Gérard Collomb : « Nous devrons opérer de douloureux arbitrages »

 |   |  1215  mots
Gérard Collomb, réélu à la présidence du Grand Lyon prendra la tête de la Métropole Lyonnaise, le 1 janvier 2015. © Laurent Cérino/Acteurs de l'économie
Gérard Collomb, réélu à la présidence du Grand Lyon prendra la tête de la Métropole Lyonnaise, le 1 janvier 2015. © Laurent Cérino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
200 jours séparent la Ville de Lyon et le Grand Lyon, à la tête desquels il a été reconduit, de la naissance de la Métropole lyonnaise. Gérard Collomb doit mener à bien ce considérable chantier dans un contexte national de raréfaction des subsides – lié au Pacte de responsabilité – et de transformation radicale du paysage institutionnel. Considérable et donc complexe.

Acteurs de l'économie : Dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité, les collectivités vont être mises à contribution à hauteur de 11 milliards d'euros sur la période 2014/2017. Qu'anticipez-vous comme dotations en moins pour Lyon et le Grand Lyon ? Comment allez-vous résoudre l'équation ?

Gérard Collomb : Ces 11 milliards ne sont encore que des chiffres abstraits. Nous ne savons pas comment cette baisse sera répartie, mais pouvons être certains qu'elle sera drastique. A notre niveau, la situation n'est pas la même entre la Ville, collectivité dont les dépenses de fonctionnement sont élevées, et la Communauté urbaine, un établissement d'investissement. Dès 2015 nous réaliserons 5 à 10 millions d'euros d'économies de fonctionnement à la Ville de Lyon. Pour le Grand Lyon, au nom duquel nous avons investi annuellement 450 millions d'euros au cours du mandat précédent, l'enveloppe devra être diminuée de l'ordre de 90 millions d'euros. Des arbitrages - douloureux - seront nécessaires.

Est-ce à dire que la construction du tronçon Ouest du périphérique, rebaptisé Anneau des Sciences, pourrait être encore reporté ?

Il pourrait être réalisé par tranches.

Et la gare de la Part-Dieu ?

La première phase, qui consiste à agrandir la gare sur la place de Francfort à l'est et la place Béraudier à l'ouest, est indispensable au bon fonctionnement du nœud ferroviaire lyonnais. La deuxième phase, constituée par la construction d'une gare souterraine, se situe à l'horizon 2025. Nous avons donc du temps...

Collomb Itw1

… Ce qui n'est pas le cas pour la Métropole lyonnaise qui verra le jour le 1er janvier 2015. Quels sont votre plan et votre calendrier d'action pour les 200 jours qui restent d'ici la naissance ?

La réunion d'installation de la commission locale d'évaluation des charges et ressources transférées se tiendra ce vendredi 16 mai sous la présidence de Catherine de Kersauson, la présidente de la Chambre régionale des comptes Auvergne Rhône-Alpes. L'exercice consiste à opérer la scission entre le Conseil général et la Métropole pour les volets « dépenses et recettes » et territorialisation du personnel. Nous poursuivons le travail technique et en même temps menons une réflexion globale d'ordre politique.

La problématique managériale s'annonce complexe à mettre en œuvre. L'intégration et la gestion des personnels du Département tout comme la projection du corps social vers une nouvelle entité institutionnelle seront périlleux…

Les directeurs du Grand Lyon se sont déjà réunis à de nombreuses reprises avec leurs homologues du Conseil général. A ce jour, nous savons que près de 4 000 agents du Département vont être transférés dans la Métropole dont les effectifs culmineront alors à 9 000 personnes. Cet enjeu important, nous le traitons en deux temps : d'abord le transfert proprement dit du personnel, puis le rapprochement des centres sociaux communaux avec les Maisons du Département. C'est là que nous dégagerons des économies d'échelle.

Combien de postes seront amenés à disparaître ?

A ce stade, il est difficile d'évaluer avec précision le nombre de postes concernés. Ils seront appelés à disparaître au fur et à mesure des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés.

Les cultures de ces deux institutions sont très différentes. Comment procéderez-vous à leur amalgamation ?

Le Conseil général du Rhône, du fait de ses compétences sociales, est davantage dans la proximité. Or, la Communauté urbaine est aujourd'hui organisée de façon pyramidale. Nous allons devoir évoluer vers une organisation plus horizontale. Nous envisageons de réunir un certain nombre de compétences transversales en créant un pôle développement économie/insertion/emploi, un autre pole consacré au développement solidaire et l'habitat,et nous réunirons par ailleurs, dans une délégation spécifique, l'ensemble des services qui contribuent à la qualité de la vie des concitoyens.

Gérard Collomb Itw 3

Allez-vous redistribuer des compétences de proximité vers les communes, comme le réclament certains maires - notamment ceux, centristes et divers droite, dont les voix ont été déterminantes à votre réélection à la présidence du Grand Lyon ?

Nous allons proposer des conventions avec les communes, pour les plus grandes, ou les territoires de projet quand il s'agit de plus petites municipalités comme dans le Val-de-Saône. L'important est d'adapter notre offre de service à la réalité des territoires, tout en préservant l'équité de traitement des concitoyens : propreté, aménagements, voirie eau urbanisme….

Ne regrettez-vous pas que la compétence économique échappe au Grand Lyon et demeure dans le giron du Conseil régional ?

Le Grand Lyon agit comme un opérateur de proximité dans l'innovation, car ses collaborateurs connaissent bien le tissu économique. De son côté, le Conseil régional exerce plutôt un rôle de répartiteur à l'échelle de Rhône-Alpes.

Revendiquez-vous pour la Métropole une clause de compétence générale ?

C'est une nécessité, comme pour le Conseil régional. Quant aux autres collectivités, tant que les budgets étaient en croissance tout le monde réclamait davantage de compétences ; avec la décrue des dotations, ce type de demandes va se réguler de lui-même...

François Hollande et Manuel Valls veulent accélérer le calendrier de transformation du paysage institutionnel : est-il crédible d'espérer faire disparaître les Conseils généraux et diviser par deux le nombre de Régions avant la tenue du scrutin régional déplacé à 2016 voire à l'automne 2015 ?

J'ai toujours été partisan d'une réforme profonde des structures. On ne peut pas recourir indéfiniment à la politique du « coup de rabot » en taillant dans les dépenses des collectivités locales. Pour autant faut-il supprimer tous les Départements ? Là où s'impose un phénomène urbain fort, c'est possible. En revanche, dans les territoires ruraux, la question est légitime. Seule certitude : il faut agir rapidement. Et dans le Rhône, je vois de grands ensembles intercommunaux se structurer et constituer des agglomérations de type rural qui pourraient récupérer un certain nombre de compétences, notamment sociales.

Symbole à la fois des insuffisances et des potentiels de progrès de l'agglomération en matière d'attractivité économique, l'aéroport Saint-Exupéry ne figure pas dans le périmètre de la métropole. Ce que ne manquait pas de rappeler votre compétiteur aux élections municipales, l'UMP Michel Havard. Néanmoins êtes-vous toujours prêt à prendre une part active dans la recomposition du capital, le jour où l'Etat vendra tout ou partie de sa participation majoritaire ?

C'est un outil de rayonnement pour l'agglomération quelle que soit son appartenance institutionnelle. Le Grand Lyon est d'ores et déjà très actif dans la gouvernance de l'aéroport et lors de la création de la Métropole, notre part dans le capital va passer de 5 à 8 % alors que le Conseil général en conservera 2 %. Nous n'avons pas d'information sur ce que va décider l'Etat. Mais nous savons qu'il a besoin d'argent. A combien seraient alors évaluées les actions ? Et aurions-nous les moyens de les acheter dans le contexte actuel ? La question reste ouverte.

 Retrouvez lundi 19 mai la suite de cette interview sur le site d'Acteurs de l'économie

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/05/2014 à 15:12 :
Il porte bien son nom
a écrit le 16/05/2014 à 15:11 :
Avec l'UMPSCENTREVERT la douleur n'est jamais loin pas pour eux tout va bien pour eux ils se retrouvent en week end a la mamounia ou a l'ile Maurice comme madame Sapin dans un hotel a 2000 euros la nuit
a écrit le 16/05/2014 à 14:18 :
comme lui n'est pas au gouvernement ? Je ne suis pas pour le PS mais LUI semble savoir gérer un budget. Il semble savoir gérer un budget.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :