IA, data, robots... la santé fait sa révolution

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Impression 3D, robotique, datas, intelligence artificielle, implantation électronique... Autant de technologies qui sont en train de révolutionner le monde de la santé. Si elles sont bénéfiques et apportent de nouvelles perspectives pour les patients, ces innovations posent également de nombreuses questions éthiques. A l'occasion du premier Forum Santé Innovation Lyon, organisé par La Tribune, startups, chercheurs et grands groupes ont apporté leurs visions, lors de tables rondes, sur les changements radicaux en cours. Avec une certitude : le professionnel de santé ne sera jamais remplacé par une machine.

Le constat est unanime : la santé est en train de connaître un véritable bouleversement avec l'arrivée, depuis quelques années, de révolutions technologiques, que ce soit en terme d'impression 3D, de robotique, de données en tous genre, d'intelligence artificielle, d'implants électroniques... Avec celles-ci, s'ouvre le spectre de la médecine du futur dite des 4P - personnalisée, prédictive, préventive et participative - utilisant, pour principal carburant, l'intelligence artificielle et les données de patients. Un formidable outil, à la condition de bien les utiliser, précise Patrick Deniel, le secrétaire général des Hospices Civils de Lyon :

"Les connexions des différentes données de patients font que les médecins et les chercheurs peuvent faire des comparaisons avec d'autres dossiers, dans d'autres établissements de santé, ce qui permet de bâtir des stratégies de soins le plus finement adaptées aux patients. Ces données existent, à nous de bien les appréhender, de manière fine et éthique. Il faut les rendre utiles aux professionnels".

L'intelligence artificielle permet de faire "sortir la médecine au-delà des murs, au plus près du patient", affirme Aymeric Garnier, le cofondateur de la startup Lili Smart, qui conçoit des solutions pour les aidants et les malades en perte d'autonomie.

"Les data et l'IA permettent de créer une santé augmentée, où le parcours de soin global est adapté aux comportements et aux habitudes de vie du patient. Mais ces outils ne sont pas une fin en soi, et ils ne remplaceront pas le professionnel de santé. Car l'être humain n'est pas une machine. Il ne faut donc pas oublier la dimension psychologique dans la réussite du traitement. Il faut aussi établir des règles éthiques qui garantissent la confidentialité des soins. Il est louable de vouloir mieux soigner les patients, mais ces données peuvent être exploitées à d'autres fins plus préjudiciables", prévient-il.

Pinguet

Jean Marc Pinguet (photo : Laurent Cerino/LT)

"La transparence est nécessaire lorsqu'on utilise des datas de santé. Il en va de la confiance du patient", expose Jean-Marc Pinguet, le directeur de l'accès national et des prix du groupe Roche.

"Dans les laboratoires Roche, nous produisons des données cliniques, génomiques... La quantité de données s'accroît et notre expertise évolue. D'ailleurs, nous avons récemment créé un département en interne dédié à la gestion de données. A terme, nous pouvons imaginer que la prise en charge et le coût des traitements évoluent aussi grâce à l'utilisation de ces data, en fonction des réelles bénéfices apportés aux clients. Cela contribue donc à notre modèle de santé, car la prise en charge et le coût des traitements seront mieux adaptés."

Les données pour une médecine préventive

Florence Agostino-Etchetto, la Directrice générale du pôle de compétitivité Lyonbiopôle abonde :

"L'utilisation des datas est primordiale pour développer une médecine plus personnalisée, moins thérapeutique et plus préventive. C'est un enjeu de santé publique. Il faut également mener une réflexion sur l'usage des données. Il faut être bien conscient que les GAFA sont très investis dans la collecte de données. Nous avons donc des organismes, privés ou parapublics notamment en Asie, qui collectent en masse des données individuelles".

Agostino

Florence Agostino-Etchetto (photo : Laurent Cerino/LT)

L'autre grande avancée technologique concerne l'utilisation de robot, notamment dans les blocs opératoires. "Un jour ou l'autre, le chirurgien va poser définitivement son bistouri", prédit Fabrice Romano, le Fondateur des startups Keranova, EyeTechCare et Medtech Gate. Mais, selon lui, il ne faut pas pour autant opposer médecins et robots :

"Le robot est un instrument chirurgical fabuleux. Le progrès technologique apporte des nouveaux outils et des instruments intelligents. Il faut bénéficier de leur puissance, de leur précision pour améliorer le résultat clinique et donc apporter un bénéfice pour le patient. Mais il ne faut pas voir le robot comme un adversaire. Le robot ne remplacera pas l'humain. Avec les nouvelles technologies, les chirurgiens doivent être polyvalents, développer de nouvelles compétences et devenir informaticien, roboticien... Mais il ne devra pas non plus oublier les gestes de base de la chirurgie."

Innover aussi dans les organisations

Patrick Deniel, le secrétaire général des Hospices Civils de Lyon, reprend :

"Le robot ne sera jamais seul dans le bloc opératoire. C'est pour cela que l'on parle bien de chirurgie assisté. Il y a donc un enjeu de favoriser une bonne intégration maîtrisée de la robotique. Il en va de la question de la sécurité du patient. La technologie doit être un vecteur positif. J'espère que le patient n'apprendra jamais un diagnostic par un robot."

Comtet et Roussel

Iris Roussel et Gérard Comtet (photo : Laurent Cerino/LT)

Reste que si la technologie s'invite désormais tout au long du parcours de soins, les hôpitaux rencontrent quelques difficultés à disrupter. Ce que reconnaît, Gérald Comtet, le Directeur du Cluster i-Care dédié aux health technology.

"C'est un peu le paradoxe du monde de la santé : il y a énormément d'innovation en terme de médicaments ou de dispositifs médicaux, mais les établissements de santé sont le parent pauvre de l'innovation organisationnelle. Nous remarquons cependant que de plus en plus de structures hospitalières se dotent de direction de l'innovation. Pour un hôpital, disrupter ne veut pas forcément dire innover à tous les étages, mais par exemple repenser le parcours de soins, faciliter la prise de rendez-vous... Le challenge, c'est que le système de santé se mette en mode startup. Et je remarque de la part des soignants une vraie volonté de transformer le système".

Fondatrice d'OZ'IRIS Santé, une société spécialisée dans l'accompagnement à la création de parcours de santé, Iris Roussel constate une importante disparité d'avancement en fonction des établissements :

"L''innovation, cela veut dire transformer les cultures. Il ne faut pas être naïf : la question économique se pose. C'est parfois plus facile pour les établissements privés, même si certains CHU sont très innovants. Il faut permettre aux personnels de santé de créer, eux-même, un certain nombre d'innovations, à l'image d'une pépinière d'entreprises ou d'espaces de co-conception..."

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