Un budget 2015 sans imagination ni audace

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Le budget 2015 n'a satisfait personne lors de sa présentation la semaine passée, entre ceux critiquant son austérité supposée et les autres lui reprochant son inconsistance. En réalité, il manque avant tout cruellement d'audace, tant il est immobile sur le plan de la fiscalité et sans imagination pour réformer l'Etat.

L'audace serait d'abord de relancer l'investissement par une fiscalité incitative sur l'épargne, de manière à récompenser le risque. L'impôt ne crée ni n'annule à lui seul l'activité. Il est pourtant indispensable et se doit d'être consenti, rationnel et utile. A cet égard, il semble aujourd'hui primordial d'utiliser l'épargne privée et les plus-values pour investir.

Aujourd'hui, plus de 60 % de l'épargne est détenue par des plus de 60 ans, triplement averses au risque en raison de leur âge, des perspectives économiques et de la fiscalité. Par une taxation plus incitative, on pourrait drainer ces immenses flux d'épargne privée vers le financement d'entreprises et de projets. Cela constituerait un geste fiscal, un appui à l'offre et un soutien à la demande.

Allonger la durée des titres de dette

Les contribuables français doivent pouvoir connaître l'utilisation de leurs ressources. Le financement de l'économie a toujours eu leur faveur, en témoigne le succès de toutes les campagnes d'emprunt populaire au XXème siècle. Nous en sommes encore loin. Les prélèvements obligatoires vont certes se stabiliser et les dépenses publiques légèrement baisser. Pour autant, la somme des dépenses publiques dépassera en 2015 de 25 % celle des recettes, sans même prendre en considération les comptes de la sécurité sociale.

Le déficit public, maintenu à 4,3 % du produit intérieur brut (PIB) annuel, obligera la France à continuer d'emprunter sur les marchés, alors qu'elle doit déjà refinancer pour 117 milliards de nombreux titres de dettes, émis durant la crise financière et arrivant à expiration. Puisque la France bénéficie de taux extrêmement bas, il serait judicieux d'allonger la durée des titres de dette, selon l'exemple britannique, pour se donner à moyen-terme une plus grande marge de manœuvre. Pourquoi ne pas en étendre le principe à d'autres services publics ?

Repenser la nature de l'Etat

Ensuite de son rôle. Nous devons changer de paradigme et repenser la nature de l'Etat et des collectivités, plutôt que d'effectuer des coupes budgétaires au gré des rapports de force politiques. Par exemple, plus encore que de diminuer les dotations aux collectivités, ne serait-il pas plus simple de supprimer la clause générale de compétence ? Instaurée en 1884 par la « loi municipale », étendue à partir de 1982 aux départements et régions, elle permet à chaque collectivité de financer tout projet ayant un « intérêt public local », ce qui multiplie les interlocuteurs et les dépenses.Il faut une répartition claire des compétences, entre efficacité et décentralisation. En juillet, la création de 13 super-régions a été annoncée. Pourquoi ne pourrait-on pas discuter de leur confier la charge d'administrations importantes, comme l'éducation ?

Ainsi, derrière les chiffres, le Budget 2015 est une photographie de l'état économique de notre pays : morose, et en attente d'impulsions.

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Commentaires
a écrit le 13/10/2014 à 8:12 :
Il me semble que la clause générale de compétence avait été supprimée par un certain Sarkozy.
a écrit le 12/10/2014 à 14:58 :
Il n'y a rien dans la critique de Lorenzi. Cet article est vide d'idées, mis à part la première qui est un contresens économique!
a écrit le 11/10/2014 à 19:26 :
bah c est une politique d énarques quoi . sans audace
a écrit le 11/10/2014 à 12:04 :
Ce n'est pas parce que la gestion d'une opération publique peut être avantageusement déconcentrée qu'elle doit être ipso facto financée par des impôts locaux voire par des impôts tout court. Un service ça peut aussi s'acheter par une redevance dont le tarif peut être régulé nationalement.
a écrit le 11/10/2014 à 11:33 :
Mais ce budget ne manque pas d'audace: la preuve: les impots et taxes vont augmenter! ( environ 3,5 milliards de plus que 2014 )
a écrit le 11/10/2014 à 9:29 :
Et oui le capitaine de pédalo ne voit pas très loin
Il sait juste tres bien lire des discours écrit par de bon gars dû marketing
Réponse de le 11/10/2014 à 11:04 :
Pourquoi voulez vous qu'il regarde loin? En 2017 il sait déjà qu'il saute du coup mieux vaut regarder 2022 et laisser le pays dans le même état qu'il l'a eut en 2012...
a écrit le 09/10/2014 à 11:54 :
Remplacer 22 académies par 22 régions, la belle affaire.

Si les personnes agées sont adverses aux risques pour leur patrimoine, c'est tout simplement parce que leurs retraites sont de plus en plus menacées et qu'elles sont obligées de subvenir aux besoins de leurs enfants au chômage. Sans compter les bulles successives sur 'immobilier, les telecom, le crédit qui ont laissé de mauvais souvenirs aux petits investisseurs.
On n'arrivera pas, et c'est tant mieux, à obliger des gens traumatisés par l'effondrement de leurs revenus fixes, à se lancer dans de l'aventurisme financier. Après tout financer l'économie c'est le rôle des banques, pas des particuliers.
a écrit le 09/10/2014 à 11:07 :
En resume depuis 30 ans on fait des dettes sans rien changer le bateau coule avec la musique a fond

Merci à notre clique politique qui connaît très bien les problèmes , rappeler tous les ans par la cour des comptes
a écrit le 09/10/2014 à 10:53 :
Fidèlement représentatif de la classe politique et de l' opinion internationale. Nous sommes des "ânes" !!!
a écrit le 09/10/2014 à 9:19 :
Ramener une grosse part de la dépense publique en local, cela incitera les élus à considérer le bien fondé de certaines dépenses locales actuellement largement couvertes parr l'état et les régions. Combien de travaux d'"investissements" n'auraient jamais vu le jour, pour manque de pertinence, s'ils avaient du être financés exclusivement en local?

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