COP21, Isabelle Autissier : "Faisons preuve d'imagination ! "

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(Crédits : Hamilton)
Elle fut la première femme à accomplir le tour du monde à la voile en solitaire, elle est une romancière réputée - Soudain, seuls (Stock) figurait dans la sélection officielle du Prix Goncourt 2015 -, et elle préside WWF France. Trois types d'aventure entrepreneuriale confondus dans un même dessein : promouvoir l'humanité utile et altruiste capable de réconcilier l'Homme avec une nature que son endoctrinement productiviste, son arrogance, son mépris, et sa cécité face aux réalités climatiques, sociales, économiques de la planète, mettent en péril. Au seuil de COP21, la parole d'Isabelle Autissier est d'or.

Acteurs de l'économie-La Tribune : Entreprendre un roman, entreprendre une course autour du monde à la voile, entreprendre pour défendre la sanctuarisation de la nature : ce verbe entreprendre revêt-il un seul et même sens ? Qu'est-ce qui universalise et singularise ses expressions ?

Isabelle Autissier : Entreprendre, c'est choisir sa vie, c'est impliquer sa vie, c'est décider de la consistance et du sens de sa vie. Dans cette optique, nous utilisons tout ce qui « fait » notre existence : un héritage, une éducation, une histoire personnelle, des centres d'intérêt, un environnement affectif, et de ce substrat naît puis se construit l'action d'entreprendre. Dès lors, les logiques entrepreneuriales qui nourrissent mon engagement dans ces trois domaines sont parfaitement identiques et convergent vers un même dessein : la projection dans le futur de ce que je suis personnellement, la manière dont j'abonde à la construction de notre devenir commun, humain et terrestre, ce que je porte comme capacités personnelles.

Peu d'actes invitent autant que celui d'entreprendre à creuser, à secouer au plus profond de soi. Cette exploration la plus indicible de votre intimité intellectuelle, émotionnelle et même physique, est-ce dans la bataille des mots ou dans celle des vents que vous l'éprouvez le plus densément ? L'écriture détient-elle, chez vous, les mêmes vertus réparatrices et « réhumanisatrices » que celles que lui destinent Louise et Ludovic, les deux personnages de votre roman Soudain, seuls  : « Procurer un bien fou : celui d'offrir à nouveau une histoire, rapprocher d'une vie normale et civilisée » ?

Ce qui déclenche la volonté d'entreprendre - quelle qu'en soit la forme - demeure mystérieux, souvent résulte de rencontres - avec des femmes et des hommes, des idées et des événements, d'extraordinaires paysages ou de simples circonstances - et parfois même d'échecs. C'est un processus assez profond et parfois fulgurant. Quand j'avais dix ans, j'ai pour la première fois rêvé que, plus grande, je serais navigatrice et accomplirais le tour du monde. Ce type d'idée germe puis se développe en une « espèce » d'envie intérieure, de pulsion interne, que l'on décide de matérialiser dans le champ du possible.

C'est là qu'entreprendre prend toute sa dimension et devient réalité, permettant de rendre concret ce qui relève d'une motivation vitale. Dans un second temps interviennent les paramètres « raisonnables » : que viens-je y chercher et que vais-je y trouver ? Ai-je les compétences pour ce projet ? Quels sont les risques pour moi et pour les autres ? Quel apprentissage dois-je suivre pour combler mes lacunes ? Autant d'interrogations synonymes de retours introspectifs sur soi. Leur résolution - qui doit s'interdire toute complaisance, toute mansuétude, toute illusion - permet de mettre en perspective puis d'ajuster les différents « niveaux » : exigence et motivation imposées d'une part et plaisirs, émotions, sens recherchés, d'autre part. Cette mise à l'épreuve est capitale dans le processus entrepreneurial et dans la transformation du rêve en projet. Elle nécessite pragmatisme et honnêteté vis-à-vis de soi. L'entourage peut jouer un rôle essentiel ; parce que l'on a confiance dans nos proches, leurs analyses, leurs exhortations, leurs avertissements font sens et aident à la prise de décision.

Isabelle Autissier

Confiance : votre héroïne a été élevée dans la défiance, par la faute de laquelle la résignation et même la « lâcheté de renoncer à ses idéaux » l'ont innervée. La confiance en soi constitue bel et bien le ciment de toute vocation entrepreneuriale... Selon vos aventures, cette confiance occupe-t-elle des rôles de même nature ?

L'importance de la confiance en soi dans la manière dont on conduit son existence et a fortiori dont on entreprend n'a pas d'équivalent. Je la place en tête des atouts lorsqu'on la possède, en tête des manques lorsqu'elle fait défaut. J'ai la chance, infinie et malheureusement peu courante, qu'elle m'escorte à chaque instant, elle est omniprésente dans ma vie, c'est grâce à elle que j'ai pu prendre conscience de mes capacités à entreprendre, c'est-à-dire à pouvoir réaliser ce qui trop souvent demeure confiné dans le seul vœu.

