Mythe et réalité : la Silver Economy

 |   |  783  mots
Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie honoraire à l’Université Paris Dauphine. ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie
Jean-Hervé Lorenzi, professeur d’économie honoraire à l’Université Paris Dauphine. ©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
La France peut elle trouver un réservoir de croissance dans l'or gris? Le vieillissement de la population est présenté comme une chance pour certains secteurs de l'économie et une source d'emploi. Mais on est encore très loin d'une filière économique réelle.

L'opération Silver Economy est bel et bien lancée. Le talent de Madame Delaunay, ministre déléguée aux personnes âgées et à l'autonomie, s'est parfaitement exprimé, en réussissant, depuis la modeste place qu'elle occupe dans le gouvernement, à promouvoir l'idée que la France pourrait se trouver une nouvelle vocation, qu'une partie des problèmes du chômage pourrait être améliorée et que les technologies françaises pourraient se réaliser dans de nouveaux territoires. En un mot, le vieillissement, considéré par tous comme un handicap majeur pour la croissance à venir, pourrait se révéler une des sources nouvelles de croissance.

Programme de filière

Cette affirmation, car il est bien difficile aujourd'hui de mesurer les impacts positifs et négatifs du vieillissement, a été transformée en un véritable programme de filière. La ministre est même parvenue à réunir Monsieur Montebourg , le 24 avril 2013, autour d'un comité de filière dédié à la Silver Economy. En réalité, Madame Delaunay a parfaitement rempli ce rôle d'impulsion, qui est celui que l'on attend d'un gouvernement et, finalement, convaincu, au moins temporairement, que le vieillissement n'était pas synonyme de déclin inéluctable. Dans ce domaine-là, rien n'a été joué car, sans nul doute, le vieillissement engendre trois conséquences négatives : premier handicap : il est coûteux, puisque les dépenses liées à la hausse de l'âge moyen de la population, aux financements des retraites et de la santé alourdissent la charge collective de plusieurs points de PIB. Mais si cela se limitait à ces dépenses, ce ne serait pas terrible, car ces dépenses correspondent aussi à d'autres activités.

Handicaps en série

Second handicap : une société vieillissante est par nature moins portée à l'innovation, moins porteuse de progrès techniques, tout simplement car, hormis quelques exceptions, les seniors sont en moyenne moins créatifs que ne peuvent l'être les générations suivantes.Dernier handicap : la croissance à venir nécessitera des investissements massifs. Cette évolution suppose une épargne abondante et prête à prendre des risques. Or une société vieillissante est caractérisée par une concentration de l'épargne entre les mains des plus de cinquante ans, et chacun sait que l'aversion au risque croit avec l'âge. Il est donc extrêmement difficile d'imaginer que, sans des montages financiers qui permettent le partage du risque, nos seniors vont naturellement investir dans l'épargne que dans des projets risqués. C'était bien ardu de contrevenir à ces évidences et de mettre l'accent sur des politiques économiques susceptibles d'utiliser ce mouvement démographique indépassable.

 Propositions simplistes

C'est bien ce qu'on fait les promoteurs de la Silver Economy quand ils ont mis en lumière les possibilités qu'allaient ouvrir ce choc démographique. Les propositions étaient simples. D'une part, la dépendance allait créer plusieurs centaines de milliers d'emplois, tout simplement parce qu'il faut former des aidants professionnels qui assument ce nouveau type d'activité auprès d'une population de plus en plus nombreuse. Bien entendu, il s'agit d'emplois peu qualifiés, mais, il n'empêche, l'idée est que la complexité des maladies dépendance nécessitera de plus en plus des capacités fortes. Et puis, il y a cette idée que tant pour les seniors bien portants que pour les dépendants, les secteurs entiers vont se transformer, de nouveaux produits et services vont s'imposer. Le tourisme et les loisirs sont les premiers concernés mais bien entendu, il faut évidemment se dire que de nombreux secteurs seront tout aussi bouleversés , à commencer par le logement.

Financer les développements

L'ambition nait alors de faire de la France, pays doué en technologie, l'un des leaders de ce nouveau type d'activité qui pourrait représenter sans nul doute, à terme, un facteur d'une nouvelle croissance. Reste que pour faire cela au-delà des mots, il faut se fixer deux objectifs : le premier est celui de qualifier ces centaines de milliers de personnes qui auront cette vocation d'accompagner les personnes dépendantes et ceci nécessite un effort gigantesque qui n'est pas le moins du monde entamé. Et puis comme les technologies de Silver Economy sont balbutiantes, il faut aider à financer les développements, aider à la création de technologie, aider à la création de start up : en un mot, permettre la naissance de nouveaux secteurs d'activité. Le talent de Madame Delaunay a consisté à mettre en lumière ces possibilités. D'une certaine manière même de considérer que la Silver Economy était une priorité nationale. Reste alors à réellement la développer et la financer sinon tout ceci n'aura été que des mots.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :