Esker, un avenir tracé dans le nuage

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Spécialiste de la dématérialisation documentaire, la “micro-multinationale” lyonnaise compte sur son avance dans le “cloud computing” pour devenir le leader mondial du secteur.

Pull noir rayé de gris et pantalon jean. Jean-Michel Bérard, 50 ans, fondateur et président du
directoire d'Esker, accueille avec une poignée de main franche et une simplicité évidente.
Difficile de reconnaître le dirigeant que le cabinet Ernst & Young a élu "Entrepreneur français de l'année 2000". Et pour cause, nous sommes vendredi et c'est "casual day". Sur les cinq étages occupés en bordure de Villeurbanne par l'éditeur lyonnais de logiciels, 150 collaborateurs s'activent donc en "friday wear", baskets aux pieds.

"La moyenne d'âge ici est de 30 ans, justifie Jean-Michel Bérard. Il y a naturellement une ambiance de boîte high-tech. Cela fait partie de la culture des entreprises informatiques,
notamment chez les éditeurs." Un comité baptisé "fun at work" a organisé une soirée pour la Saint-Patrick, un concours de déguisements et programme une chasse à l'oeuf pour célébrer l'arrivée du printemps. "Esker a su mettre en place une vraie politique de ressources humaines avec une com' interne forte et un système collaboratif, ce qui n'est pas courant pour une structure de cette dimension, d'autant plus dans une conjoncture difficile", analyse
Marie Boniteau, responsable de Novances RH et Organisation. Pour Esker, qui ouvre chaque année une dizaine de postes, cette vision à l'anglo-saxonne est une nécessité. "Aujourd'hui,
nous recrutons des jeunes talents de profil bac + 5 ingénieur ou école de commerce,
souligne Jean-Michel Bérard. Or nous avons des difficultés à les trouver, en particulier
les ingénieurs, que nous chassons désormais via les réseaux sociaux." 

Cette bonne ambiance n'a pas empêché le spécialiste de la dématérialisation des documents de gestion de réaliser une très belle année 2012. L'entreprise a enregistré un chiffre d'affaires de 40,3 M€ en hausse de 11 % assorti d'un résultat net de 3 M€ (+ 14 %). "Esker a un profil un peu atypique qui conjugue croissance à deux chiffres, amélioration des marges
depuis quatre ou cinq ans, et un chiffre d'affaires récurrent à 70 % (Saas, maintenance…),
ce qui offre une très bonne visibilité", estime Nicolas Royot, analyste financier chez Portzamparc. La société se classe aujourd'hui en 23e place des éditeurs français de logiciels et 3e de Rhône-Alpes après Cegid et Fiducial Informatique. Sur le créneau des solutions
de dématérialisation la société revendique sa place dans le peloton de tête mondial. "L'enjeu est de devenir le leader", ose Jean-Michel Bérard. Pionniers L'arme stratégique d'Esker pour s'imposer est le "cloud computing", devenu populaire depuis deux ou trois ans sous l'impulsion des "faiseurs d'opinion de l'industrie". L'éditeur lyonnais a, en la matière, quelques coups d'avance. Dès 2004, il a fait le pari du SaaS (paiement à l'usage) en lançant un premier service courrier en ligne baptisé FlyDoc. Parallèlement, Esker a investi dans une
usine courrier. "On s'est rapidement rendu compte que les solutions logicielles étaient
trop compliquées et nécessitaient beaucoup de technologie, alors nous avons basculé tout cela sur le cloud, se souvient Jean-Michel Bérard. A l'époque, nous étions quelques pionniers sur le marché, avec une poignée d'entreprises américaines." L'argumentaire commercial en faveur du SaaS est simple : pas d'achat de licence, un paiement au document, une utilisation
plus souple. Pour Esker aussi, la formule est vertueuse : "C'est un modèle qui nous assure un revenu récurrent dans la mesure où nos clients ont toujours des factures à dématérialiser". Esker gère notamment les factures fournisseurs de 140 filiales du groupe BASF, son plus important client.

 Concurrence des pays du Nord

Sur le marché de la dématérialisation, la concurrence vient essentiellement des pays du Nord de l'Europe. "Nous avons face à nous des entreprises d'une taille équivalente à la nôtre comme Readsoft ou Bosware. Ces sociétés nordiques sont tirées par une culture d'amélioration de la performance et fortement encouragées par leurs gouvernements. Par ailleurs, leurs marchés intérieurs sont limités, elles vont donc chercher des relais à l'international." Le "cloud computing" représente désormais 55 % du chiffre d'affaires d'Esker.
"L'objectif est de poursuivre notre développement dans ce modèle économique vertueux sans s'empêcher de vendre toujours des licences, notamment pour toutes les activités
gouvernementales ou ultra-sensibles comme le nucléaire, qui restent hostiles au cloud", explique Jean-Michel Bérard. 

5 M€ par an en R&D

Afin de conserver son avance, Esker investit en moyenne 5 M€ chaque année dans l'innovation. Et près d'un salarié sur cinq de l'ETI lyonnaise est affecté à la R&D. "Nous pourrions avoir une meilleure rentabilité, mais nous avons fait le choix stratégique d'investir afin de nous améliorer constamment", note Jean-Michel Bérard. Un exemple parmi d'autres, l'éditeur lyonnais vient de lancer une application mobile gratuite permettant de consulter et de valider des factures à distance. D'autre part, la micro-multinationale, qui avait repris les rênes de quatre sociétés américaines entre 1998 et 2001, conserve un œil attentif sur les possibilités de croissance externe. "Mais ce n'est pas une priorité", tranche Jean-Michel Bérard. Bien implanté outre-Atlantique via sa filiale basée à Madison (Wisconsin), Esker réalise les deux-tiers de ses ventes à l'export dont 40 % aux États-Unis. "Il s'agit d'un très gros marché qui nous donne une certaine légitimité, y compris en Europe", constate Jean-Michel Bérard. L'éditeur de logiciels dispose au total d'une dizaine d'implantations aux USA, dans les principaux pays d'Europe et en Asie. Son bureau canadien a ouvert ses portes en 2012.

Réseau collaboratif inter-entreprises

Aujourd'hui, Esker privilégie sa croissance organique en réduisant le temps d'implémentation des produits et en améliorant l'ergonomie de l'interface utilisateur. Car il faut actuellement compter entre 6 et 12 mois pour vendre une solution et de 3 à 6 mois supplémentaires pour la mettre en oeuvre. Le dirigeant d'Esker anticipe déjà le moment où l'installation ne nécessitera plus que quelques minutes et pourra être réalisée directement par l'utilisateur. "Il va se passer dans le B2B ce qui est arrivé pour le consommateur avec un réseau social comme Facebook, analyse Jean-Michel Bérard. On peut imaginer quelque chose d'équivalent destiné aux relations interentreprises. Un outil collaboratif qui remplace la relation anonyme de l'échange de facture ou de bon de commande." Un moyen également pour Esker d'attirer l'attention des clients de ses clients. L'entreprise lyonnaise travaille déjà sur ce projet de réseau. Mais nous n'en saurons pas davantage. Si ce n'est que les premières expérimentations devraient avoir
lieu en 2014.

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