"Au Grand Débat national, la ruralité a été plus active que la ville", Thomas Gassilloud (député du Rhône)

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(Crédits : Thomas Gassilloud)
La consultation des citoyens dans le cadre du Grand Débat national s'est terminée le 18 mars dernier. Le député de la 10e circonscription du Rhône, Thomas Gassilloud, référent Auvergne-Rhône-Alpes pour La République en Marche, dresse un premier bilan de ces échanges.

Quelle a été la dynamique du Grand Débat national au niveau du département du Rhône ?

Le Rhône a été assez dynamique avec plus de 300 réunions organisées, ce qui en fait le troisième département au niveau national. La composante rurale du département a particulièrement bien accueilli la démarche, et la métropole a aussi joué son rôle. Au niveau de la région, il ressort que la ruralité a été plus active que la ville.

Je l'explique par le fait que toute une partie de communes rurales ont des maires qui ne sont pas politisés, et donc qui se sont plus prêtés au jeu du Grand Débat. Les communes à partir de 5 000 habitants ont une opposition, les maires sont plus politisés et peut-être plus frileux pour l'organisation de ces échanges, surtout à un an des élections municipales.

Peut-être qu'aussi dans ces territoires ruraux, les questions d'accès aux services publics par exemple sont plus présentes et donc les citoyens et élus étaient d'autant plus prêts à saisir l'opportunité de s'exprimer.

"Les citoyens veulent s'assurer que la transition écologique est équitablement répartie"

Qu'avez-vous observé au cours de ces réunions ?

Un scénario récurrent est apparu lors de plusieurs débats : d'abord les citoyens venaient parler de ce qui les touchait de plus près, c'est-à-dire la fiscalité. En résumé, les habitants trouvent qu'ils paient trop d'impôts sans savoir vraiment ce à quoi sert cet argent. Dans un second temps, ils s'interrogeaient sur leur rôle en tant que citoyen. Enfin, il y avait toujours une personne pour installer la transition écologique dans le débat et dire "il faut qu'on en parle". A ce sujet, j'ai noté une grogne des citoyens concernant les mesures prises sur l'environnement. Il faut donner un sens aux efforts faits et les citoyens veulent s'assurer que la transition écologique est équitablement répartie.

Quels enseignements en tirez-vous ?

Les participants ont été heureux de venir, d'écouter les autres. Ils se sont rendu compte qu'il y a dans la société des injonctions contradictoires : on doit prendre en compte différentes dimensions et il ne faut pas juger qu'à titre personnel une décision. Certains veulent plus de liberté et d'autres plus de sécurité par exemple, ou alors certains veulent payer moins d'impôts tandis que d'autres souhaitent plus de services publics etc.

Pour moi, cela a été l'occasion de reprendre la température sur les aspirations des citoyens. J'ai entendu beaucoup de témoignages sur la précarité, notamment des retraités qui expliquent que, lorsque la retraite n'est pas indexée sur l'inflation, leur pouvoir d'achat diminue.

Le Grand Débat national se termine, quel rôle allez-vous jouer désormais ?

Les 1400 propositions, que nous avons relevées sur la circonscription, ont été transmises à la mission en charge du Grand Débat national. Des grandes tendances nationales seront relevées et des décisions devraient être annoncées par la suite.

Mais au niveau local, je souhaite poursuivre la démarche. Nous avons repris les propositions dans le cadre d'une réunion avec des citoyens le 9 mars et avons tiré une synthèse avec les problématiques locales. Elle sera présentée aux maires de la circonscription lors d'une réunion le 22 mars.

"Il faut remettre de la compréhension dans les décisions"

Au vu des échanges auxquels vous avez assisté, quelles mesures proposeriez-vous demain ?

Il serait bien que les citoyens aient un récapitulatif annuel de l'investissement de l'argent public, afin que chacun puisse comprendre à quoi sert l'argent public. Cela rappellerait aussi que les services publics ne sont pas acquis, ils se financent.

Si vous deviez voter aujourd'hui la suppression de l'ISF, le feriez-vous ?

Tout à fait, je le referais. Mais différemment, en parlant de transformation avec l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). On aurait pu la nommer IFSI d'ailleurs. Les gens sont conscients que c'était nécessaire pour notre économie. En revanche, j'ai plus de doutes sur la taxe carbone. Il aurait fallu le faire avec plus de transparence et en garantissant la destination de cette taxe.

Finalement, la transparence est-elle la clef pour que les citoyens reprennent confiance dans les institutions ?

Nous sommes dans un monde où tout doit être fait rapidement, ce qui génère de l'incompréhension et un monde anxiogène. On le voit sur les réseaux sociaux et les chaînes d'infos. Il faut remettre du rationnel, de la pédagogie, de la transparence, de la compréhension et l'association des citoyens dans les décisions, malgré des temps extrêmement courts.

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Commentaires
a écrit le 21/03/2019 à 8:59 :
Je voudrais ajouter, ayant animé 6 grands débats, de 50 à 170 personnes, que cela a permis des échanges entre les personnes, et une réeducation au dialogue : par des règles posées clairement, les débats se sont fait dans le respect : sans se mettre en colère, ni s'insulter, et en s'écoutant. Ce nouveau mode de communication doit se généraliser dans tous nos espaces collectifs, en réunion d'équipe, dans une classe d'école, mais aussi dans les hémicycles politiques. Avec les soutien des médiateurs professionnels dont c'est la compétence : rétablir et favoriser le dialogue.

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