Auvergne-Rhône-Alpes : les assureurs s'adaptent aux conséquences du Covid-19

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Jean-Paul Babey, par ailleurs président d'Alptis Assurances, est le président du Cluster Assurance. Il regroupe 28 membres pour 15 000 salariés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Jean-Paul Babey, par ailleurs président d'Alptis Assurances, est le président du Cluster Assurance. Il regroupe 28 membres pour 15 000 salariés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. (Crédits : DR)
Face à la crise sanitaire du Covid-19, Jean-Paul Babey, le président du Cluster Assurance Auvergne-Rhône-Alpes, revient sur les dessous d’une crise sanitaire "d’un genre nouveau". Elle devrait impliquer une nouvelle manière d’aborder les risques, voire même le développement, à terme, de nouveaux produits d’assurance.

La Tribune - La France vit aujourd'hui une crise sanitaire avec l'apparition du Covid-19. Quel est l'impact de cette épidémie sur le secteur des assurances, dont plusieurs segments (assurance voyage, assurance santé et prévoyance, mais également assurance vie, etc) se retrouvent en première ligne ?

Jean-Paul Babey : L'assurance est un domaine qui remplit une fonction d'amortisseur en temps de crise, et qui a cependant la chance, contrairement à d'autres secteurs, de bénéficier de primes récurrentes, qui ne s'arrêtent pas du jour au lendemain.

Nous serons cependant plutôt touchés en second lieu, en fonction de l'importance et de la profondeur du phénomène, dont nous ne mesurons pas encore aujourd'hui complètement l'intensité.

Mais une chose est sûre : nous ne serons pas dans la même situation que certaines cibles industrielles, qui sont plus directement impactées par des arrêts de production, etc.

Quelles ont été les premières demandes à vous parvenir de la part des assurés ?

Les premières demandes consistaient surtout à savoir si, en cas de maladie, une indemnisation serait possible. Or la sécurité sociale et les organismes complémentaires ont rapidement apporté des réponses sur ce point, à savoir qu'il n'y ait pas de raison pour que cette maladie ne soit pas traitée comme une autre, et que les arrêts de travail seront donc pris en charge.

Ensuite, nous savons que toute l'industrie du voyage du tourisme va être impactée par cette épidémie. Il faudra alors pouvoir faire le tri, au niveau des assurances voyage, afin de savoir si ces annulations relèvent véritablement de conditions prévues au sein des contrats, et de celles qui ne le seraient pas.

Justement, les assurances sont-elles conçues et prévues pour assurer des risques telles que la survenue de pandémies ?

La question est délicate car il faut se souvenir que l'assurance est avant tout un mécanisme qui cherche à combler la survenue d'un aléa individuel, à travers une mutualisation par le plus grand nombre. Dès lors, on peut se poser la question de savoir si, lorsque tout le monde est touché, ces conditions peuvent s'appliquer...

Bien entendu, la prise en charge des questions de santé va s'effectuer, mais dès lors que quelqu'un souhaite annuler son voyage pour rester chez soi car celui-ci a désormais peur de voyager, on n'est plus du tout dans le même contexte.

Cette situation va-t-elle aboutir à la création de nouvelles offres prenant en compte ces nouveaux types de risques ?

Nous assistons en effet à des évolutions de la société, à l'image des cyber-risques qui n'existaient pas il y a 20 ans. On observe sans aucun doute une évolution de la matière assurable. Les technologies, qui sont  par exemple utilisées à travers la digitalisation, comportent elles-mêmes des avantages, mais aussi des cyber-risques, face auxquels les assurés souhaitent se couvrir ou non. Et il est certain que ce qui se passe aujourd'hui suscitera certainement de nouveaux produits d'assurance.

Le contexte sanitaire fait apparaître de nouveaux enjeux pour certains acteurs, tels que les organisateurs de manifestations sportives ou culturelles, qui se voient contraints d'annuler leurs événements en vue de coller, voire d'anticiper, les directives en matière de rassemblement. Ces publics sont-ils pour couverts sur ce type de risques ?

Souvent, les organisateurs privilégient plutôt le report d'événements plutôt que leur annulation, en vue de préserver leurs recettes. Il peut également exister des cas de "force majeure" prévus au sein des contrats, tels que les tremblements de terre, etc. Pour autant, nous sommes face en l'occurrence à une pandémie. Cela constitue un élément assez nouveau. Les mécanismes juridiques mettent toujours du temps à s'adapter en fonction des événements.

Les représentants de l'industrie du spectacle et de l'événementiel sont également dans le même cas : existe-t-il déjà des garanties en matière de prévoyance ou de garanties de salaires pouvant être appliquées à leur situation ?

Il existe deux situations dans ce cas de figure : soit ces personnes sont empêchées de travailler car elles ont contracté la maladie, et ce facteur sera bien évidemment pris en compte. Soit elles sont bien portantes mais se voient privées d'une opportunité d'emploi, car un spectacle est annulé. Dans ce cas, cela pourrait être plutôt du ressort d'une assurance perte d'emploi ou chômage qu'elles auraient contracté au préalable.

La décision, prise par plusieurs états d'interdire l'entrée des ressortissants français et européens sur leur territoire, pourrait-elle être comprise dans le cadre des contrats d'assurance voyage ?

La question est difficile et il va falloir regarder ses dossiers au cas par cas, car on se retrouve aujourd'hui face à un phénomène qui n'existait jusqu'alors, qu'en temps de guerre... La situation est assez inédite et il va falloir regarder plus en détail les choses. Cela pose entre les cas une problématique nouvelle.

Et en même temps, on s'aperçoit plus largement que la digitalisation, qui provoquait un changement de modèle, pourrait aussi être l'un de nos atouts dans cette crise puisqu'elle devrait permettre par exemple la montée en charge de nouveaux modes de travail à distance.

Peut-on imaginer que certaines clauses prévues au sein des contrats des assureurs puissent être assouplies face aux restrictions régulières décidées par le gouvernement, à l'image de ce qui a déjà été décidé par certaines compagnies aériennes et ferroviaires, qui ont pris le parti d'assouplir leurs conditions d'annulation ?

Nous ne connaissons pas encore les conséquences précises qui en découleront, mais il est certain que la déclaration d'hier soir a changé la donne. C'est la première fois que nous sommes confrontés à un problème de ce type. Il y aura certainement, à un moment donné, une concertation entre l'État et les assureurs, puisque nous faisons partie des acteurs du domaine financier. Il faut d'ailleurs rappeler que dans le contexte des importantes inondations que le pays a connu récemment, les assureurs avaient décidé d'assurer une prise en charge allant bien au-delà de leurs engagements contractuels.

Les assureurs s'attendent-ils à une augmentation massive des demandes d'indemnisation en raison du Covid-19 ?

Malgré le fait qu'il fallait se prévenir d'une pandémie susceptible d'engendrer beaucoup de décès, il faut rappeler que même si l'on regarde le pire scénario, nous sommes loin d'une situation où nous pourrions nous retrouver, en tant qu'assureur, en défaut de paiement. On parle pour l'instant de quelques dizaines de cas, sur un ensemble de 65 millions de personnes couvertes (en ce qui concerne l'assurance-vie, NDLR).

Par rapport au nombre de personnes victimes de cancers, ou de maladies cardio-vasculaires, il ne s'agit pas de minimiser le risque mais de rappeler que le montant des indemnisations à réaliser ne serait pas du même ordre. La crainte qui s'installe est plutôt que ce virus touche une population très large et que le système sanitaire ait des difficultés à faire face.

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