On ne se projette pas avec envie dans l'avenir si l'on ne pense pas que l'on peut et surtout que l'on va réussir. Réussir ou plus exactement « arriver quelque part », car l'issue du cheminement peut être distincte voire éloignée de l'objectif originel. C'est la confiance en soi qui apporte la certitude que ce « quelque part » pourra être accomplissement et même joie. C'est elle qui permet également d'examiner un échec avec clairvoyance et d'en tirer les enseignements grâce auxquels on redimensionne le dessein initial vers une nouvelle aventure. Mon actuel voilier d'expédition est le résultat d'un premier projet conduit sans succès pendant deux années, au cours desquelles j'ai tant discuté avec d'autres, j'ai tant appris des autres, que j'ai pu donner une nouvelle orientation à ce projet initial.

Le rebond fait en effet pleinement partie de l'acte d'entreprendre, y compris dans ses attributs résilients. Mais « rebondir ! », écrivez-vous, c'est aussi « l'un des maîtres-mots de notre époque déboussolée : rebondir après un divorce, malgré le chômage, la maladie ». Et vous fustigez ces « exemples de gens ayant une foi quasi mystique dans leur avenir, phénix modernes se réinventant un travail et une place sociale ». Jugez-vous la faculté de rebondir exagérément sacralisée, dans une société et sous un diktat médiatique « en besoin » viscéral d'héroïser ?

Absolument. Savoir rebondir est essentiel. Et même capital. Mais la société commet l'erreur de (faire) croire que tout le monde possède cette disposition. Ou même, pire, que tout le monde doit impérativement la posséder, sous peine sinon d'être tenu pour responsable de sa tétanie ou de son impuissance face à l'échec. Le facteur de rebond le plus déterminant est, là encore, la confiance en soi. Mais celle-ci n'est pas innée, elle ne surgit pas, spontanément et miraculeusement, à 20, 30 ou 40 ans. Elle est fécondée, prend racine et prospère dès le plus jeune âge. J'ai eu la chance, extraordinaire, d'avoir été élevée dans la culture de cette confiance en moi. Jamais on ne m'a dit : « Tu ne vas pas y arriver. » J'ai donc été  armée de cet élément déterminant à l'accomplissement de l'existence. Est-ce naturel, est-ce fréquent, est-ce commun à tous ? Non, bien sûr. Combien de gens ont grandi dans l'excès d'anticipation, de coercition, d'angoisses, de prévenances qui les a fragilisés, complexés et a étouffé leurs facultés de se redresser après l'échec ?

La société n'a pas le droit de culpabiliser et de marginaliser ceux qui ne sont pas « équipés » de la confiance suffisante. Au contraire même : cette société qui malmène, déstabilise, précarise comme jamais, a la responsabilité d'enseigner au plus grand nombre les moyens de faire face à l'échec et en premier lieu la confiance en soi. Cela devrait commencer dès l'école, par l'emploi de méthodes pédagogiques et d'approches humaines qui galvanisent les potentialités de chaque enfant plutôt que de toujours comparer, hiérarchiser, mettre en concurrence et donc affaiblir les plus vulnérables. En chacun dorment de formidables trésors et capacités qui n'attendent qu'un peu de confiance pour s'exprimer.

Isabelle Autissier

La mise à nu personnelle, l'exposition au vide, aux brèches les plus profondes, aux vulnérabilités les plus insidieuses, participent, aux côtés des émotions les plus extatiques, à « la double aventure entrepreneuriale » de la navigatrice et de l'écrivain. Sont-elles strictement identiques ?

Pas tout à fait. Le cœur et l'énergie investis sont comparables, l'envie d'accomplir est similaire, et certains effets espérés sont analogues : l'amour-propre, la représentation que l'on a de soi-même, mais aussi la place que l'on occupe dans le corps social et/ou que ce dernier vous reconnaît. Ce qui les distingue est de deux ordres : le premier - et ce n'est pas neutre ! -, c'est la possibilité, pour la navigatrice, de mourir. Écrire n'expose pas à perdre la vie... Le second lie l'acte d'entreprendre à la perception que s'en font les autres. Tout le monde n'aspire pas à être dans l'aventure de l'écriture, mais tout le monde (ou presque) est fasciné par l'aventure de la mer. Sur un bateau bien plus qu'à mon bureau, j'ai conscience que mon aventure porte le rêve des autres. « Vous nous faites rêver. Merci ! » : combien de fois ai-je entendu cette déclaration, qui s'applique bien plus à ma carrière de navigatrice qu'à celle d'écrivain. Aux yeux de ce public, je suis une sorte de médiateur de ses rêves, je symbolise ses propres espérances, ses aspirations les plus folles et les plus inaccessibles. Mes mains, mon corps, ma détermination exaucent un rêve par procuration. Cette dimension, cette responsabilité peut-on même dire, participent de manière fondamentale à l'accomplissement du projet individuel. Elles l'enrichissent d'un sens et d'une utilité au-delà de moi-même.

Les « mondes » de la mer et de l'écriture figurent parmi les plus étrangers à ce qui compose la « civilisation » ; présider WWF France, c'est-à-dire exercer une responsabilité politique et accomplir un devoir citoyen, était-il nécessaire pour rééquilibrer votre existence en faveur d'un altruisme qui par nature fait défaut à l'introspection, à l'égotisme caractéristiques des deux premiers combats ?

Mes aventures de marin résultent a priori d'une démarche strictement personnelle ; mais la manière dont le grand public les partage, les soutient, se les approprie, s'en enthousiasme, fait de moi, que je le veuille ou non, un être social. La navigatrice Isabelle Autissier seule au milieu de l'océan exerce alors un rôle dans la société et donc une responsabilité vis-à-vis du collectif. Mes aventures d'écrivain épousent une logique assez comparable. À l'inverse, ma présidence d'une ONG comme WWF a priori me place totalement dans la réalité du corps social et fait donc de moi un être social. La réalité est, là aussi, davantage nuancée. Car cette responsabilité collective nourrit tout mon être, l'enrichit de connaissances, de rencontres, d'enjeux et de décisions à prendre grâce auxquels je continue de me construire. Bref, les réalités introspectives et sociales de mes différents engagements sont davantage poreuses qu'imperméables.

La reconnaissance de vos exploits de navigatrice, c'est « quasiment » - une course même en solitaire résulte certes « aussi » d'un travail collectif - à vous seule que vous la devez ; celle de votre talent d'écrivain, ce sont les autres - lecteurs, critiques, jurés de Prix - qui la conditionnent. Cela modifie-t-il le cheminement entrepreneurial ?

Je ne pense pas. La reconnaissance, quelle qu'en soit l'origine, est vertueuse pour l'individu, en premier lieu pour l'ego... et aussi parfois pour le porte-monnaie ! être femme, navigatrice en solitaire et autour du monde, sécrète une reconnaissance particulière. Il y a un siècle en France, on m'aurait sans doute prise pour folle et aujourd'hui encore dans des pays aussi rigoristes que l'Arabie saoudite une telle émancipation serait insupportable. A mon très humble niveau, j'ai l'impression de contribuer à construire mon époque, de participer à un « moment » de la société contemporaine, laquelle - et c'est ma chance - magnifie le sport extrême et le héros solitaire. Pour autant, il faut relativiser cet enthousiasme de la société. A moi de me concentrer sur ce qui forme l'essentiel et qui est très éloigné des lumières de la médiatisation. Cet essentiel, c'est rencontrer mon histoire, même si pour cela il faut emprunter des chemins de traverse.

Isabelle Autissier

Qu'est-ce qui, justement, est, pour vous, « essentiel » ? Dans votre roman, la solitude couplée à la nudité matérielle semblent constituer l'un des derniers remparts à la futilité de la société contemporaine, elles sont un refuge pour l'authenticité de soi, elles sont l'espace unique d'où on cultive le courage d'être soi avec soi, soi face à soi, elles sont une ode à la sobriété chère à l'agroécologue Pierre Rabhi. Louise et Ludovic redeviennent des êtres primitifs qui doivent leur survie à l'abondance animale et végétale. Ils sont simples animaux au milieu des animaux, ramenés à leurs instincts les plus triviaux : boire et se nourrir. « Les bienfaits de la civilisation développée les ont coupés de la compréhension millénaire de la nature, de ces connaissances ancestrales qui permettaient aux hommes de vivre de rien. La sophistication leur a fait gagner confort et longévité mais leur a fait oublier quelques fondamentaux de la vie », écrivez-vous à propos d'eux. L'Homme a-t-il définitivement oublié qu'il doit tout à ce qu'il est en train d'anéantir ? Le dépouillement matériel et le retour à l'essentiel doivent-ils être réhabilités pour que l'humanité restaure la hiérarchie de ses priorités ?

Ce roman montre comment l'obligation de vivre avec le « très peu » et sans aucun des artifices ni aucune des béquilles qui nous accompagnent au quotidien, permet de revenir à son individualité la plus authentique. Une immense majorité de notre temps est d'ordinaire consacrée à des tâches non fondamentales. Cette fiction rappelle qu'être ramené à exercer le fondamental de l'existence est un puissant révélateur. Elle a aussi pour vocation d'interroger les lecteurs sur leur rapport à la nature et sur la hiérarchie des fondamentaux. À s'éloigner sans cesse des réalités de cette nature à laquelle on doit pourtant tout, on se place dans l'incapacité de savoir composer avec elle. La parabole de ces deux héros, propulsés du 15e arrondissement parisien et d'une société qui pense tout maîtriser sur une île où ils doivent apprendre à vivre par eux-mêmes, est symptomatique de la vulnérabilité et de la petitesse humaines face à la nature. Nul doute que leurs grands-parents s'y seraient davantage adaptés. Ils en étaient moins éloignés.

L'Homme ignore ou oublie une vérité : il est une singularité absolue dans l'univers, car la planète Terre est elle-même une singularité physique extraordinaire. À force de banaliser son existence sur la planète, l'Homme en néglige les enjeux. Or rien n'est jamais définitivement conquis. La vie humaine n'a pas de caractère obligatoire. Et l'Homme se met en grand danger lorsque, comme c'est le cas dorénavant, il se perçoit comme quasi immortel, au-dessus de la sphère du vivant, et si puissant qu'il trouvera toujours la riposte aux maux qu'il génère.

L'allégorie du progrès est d'ailleurs omniprésente dans l'ouvrage. Ce que l'Homme a accumulé de conquêtes technologiques et communicationnelles, de prolifération des échanges et d'instantanéisation du temps, il l'a perdu dans l'évanouissement des savoirs, notamment manuels, les plus modestes mais aussi les plus précieux. Tout progrès fait avancer, mais aussi peut faire vaciller, peut s'appliquer inégalement et profiter injustement, et même peut détruire. Quelle est votre définition du « bon » progrès ?

Le « bon » progrès est celui qui respecte la liberté des individus de se l'approprier ou d'y renoncer. Le « bon » progrès ne s'impose pas, il ne doit être qu'une opportunité, une alternative que chaque individu a la liberté d'embrasser ou d'éconduire. Le « bon » progrès sanctuarise donc le libre-arbitre de chacun et son droit de « faire autrement ». En d'autres termes, il est une possibilité, il n'est pas une obligation.

Et puis, le « bon » progrès se distingue des autres progrès par sa préoccupation, fondamentale, de « sens ». En effet, tout progrès marque une différence par rapport au moment présent. Il n'est pas possible de disjoindre sa réalisation d'interrogations universelles : dans quel sens nous engage-t-il ? De quel sens se drape-t-il ? Est-il nécessaire et utile, et pour qui ? Quels profits les individus et la collectivité peuvent-ils en attendre ? Ces profits servent-ils équitablement l'ensemble des êtres - humains, végétaux, animaux - qui composent le vivant ? Ce qu'il mobilise matériellement et humainement est-il supportable ? Ses répercussions sont-elles acceptables, aujourd'hui et pour les générations ultérieures ? À quel type de société nous prépare-t-il ? Favorise-t-il un meilleur vivre-ensemble ? Les questions qu'induit le progrès sont nombreuses et parfois capitales. A toutes nous ne sommes pas capables d'apporter des réponses. Mais toutes doivent être posées.

Isabelle Autissier


« Soudain, seuls » interroge en effet, à bien des égards, l'état de la société contemporaine. Et en premier lieu la solitude, c'est-à-dire le simple droit de la vivre dans un environnement de l'hyper-connexion, de l'hyper-contrôle, de l'hyper-dépendance qui de moins en moins le tolère. Ce droit est-il en danger ?

Indiscutablement. La cohabitation de sept milliards d'individus n'est pas simple. Nous sommes face à une double réalité. D'un côté, l'explosion des échanges - commerciaux, économiques, financiers, technologiques, etc. -  entraîne des flux de toutes sortes - des gens, des idéologies, des actes, etc. De l'autre, l'hégémonie du système marchand et des organisations sociales qu'il génère individualise les gens dans leur peau consumériste et les uniformise. L'histoire de l'industrie contemporaine est celle de la concentration et de la standardisation pour à la fois contenter et contrôler le plus grand nombre de consommateurs. Cette mécanique de l'uniformisation engendre celle de la négation des aspérités et des singularités, mais aussi la contraction des champs de liberté, de décision et de responsabilité individuelle. Les technologies nous « situent » instantanément, géographiquement, dans nos comportements, dans nos aspirations de consommateurs Elles affectent en retour l'être humain, et en premier lieu l'appauvrissent. Big Brother est de moins en moins une lointaine chimère.

« Liberté, sécurité, responsabilité constituent les trois pointes d'un impossible triangle », écrivez-vous d'ailleurs. Qu'est-ce qui les rend conflictuels ? De ces trois items, lequel vous apparaît le plus défaillant ou le plus en péril dans la société contemporaine ?

En tête, je place la liberté. Ces flux marchands et standardisés ont peut-être permis de sustenter l'essentiel des besoins matériels. Mais aujourd'hui, la société est passée à un second stade d'exigence : la sécurité. Sécurité de tout et pour tout. Au point que la relation individuelle au risque évolue...

... Relation individuelle au risque, mais aussi considération collective pour le risque et regard de la société dans son ensemble sur un risque de plus en plus jugé irresponsable et dérangeant...

Si j'admets de ne pas subir les conséquences de ma prise de risque, quel en sera le prix ? Celui d'une édification massive de garde-fous, de barrières, de lois, d'interdictions de toutes sortes pour essayer de garantir que mes actes s'insèreront dans un cadre extrêmement sécurisant mais aussi, dans les mêmes proportions, contrôlé et corseté. Au nom d'une demande sociale, la société dicte les limites du risque acceptable, et donc contracte aussi dangereusement qu'imperceptiblement le champ des libertés et de responsabilités. Sur mon bateau, je considère qu'il m'appartient de porter le bon jugement sur telle ou telle situation et d'en assumer les conséquences. Au lieu de quoi, aujourd'hui, on va m'imposer des contraintes pour ma propre sécurité, des zones à éviter ou des assurances à contracter. C'est antinomique de ce qui me fait aller en mer.

Risque et principe de précaution sont deux concepts indivisibles. Navigatrice et présidente de WWF France, vous êtes confrontée de manière antagonique au principe de précaution. La première doit en mesurer la perversité, la seconde en goûter les vertus. Mais ce principe de précaution, qui ramifie partout dans la société et contamine les comportements dans l'ensemble des organisations, n'est-il pas davantage le persécuteur que le protecteur des verbes oser, innover, entreprendre ?

Le principe de précaution n'anémie pas la capacité à prendre des risques : il restreint la possibilité d'en faire prendre à ceux qui n'en connaissent pas les manifestations et les conséquences. C'est donc un progrès très important. Le principe de précaution permet de délimiter les prises de risque individuelles et collectives, de distinguer celles que l'on prend seulement pour soi et celles qu'on impose, malgré eux, aux autres. Lorsque je navigue en solitaire, j'ai le droit de prendre les risques que je veux ; si un équipage m'accompagne, ce champ des risques n'est plus le même.

Isabelle Autissier

Les opportunités d'aventure, de ces « vraies aventures qui vous révèlent à vous-même », se restreignent sur la planète au fur et à mesure que l'Homme l'occupe et la contrôle. Dictent-elles un mouvement de contraction de « l'aventure au fond de soi-même » ?

Les domaines de l'aventure ne se contractent pas, mais ils changent de dimension. Découvrir l'Amérique fut une aventure pour Christophe Colomb ; « caboter » avec un bateau de plaisance dans l'archipel des Antilles peut l'être, 500 ans plus tard, pour un jeune retraité. Toute aventure est à la mesure de ce que l'on est, c'est-à-dire de ses convictions humaines, de son éducation, de ses centres d'intérêts, de son expérience professionnelle ou de sa vie affective. Elle est le « pas de plus », elle est le territoire de l'inconnu, elle est la zone d'inconfort voire de danger que l'on est prêt à explorer. Mon aventure n'est pas celle de mon voisin. La mienne pourra me conduire au Cap Horn ou sur des sommets andins, celle de mon voisin dans une communauté d'intouchables en Inde ; chaque aventure est respectable et participe à se rendre un peu plus loin au fond de soi, là où se nichent nos trésors.

Devant l'ONU le 25 septembre 2015, le pape François, déjà auteur de l'encyclique Laudato si consacrée au thème, l'a réaffirmé : « La crise écologique peut mettre en péril la survie même de l'humanité ». Vous êtes agnostique, mais souscrivez-vous toutefois à la conviction que la cause environnementale n'a pas de salut sans préoccupation et sans appropriation spirituelles ?

L'enjeu est en premier lieu extrêmement matériel et factuel : le réchauffement climatique, c'est un dérèglement physico-chimique qui met en péril l'existence même des êtres vivants, ce n'est pas psychologie et religion. La solution n'est pas transcendance et spiritualité, elle est, de manière basique, dans les actes concrets mis en œuvre pour le juguler. Pour autant, une approche philosophique - et pourquoi pas religieuse - du sujet n'est pas inutile pour favoriser le processus déclencheur desdits actes. Car elle peut interroger la responsabilité dont l'Homme se sent investi en tant qu'être pensant par rapport au reste de la création, et, particulièrement chez les croyants, les obligations morales et éthiques qu'il éprouve à l'égard des autres êtres vivants. Considérer, par exemple, la souffrance animale, c'est bien mettre en perspective philosophiquement le rapport d'un être vivant à un autre être vivant, c'est effectuer une construction intellectuelle et morale sur une réalité de la planète.

Ce même pape estime que la crise écologique « fait commun » avec toutes les autres crises impliquant l'humanité, en premier lieu celles de la pauvreté et de l'exclusion. Ce raisonnement jésuite, qui exhorte à replacer l'Homme à sa place et l'égalité entre tous au sommet des priorités, constitue-t-il une réponse appropriée ?

La crise écologique suscite et diligente effectivement un certain nombre d'autres crises. La filiation entre crise écologique d'une part, crises sociales, économiques, financières et humaines d'autre part, a débuté depuis bien longtemps. Elle s'accélère. Cette filiation connait des manifestations multiples, des concrétisations sans fin et insolubles. Ici, des pêcheurs que la raréfaction des poissons oblige à quitter la mer pour s'installer dans les grandes villes, y entretenir chômage et pauvreté, frustration et dépit, in fine colère et déstabilisation politique ; là, des familles de paysans chassées de leur terre ancestrale par des chantiers de déforestation ou d'urbanisation et sommées d'envoyer les hommes dans des pays plus riches pour espérer rapporter d'indigentes activités de quoi nourrir femme et enfants emmurés dans leur village, désormais inactifs et affaiblis par l'exil de l'époux et du père...

Le tournant du livre intervient lorsque Louise quitte, ou plutôt abandonne, ou plutôt fuit Ludovic, devenu un obstacle à sa survivance. La fuite pour se sauver est-elle légitime ? Sur mer et sur papier, avez-vous fuit ? Et finalement, ce que l'Homme produit d'irresponsable et de délétère sur sa propre planète ne signifie-t-il pas qu'il fuit sa propre finitude ? À vouloir « se garder soi-même avant de protéger les autres, ce qui est le sens de la vie », c'est au suicide que l'on se prépare...

L'éloge de la fuite, avait écrit le chirurgien et neurobiologiste Henri Laborit... Oui, la fuite peut être légitime, lorsqu'elle correspond à un réflexe vis-à-vis d'un danger ou d'une intention agressive qu'on ne maîtrise pas, lorsqu'on est placé dans une situation sans autre issue que de la quitter. M'est-il déjà arrivé de fuir ? Je n'ai pas de souvenirs liés à un processus vital. Peut-être ai-je eu la chance de ne pas me trouver confrontée à ces situations. En revanche, régulièrement j'ai pris la décision de renoncer. Renoncer et fuir ne reflètent pas exactement un même comportement, mais tout de même ne sont pas totalement étanches l'un de l'autre.

Isabelle Autissier

« La peur a détruit ce qu'elle [Louise, NDLR] a de plus essentiel : son humanité ». N'est-ce pas au contraire parce que nous n'avons plus suffisamment peur des répercussions de nos agissements que nous ne saisissons pas le mal et la déshumanité que nous infligeons à la planète vivante - humaine, animale, végétale ? La peur est davantage salvatrice que sclérosante, y compris lorsqu'on navigue, car elle conscientise et donc responsabilise...

Ce n'est pas de peur dont nous manquons, mais d'imagination. Imagination pour saisir la portée réelle, concrète et irrévocable des méfaits que nous imposons à notre planète - et cela malgré les innombrables avertissements que nous adressent les rapports unanimes de la communauté scientifique ou la multiplication des drames perpétrés par les dysfonctionnements climatiques. Les répercussions de ces dérèglements sur notre quotidien et notre existence sont si considérables, sont tellement inenvisageables, qu'ils s'apparentent à une fiction. Une majorité d'individus préfère esquiver cette confrontation à la réalité. « C'est tellement énorme », pense-t-on, qu'on choisit de contester les faits ou de fermer les yeux. Nous manquons aussi d'imagination pour envisager la société différemment, pour dessiner un avenir autrement sur la planète, pour sortir des schémas auxquels les mécanismes de la marchandisation et de la consommation nous ligotent.

« Tant fut efficace l'œuvre de mort qu'elle eut raison de la vie ». Ainsi résumez-vous les actes de barbarie proférés par l'Homme sur l'île qui abrite le drame de votre roman. Des actes qui avaient pour objet d'anéantir de manière industrielle otaries, éléphants de mer et baleines destinés à la consommation occidentale. Cette phrase illustre, une fois accordée au présent, ce que l'Homme spéculateur, cupide, égoïste, prédateur est en train d'exécuter. Il s'expose à mourir de son omniscience et de sa fatuité, des sentiments de surpuissance et de domination sur la nature qu'il pense posséder et pouvoir exercer avec de moins en moins de retenue. Depuis le XIXe siècle, il est devenu dompteur de ce à quoi jusqu'alors il était sagement assujetti. Jusqu'à en devenir le massacreur. L'Homme est victime et rend l'humanité martyre de cette même « confiance en lui », ici mortifère et pourtant si déterminante dans le processus de construction personnelle et d'esprit d'entreprendre...

La confiance a, de tous temps, été une alliée de la civilisation. Elle a doté l'Homme de la capacité à s'adapter, à se réorienter, à se dresser face à des situations périlleuses. Elle lui a permis d'écrire des pages merveilleuses de l'histoire de l'humanité. Mais le « moment » que nous traversons est effectivement celui d'un dépassement, plutôt même d'un outrepassement de confiance. De confiance mais aussi de cécité, de surdité et de lâcheté : l'espèce humaine a délibérément éradiqué de la planète d'autres espèces vivantes. Voilà la réalité ; elle fait mal, mais elle est indiscutable. Et elle se poursuit inexorablement.

La cohorte des « perdants humains » de la société contemporaine ne cesse de grossir, celle des « autres perdants vivants » - animaux, végétaux, de l'eau, de l'air, des paysages - est désormais si considérable que toutes deux menacent la pérennité même de l'existence. Il est l'heure de comprendre que le camp des gagnants peut devenir celui des perdants, et donc de cesser de recourir à cette sempiternelle « confiance » comme la solution universelle. À mesure qu'elle se développe, la société humaine serait-elle de moins en moins vulnérable ? Ce paradigme dominant doit être combattu, car c'est exactement l'inverse qui se produit sous nos yeux aveugles. Nous restons fragiles.

Être en mer et en écriture exige de se soumettre docilement au rythme du temps qui s'impose à soi. Placez-vous le dogme de l'accélération effrénée, chaotique, inhumaine du temps en tête des dérives de la civilisation ? Piloter un organisme comme WWF et combattre le fléau environnemental ne vous place-t-il pas, a contrario, dans une « course contre la montre » ?

Défendre la cause climatique et environnementale est effectivement une course de vitesse. Chaque nouvelle étude scientifique, chaque événement soudain et inédit démontrent qu'inverser la courbe des dégradations planétaires n'est plus une question de siècle ni même de décennies. Désormais, chaque année, chaque jour comptent pour accomplir très vite un changement de cap que l'on sait d'une grande lenteur, d'une inertie mortifère. Nous devons faire pivoter un cargo à la vitesse d'un optimist... voilà la réalité.

L'accélération incontrôlée du temps - économique, financier, technologique, etc. - constitue l'une des premières causes de la double crise écologique et humaine. Le temps de la nature n'est plus celui de l'homme. Le temps a priori lointain des conséquences de nos actes déresponsabilise à court et moyen termes. Que pèsent 40 000 ans de vie d'un déchet nucléaire dans nos consciences ? Le temps de tout homme est en premier lieu celui de sa propre existence. Accepter d'autres temporalités est déjà un effort. Mais en plus, le dogme productiviste - produire, vendre, consommer de plus en plus et toujours plus vite - modifie l'espace-temps. Il détourne nos énergies de « l'essentiel ». Le temps de penser et de faire se rétrécit alors que penser une vision et faire une société harmonieuse exigerait au contraire de l'allonger.

Isabelle Autissier

Au retour de ses pérégrinations qui l'ont faite héroïne aux yeux du monde, Louise devient otage d'une société asservie à la médiatisation dans ce qu'elle a de plus intrusif, artificiel, spectaculaire, immédiat, narcissique, exhibitionniste et mercantile. Louise ne s'appartient plus, la société s'ingère, s'impose à elle, finalement la viole. Cet environnement fait-il que nous sommes de moins en moins propriétaires de nous-mêmes ?

C'est une réalité : la globalisation de notre civilisation et les médias et autres réseaux sociaux font que nous nous appartenons effectivement de moins en moins. Que l'on soit célèbre ou anonyme, que l'on rayonne sur la planète entière ou dans un microcosme. Cette réalité, j'y ai toujours été attentive. Je me suis efforcée de rester propriétaire de moi-même, et j'ai notamment essayé de contrôler mes engagements et mes expositions médiatiques. Établir une distance, un sas de protection, est essentiel pour continuer de s'appartenir.

Réconcilier écologie et technologie n'est pas incompatible avec une appétence technophile - comme vous l'avez d'ailleurs démontré lors de la construction de vos bateaux. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », considérait Rabelais. Ce qui fait obstacle à cette réconciliation tient à plusieurs facteurs. En premier lieu le système capitaliste qui dogmatise la marchandisation, y compris donc de la nature. Ce capitalisme, le croyez-vous intrinsèquement inconciliable avec l'urgence de sauver la planète ou susceptible d'être corrigé ?

Je suis dans le système capitaliste, je n'ai pas d'autre choix puisque pour l'heure aucune alternative n'a émergé. Présider WWF France, c'est accepter d'agir au sein dudit système, c'est composer avec des règles du jeu, parce qu'il y a urgence à agir. Toutes les initiatives - économie circulaire, économie sociale et solidaire, agriculture et production raisonnées et bio, etc. - ne se substituent pas au modèle capitaliste : elles aussi évoluent à l'intérieur, elles tentent avec plus ou moins de réussite de l'assouplir et l'humaniser. C'est comme sur un bateau ; le vent peut être défavorable et la charge des nuages inamicale, je ne peux pas m'y soustraire : je dois « faire avec ». Je suis, par nature, pragmatique. Et je considère que les opportunités de faire progresser la cause environnementale à l'intérieur du système sont déjà conséquentes pour peser sur notre devenir. Et puis, n'est-ce pas en œuvrant, en innovant, en bousculant au sein du système via l'enjeu du climat et de la biodiversité qu'on peut espérer réorienter l'ensemble peu à peu dans un sens plus heureux ?

À 20 ans, j'étais révolutionnaire ; aujourd'hui, la sagesse m'enseigne qu'on « apprend à marcher en marchant » et qu'on est autant utile à combattre avec les armes disponibles qu'à consacrer une existence à rêver d'armes qui ne verront pas le jour. On peut être dans le concret sans se départir d'un idéal, mais épouser un idéal ne doit pas nous écarter du devoir d'être dans le concret et d'agir.

« Le marin qui n'écoute pas son environnement signe son arrêt de mort », rappelez-vous. Mais finalement, comment peut-on espérer que le commun des hommes écoute, regarde, considère, respecte la nature quand il peine tant à écouter, regarder, considérer, respecter sa propre communauté ?

On n'a plus le temps. Plus personne n'a le temps. Tout le monde semble vouloir miser sur la jeune génération, censée être bien davantage sensibilisée. Mais outre qu'ils devront imposer leurs idéaux au système et avoir la capacité à le faire changer, ces enfants aujourd'hui âgés de six ou dix ans ne seront aux manettes que bien trop tard. Beaucoup sera joué lorsqu'ils seront quadragénaires.

La clé réside dans la représentation que l'Homme se fait de lui-même et de son espèce. Il ne doit pas se morfondre en n'envisageant la question que sous l'angle du renoncement. Il doit cultiver les opportunités même si elles s'imposent à lui, et celles notamment de revisiter le sens de son existence, son rôle dans la collectivité, sa cohabitation avec la nature. L'Homme aspire à être davantage un facteur de bien-être, de progrès, de bonheur et de paix qu'un séide de la barbarie - même si l'histoire nous rappelle son ambivalence. Ce moment que nous traversons lui en offre la possibilité. Ne cédons pas aux seuls discours dits catastrophistes - même s'ils sont nécessaires pour placer chacun face à ses responsabilités - car l'accablement fige, sclérose, décourage. Regardons « aussi » les espérances et les possibilités nouvelles qui nous feront « grandir ». Nous devons mettre en scène ces deux stratégies simultanément : le réalisme et le rêve. Peut-être alors l'Homme progressera-t-il dans sa conscience et son respect de ce qu'aujourd'hui il défigure... N'oublions pas la grande nouvelle inhérente à la crise environnementale : celle-ci est due à l'Homme, et donc sa résolution est entre les mains de l'Homme.

Le « scandale » Volkswagen en est emblématique : l'Entreprise, cible des militants qui composent les rangs d'ONG comme WWF, concentre les maux et les solutions de la problématique environnementale. Sur cette « Entreprise », coupable de tromperies inouïes mais aussi productrice d'expérimentations audacieuses et vertueuses, quel regard portez-vous ?

L'Entreprise n'est jamais qu'une création des Hommes, elle est donc à leur image : capable du meilleur et du pire. Je constate toutefois une dissociation entre la gestion du capital et la gestion du travail, et la suprématie de la première sur la seconde, par la faute de laquelle l'exigence productiviste et financière malmène le corps social et bien sûr la planète vivante, le climat et la biodiversité. Dans ces conditions, être Entreprise réellement citoyenne et responsable, relève de l'exploit.

Je ne « crois » pas à l'Entreprise, c'est-à-dire que je n'ai pas à « croire » ou non en elle. Elle n'est pas un dogme ou une religion, et je ne porte pas de jugement sur elle. Elle est simplement là, présente, omniprésente, riche de ses vertus et lestée de ses travers. Et à la tête de WWF, je dois agir avec cette présence ambivalente.

Isabelle Autissier

« L'écologie peut être joyeuse et inventive », estimez-vous. Mais aux commandes de WWF et au seuil de COP21 (30 novembre - 11 décembre à Paris), vous le savez pertinemment : faire progresser concrètement la cause environnementale exige un support, un porte-voix politiques qui vont assurer sa légitimité. Or l'écologie politique - lézardée par une représentation partisane pathétique - n'est-elle pas devenue davantage un adversaire qu'un soutien de la cause écologique ?

Un support politique est indispensable pour que les États puissent s'approprier l'enjeu, prendre les mesures adéquates puis les répandre dans les strates de leur organisation et de la nation. La question environnementale a vocation à infuser dans le champ politique. Y parvient-on en France ? Les organisations politiques dites écologiques ne sont jamais parvenues à émerger, au contraire de leurs consœurs allemandes. Cet échec, qui en premier lieu est le leur, est un obstacle à la popularisation et surtout à l'entrée de la cause environnementale dans le champ politique.

Le rayonnement d'une formation politique solide, organisée, performante, aurait accéléré les décisions. Pour autant, il faut raison garder, et ne jamais tout attendre des politiques. Tout comme le 12 décembre, au lendemain de la clôture d'une COP21 réunion intergouvernementale, il appartiendra à chaque citoyen, à chaque entreprise, à chaque collectif humain d'être ou de ne pas être du combat pour sauvegarder la planète. Ne déplaçons pas vers les organisations politiques, aussi essentielles soient-elles, nos propres responsabilités.

La transition énergétique est au cœur du processus de transformation de la « planète ». Or dans ce domaine, la France qui accueille COP21 est loin d'être exemplaire et les obstacles à son accomplissement sont innombrables... Au-delà de cet événement ponctuel, sur quoi fondez-vous vos espérances d'aggiornamento et maintenez-vous votre confiance en l'humanité ?

« L'optimisme et le pessimisme sont les deux faces d'une même chose qui s'appelle la démission ». J'aime cette phrase. Que signifie-t-elle ? « Qu'il faut y aller », sans se poser trop de questions et en prenant chez tout individu ce qu'il a de bon et de moins bon. Réconcilier l'Homme avec sa planète, assurer à l'Homme une trajectoire existentielle plutôt heureuse que calamiteuse, est à cette condition. Quand on se retourne sur l'histoire, les pires atrocités et les plus extraordinaires accomplissements se sont succédé. Ce qui impose de considérer avec prudence et humilité l'ampleur de la confiance que l'on peut accorder à l'Homme. Je me contente d'emprunter un chemin que je pense être le bon pour l'avenir de la planète et de l'humanité, et sur ce chemin j'avance, je progresse de toutes mes forces sans trop me préoccuper de ce que font « les autres ».

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