avec David Kimelfeld, a eu, lui aussi, "l'envie de jouer un rôle pour l'intérêt général", selon ses mots :

"Avec un peu d'expérience et un peu d'âge, on a envie de rendre ce que l'on a reçu. Dans mon parcours, j'ai eu la chance de rencontrer deux dirigeants exceptionnels, Philippe Oddou (le fondateur de Sport dans la ville, Ndlr) et Abdel Belmokadem (le fondateur de Nes et Cité, Ndlr). Et, ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir pu mettre en pratique, notamment grâce au Groupama Stadium qui accueille des événements, ce que ces chefs d'entreprise m'avaient expliqué il y a des années. Le football est une économie avec des excès, mais quand on est chef d'entreprise on utilise le vecteur de l'entreprise pour générer des emplois durables."

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