CCI de Lyon : le coup de grâce d'un patronat dépassé

 |   |  1101  mots
(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Les 10 conférences-débats de Tout un programme, qui s'achève ce mercredi, auront mis en lumière un déficit démocratique, un dépérissement politique et une crise de société en riposte auxquels les entrepreneurs apparaissent en première ligne. Car la France aime ses entreprises. Mais elle ne porte guère de crédit aux organisations qui les représentent et qui se rassembleront ce mercredi à Lyon. Le big bang qui frappe la CCI de Lyon cristallise le chemin que ces organisations doivent parcourir pour restaurer leur légitimité.

Le contraste est saisissant. Et même vertigineux. Mardi 2 décembre, avant-dernière conférence du cycle Tout un programme. Sur la scène du grand amphithéâtre de Sciences Po Lyon et devant 400 spectateurs silencieux devant la grande qualité du débat, Jean-Paul Delevoye (président du CESE), le politologue Pascal Perrineau (Cevipof) et le sociologue des médias Denis Muzet (Médiascopie) dressent un diagnostic terrible de la société française ou plus exactement du support politique et du cadre démocratique censés la porter, la dynamiser, la mettre en perspective d'un avenir, d'un projet commun. D'une espérance.

De la haine plus que de la défiance

Leur examen est sans appel - Pascal Perrineau retenant même la « haine » davantage que la défiance pour qualifier la considération des citoyens pour « le » politique -, leurs inquiétudes sur l'extraordinaire capacité du Front National à politiser ce rejet citoyen sont immenses, leur diagnostic sur l'impressionnant déphasage entre le modèle démocratique et politique et les réalités d'une planète sans frontière, sans limite, sans pause, sans contrôle, est lumineux, leur exhortation des citoyens s'appropriant le débat, la « chose », l'enjeu publics est fondée sur une décortication et une démonstration pleines de « confiance ».

Parviendrons-nous à imbriquer la démocratie verticale - historique et qui assure la légitimité du fonctionnement politique - avec la démocratie horizontale dite citoyenne - inédite, née de la mondialisation et des nouvelles technologies ? « C'est là un enjeu majeur, même capital de notre société et de notre système politique si nous voulons réussir la réinvention, impérative, de notre démocratie », tranche Pascal Perrineau.

La médiocrité et le discrédit

Une confrontation de très haut niveau. Inversement proportionnelle à la petitesse des « drames » locaux comme celui que traverse la CCI de Lyon et donc cruellement symptomatique de la médiocrité des corps intermédiaires, dont le délitement et le discrédit participent activement à la déliquescence de la démocratie et de ceux qui l'incarnent. Des corps intermédiaires - syndicats patronaux comme de salariés, médias, etc. - qui, l'ont d'ailleurs rappelé les trois débatteurs, sont eux-mêmes gangrénés par le mal rongeant les hiérarques politiques : endogamie, collusions, et une course effrénée aux mandats, au pouvoir même infime ou ridicule, à la réélection, à une reconnaissance statutaire et à une notabilité totalement anachroniques et surannés.

L'heure n'est pas au mea culpa

Revitaliser la démocratie, c'est-à-dire ni plus ni moins « sauver » le pays, comme l'ont appelé outre Jean-Paul Delevoye, Pascal Perrineau, Denis Muzet, les spectateurs eux-mêmes, exige de l'ensemble des strates composant la démocratie exemplarité et cohérence avec la situation. Alors que ce 3 décembre ils se sont donné rendez-vous à Lyon pour crier leur - légitime - colère contre le contexte administratif et politique qui les étrangle, les patrons saisiront-ils l'opportunité pour regarder les lacunes, les défaillances, et même les fautes des organisations censées les représenter... et qui en réalité représentent surtout les 30 000 mandats distribués chaque année sur le territoire ?

Des spectres qui ressurgissent

La plupart des chambres consulaires de la région, en premier lieu lyonnaise et, concomitamment, rhônalpine, auront été, ces dernières années, le théâtre d'un spectacle patronal digne des télénovelas brésiliennes les plus grotesques, les plus inénarrables. Mais aussi les plus dévastatrices pour l'image des entreprises, ou plus exactement des entrepreneurs puisque, comme l'ensemble des études - Cevipof, Médiascopie, Ipsos, etc. - le démontre aujourd'hui, les Français aiment sinon les patrons au moins les entreprises : elles constituent d'ailleurs l'institution qu'ils placent très loin en tête de celles en lesquelles ils ont « confiance » (pour 92 % d'entre eux selon le Cevipof).

A Lyon, la décision du tribunal administratif, le 27 novembre, d'invalider l'élection du président de la Chambre - conclue il y a tout juste un an, le 2 décembre 2013 - et la restauration, temporaire, du « banni » Philippe Grillot évincé à l'automne dernier suite aux enquêtes et entretiens publiés par Acteurs de l'économie, exhument les fantômes que d'aucuns avaient espéré définitivement enfouis. Rivalités claniques, inimitiés délétères, luttes de pouvoir, guerre Medef - CGPME, fractures franc-maçonnerie - patronat chrétien, incompétence d'élus, cacophonie stratégique...

La défense des mauvais intérêts ?

Non, la médiocrité n'est pas propriété des seuls syndicats salariés, et la résurgence de ces affres donne crédit aux - nombreuses - voix qui s'interrogent sur la vocation et l'utilité mêmes des organisations et corps intermédiaires destinés à les représenter. Au moment où le périmètre budgétaire et de compétences des chambres consulaires fait l'objet d'un âpre débat, et alors que les élections ad hoc de 2010 avaient mobilisé à peine 17 % des votants, la légitimité et la crédibilité des organisations patronales doivent être très clairement interrogées.

Peut-être ont-elles, elles aussi, privilégié la défense des intérêts particuliers à celle de l'intérêt général, la défense des pré-carrés corporatistes à celle du bien commun, la défense des ambitions personnelles de notables dépassés à celle d'une cause entrepreneuriale affranchie des contingences territoriales, tournée bien davantage vers Shanghai que Bourgoin-Jallieu. Et totalement sourde aux combats vaudevillesques de belligérants recroquevillés sur d'ubuesques enjeux locaux de pouvoir.

De nouveaux visages

L'effort intellectuel et, osons le mot : comportemental, auquel outre Jean-Paul Delevoye, Pascal Perrineau, Denis Muzet le 2 décembre, l'ensemble des débatteurs - une trentaine - depuis le 19 novembre appellent pour que la société colmate ses nombreuses brèches et puisse enfin regarder l'avenir de nouveau, prend appui sur l'engagement des entrepreneurs. C'est d'eux que peut et doit venir en premier lieu la réhabilitation d'un vivre-ensemble, d'une cohésion, d'une justice, d'une équité, d'une dynamique, d'une prise de risque, d'une perspective aujourd'hui déchirés, soulignent-ils à l'unisson.

L'aggiornamento auquel ces débatteurs aspirent pour que l'offre politique soit modernisée et adaptée à la réalité sociétale exige que l'ensemble des corps intermédiaires, organisations patronales et leurs expressions consulaires incluses, épousent le même mouvement. Des efforts sont entrepris, de nouveaux visages, notamment au Medef, peu suspects de dogmatisme prennent place et renouvellent progressivement l'aréopage. Mais le vœu est encore loin d'être exaucé...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/12/2014 à 15:41 :
Les réalisations de la CCI de Lyon comme de beaucoup d'autres ont souvent permis d'équiper utilement les territoires.De grands Présidents et Elus ont à leurs époques fait le job.Il faut croire que la qualité des hommes n'est plus à la hauteur de leurs missions.le cas lyonnais est navrant et prouve,une fois de plus,le jeu médiocre des syndicats patronaux.
a écrit le 06/12/2014 à 22:50 :
Les CCI se sont elles même engluées dans le mille feuille INFERNAL qui sclérose l'économie française, et la CCI de Lyon est exactement l'exemple de toutes les déviances perverses qu'il convient de supprimer radicalement.
a écrit le 05/12/2014 à 15:41 :
Style lourd et pédant, verbiage de bobo.
a écrit le 05/12/2014 à 7:43 :
J'apprécie bcp sur le fond vos initiatives pour enrichir et faire vivre les débats citoyens
a écrit le 04/12/2014 à 16:05 :
Les entreprises demandent une baisse des impots et taxes, et de la simplification.

Commençons par libérer les entreprises des chambres consulaires completement inutiles
Une adhesion facultative les obligerait à trouver une utilité.

Et inutile, c'est au mieux : parfois les CCI ou CM luttent de toutes leurs forces contre certaines activités qu'elles rackettent sans la moins bienveillance.
a écrit le 04/12/2014 à 9:12 :
Pour refonder, il faut faire tablerase, dissoudre purement et simplement ces excroissances obsolètes et gangrainées que sont les CCI.
a écrit le 04/12/2014 à 6:41 :
Les élections aux Cci et des Délégués consulaires grands électeurs des Membres des Tribunaux de commerce ont eu lieu du 25 novembre au 8 décembre 2010 ; le taux d’abstentions dans les catégories commerce, industrie ou services était comparable: 83% .
Aux élections de 2009 des Chambres de métiers et de l’artisanat, on constate le même record d’abstentions : 80% contre 74,6% aux élections précédentes soit 6,4% de plus.
Un des anciens Directeurs Général de la Cci de Lyon (statut assimilé fonctionnaire) a touché comme indemnités statutaires, la modique somme de 490 242,03 €. (Rapport de la Cour Régionale des Comptes) et il y a d'autres spécificités dans biens d'autres CCI, des DG et directeurs de service classés Hors Catégorie ou catégorie 1 qui gagnent de très beaux salaires, largement supérieurs au salaire d'un Pdg de Pme.
Cci Grenoble vient d'ouvrir un campus à Paris dans le quartier du 16eme entre Passy et la Maison de la Radio dans un immeuble dont le loyer annuel ( d'HLM?) de 895 760 € HT +charges + surloyer est payé avec son colocataire l'EM Normandie : le local est "très modeste" et nécessite encore des investissements pour le rendre attrayant. CCI Grenoble a fait l'acquisition de l'immeuble Polytec à Grenoble (de 5133 m2 avec 151 places de parking) pour 10 700 000 € payés sur fonds de réserves. La Cci Ain a versé plus de 50.000 euros à une entreprise semi-publique de BTP, sans donner de raison objective.
Et en lisant la presse régionale, on apprend que la Cci de l’Ain a eu un résultat excédentaire de 2,5 M € dégagés sur l'exercice 2013. Comment ? En grande partie par une erreur du ministère des Finances en faveur de la CCI 01 ! En se trompant sur les bases de la TAFCFE (la remplaçante de feu la taxe professionnelle), Bercy a versé 1,9 M € en trop en 2012 et 2013, somme intégralement enregistrée en 2013. L'excédent de fonctionnement a tout de suite été dépensé plutôt que d’alerter le Ministère des Finances de cette grossière erreur financière et rendre ainsi le trop perçu de "seulement" 1.9 millions d'euros. Et bien non, pas rendu, simplement dépensé. Du coup, l'heureux bénéficiaire qu'est la Cci01 se demande si elle devra compenser son trop-perçu d'une manière ou d'une autre, ou carrément rembourser !
Les Cci semblent ne pas savoir quoi faire de leur cash qui déborde, qui est ponctionné annuellement aux entreprises alors que les Cci devraient et pourraient en reverser une partie aux entreprises qui sont en grande partie leurs financeurs.
Les Cci (la caste de certains élus qui sont des chefs d’entreprise et les fonctionnaires) qui utilisent l'argent prélevé aux entreprises pour réaliser des projets immobiliers dignes de petits Seigneurs de Province tout en préservant et en favorisant leurs intérêts personnels ! Ces CCI qui sont assises sur des tas de cash et qui par leur statut sont censées représentées et aider bien sûr les entreprises ...
Il faut visiter le siège de CCI France à Paris, un magnifique immense et opulent immeuble de très haut standing sur l’avenue « bon marché » de la Grande Armée dans le « très populaire » 17ème arrondissement ! En quoi ce bâtiment sert il les intérêts des entreprises françaises ?
a écrit le 03/12/2014 à 13:15 :
CCI? Trop chères, dépassées. Ne sont utilisées que parce que c'est gratuit..

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :