La grotte Chauvet espère entrer au patrimoine de l'Humanité

 |   |  851  mots
Fresque de lionnes en chasse dans la grotte Chauvet © DRAC Rhône Alpes
Fresque de lionnes en chasse dans la grotte Chauvet © DRAC Rhône Alpes (Crédits : Drac Rhône-Alpes)
Le verdict pourrait tomber ce samedi. La grotte Chauvet en Ardèche a toutes les chances de devenir le 2e site de Rhône-Alpes labellisé patrimoine mondial. Le comité de l'Unesco est réuni à partir de ce vendredi à Doha au Qatar.

Découverte en 1994, la grotte Chauvet est la plus ancienne cavité ornée connue dans le monde à ce jour. Les fresques ont été réalisées 36 000 ans avant notre ère. Elles sont deux fois plus anciennes que celles de Lascaux et d'une finesse exceptionnelle. Cette cathédrale de l'art pariétal compte un millier de dessins et gravures, quelques 425 figures animales de 14 espèces différentes : chevaux, bisons, ours, lions et même une rarissime représentation féminine. Une véritable galerie d'art préhistorique, précieusement conservée et dont l'accès au public est rigoureusement interdit. Un espace de restitution sera ouvert en avril 2015, à moins de 10 km de l'original.

Un dossier solide

L'Unesco va examiner durant son congrès 29 dossiers parmi lesquels on trouve aussi la chaîne des Puys, en Auvergne, mais le dossier ardéchois semble bien plus solide. Le Conseil international pour les sites et monuments (Icomos) a estimé en mars dernier, que le site répondait à "toutes les exigences requises". La zone concerne la grotte originale et le périmètre limitrophe du Pont d'Arc au cœur des gorges de l'Ardèche. La candidature de la grotte Chauvet, soutenue par l'État, la Région Rhône-Alpes, et le Conseil général, a été lancée il y a déjà de nombreuses années, mais un premier dossier n'avait pas été retenu par l'Unesco en 2009. "Par superstition, je ne vais pas dire que c'est gagné, mais je suis confiant, parce que le rapport de l'Icomos nous est très favorable", indique Hervé Saulignac président du Conseil général de l'Ardèche.

Vers une notoriété mondiale

Le label peut représenter une visibilité inouïe pour un département de 320 000 habitants qui accueille déjà 2,2 millions de visiteurs chaque année. "Chez certains acteurs économiques, il y a l'idée d'un jackpot et d'une pluie de dollars, mais ce qui compte, c'est d'abord la notoriété, tempère Hervé Saulignac. "Cela va changer le regard qui est porté sur l'ensemble de l'Ardèche. C'est ce sur quoi nous allons essayer de capitaliser".

L'obtention du label patrimoine mondial de l'Humanité implique la protection, la conservation des sites classés, mais comporte aussi un important volet de développement territorial et économique. Le premier étage de la fusée est constitué de l'espace de restitution de la grotte sur le plateau de Saint-Remèze.

État, Région, Département et Europe ont investi 54 millions d'euros dans le projet rebaptisé caverne du Pont d'Arc (en raison des querelles juridiques avec les trois inventeurs de la grotte). Le fac-similé en cours de construction sera unique au monde. Il fait appel à des techniques de pointe. La grotte originale a été numérisée pour être reconstituée à l'identique sur 3 500 m2 dans les moindres détails.

Grotte Chauvet 3

La grande fresque de la salle du fond ©Jean Clottes

La température, l'humidité, et même certaines odeurs seront reproduites. 300 à 350 000 visiteurs sont attendus la première année. Les porteurs du projet, ont fait le choix d'un pari technologique et d'une montée en gamme culturelle. Dans cette logique, toute une nouvelle série d'actions sur le patrimoine a été lancée, comme l'ouverture du musée gallo-romain d'Alba et la rénovation du musée de la préhistoire d'Orgnac.

50 millions d'euros pour le développement local

L'ensemble du volet développement territorial devrait constituer un nouvel investissement public d'une cinquantaine de millions d'euros. Les points faibles sont encore nombreux à commencer par les transports. "Vu de l'extérieur l'Ardèche n'est pas accessible. Il va nous falloir simplifier les arrivées sur le territoire et développer des services de transports", souligne Laurent Ughetto, vice-président du Conseil général et membre du Syndicat mixte de l'espace de restitution. Dans le cadre de la candidature s'est même constitué le premier périmètre de transport urbain (PTU) en zone rurale.

Mais le vrai défi à relever va être la montée en gamme de l'offre hôtelière, l'hôtellerie  intermédiaire et familiale est encore sous dimensionnée. Coté hébergement, l'Ardèche s'est longtemps positionnée sur un accueil bon marché, notamment les campings, chambres d'hôtes, etc. "Nous ne sommes pas en retard. Il y a encore beaucoup de travail, mais les investisseurs commencent à proposer des projets. Il va y avoir un effet levier, maintenant, il faut que le privé prenne le relais. C'est l'un des paris à gagner" rappelle Laurent Ughetto.

Labellisée, en 1988, Lyon s'en est servi comme locomotive de son rayonnement."Il y a aura un avant et un après label" estime Hervé Saulignac qui veut aussi s'inspirer d'un autre exemple de mutation culturelle. "Dans le nord avec le Louvres-Lens, ils ont réussi à infléchir le regard porté sur leur ville. Le label Unesco peut avoir le même effet. J'en ai marre qu'on nous voit encore comme des éleveurs de chèvres" conclut-il. La France possède 38 sites labellisés patrimoine mondial de l'Unesco. Il en existe 981 dans le monde.

Grotte Chauvet 4

Bison au charbon de bois. © Jean Clottes

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/06/2014 à 9:31 :
Pourquoi ne pas la privatiser et la vendre au Quatar?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :