STMicroelectronics signe son retour

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(Crédits : Denis Balibouse)
Après la restructuration entamée autour de sa division numérique début 2016, le franco-italien STMicroelectronics signe un retour dans le vert. A l'issue de son exercice 2017, le fabricant de semi-conducteurs a enregistré une croissance de 18% de son chiffre d'affaires (8,2 milliards d'euros) et de sa marge d'exploitation de plus de 10%. Analyse d'une stratégie efficiente d'un groupe qui a dû, néanmoins, laisser sa place de leader sur la scène internationale.

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Un bond qui confirme le redressement tant attendu depuis plusieurs mois. En fin d'année dernière, le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics a enregistré un chiffre d'affaires de 8,2 milliards d'euros, qui lui permet enfin de renouer avec la croissance, après une série d'exercices difficiles. Entre 2005 et 2011, le groupe avait vu son chiffre d'affaires s'effondrer de 20 %, puis avait annoncé, début 2016, l'arrêt de sa division numérique, assorti d'un plan de départs volontaires de 400 salariés sur trois ans qui n'est pas encore clôturé.

Et pourtant, STMicroelectronics semble renouer avec la croissance au cours des derniers mois. Signe d'une stratégie gagnante ? "Nous renouons avec une phase ascendante, ce qui est un bon point", concède Jean-Marc Sovignet, délégué CFE-CGC, qui cite en exemple plusieurs catégories de produits, tels que les microcontrôleurs, ainsi que les imageurs, où le groupe a notamment enregistré un important contrat avec le géant à la pomme, Apple. "ST s'est recentré sur les marchés de l'automobile embarquée, et des objets connectés, qui ne représente pas encore un volume important mais qui est en pleine croissance", ajoute-t-il. Il cite en exemple la startup Hydrao, spin-off de STMicroelectronics, et qui vient d'obtenir un contrat pour la fourniture de 10 000 pommeaux de douche connectés, intégrant des technologies ST, à destination de Singapour.

"Il est certain que le marché des objets connectés ne représente pas encore des centaines de milliards de dollars, mais il est amené à croître", concède Jean-Pierre Della Mussiaex-directeur de la rédaction d'Electronique Hebdo.

Une montée en puissance de la fabrication

Pour répondre à la demande, le site de Crolles est monté en puissance avec l'embauche de près de 200 contractuels au cours des derniers mois, "dont environ un tiers de CDI", estime le représentant CFE-CGC. "Les investissements sont repartis légèrement à la hausse, mais le vrai problème est désormais du côté de la capacité : on fonctionne aujourd'hui quasiment à flux tendus".

"Nous attendons aussi les investissements pour créer l'extension de l'usine de Crolles qui était prévue. En attendant, nous sommes obligés de sous-traiter une partie des microcontroleurs, alors qu'ils auraient pu être réalisés en interne", regrette Marc Leroux, délégué CGT.

Mais le contexte national pourrait aussi masquer une réalité plus contrastée.

"Le marché des semiconducteurs est tel que toutes les entreprises en profitent", estime Marc Leroux.

Toujours selon Marc Leroux, STMicroelectronics peut notamment compter sur la bonne santé de ses produits MEMS, microcontroleurs, de sa division analogique ainsi que de ses imageurs. "Mais cette partie reste fragile car cela crée une dépendance", rappelle-t-il, en référence aux contrats passés avec Apple. "Le grand danger est que ST revive la même chose que ce qu'il s'est passé avec Nokia à une époque si Apple décide d'arrêter son contrat", complète Jean-Pierre Della Mussia.

Au cours des derniers mois, ST a également développé, de facto, un nouveau positionnement qui pourrait en dire long sur sa vision du futur. Alors que le groupe avait prévu de fermer l'ensemble de sa division numérique, un pivot a finalement eu lieu en interne pour répondre à la demande de ses clients. "C'est en annonçant la fermeture de la division que l'on s'est aperçu qu'il existait toujours un besoin. Cela a été l'occasion de revoir les business models, en demandant aux clients quels étaient leurs réelles attentes et en fixant un tarif au juste prix pour des produits plus personnalisés", indique Jean-Marc Sovignet.

Un positionnement qui s'inscrit vers le fabless

L'une des principales incertitudes repose sur le terrain des investissements : car si ST a annoncé une enveloppe de 1 à 1,1 milliard de dollars environ pour 2018, contre 1,3 milliard en 2017, le groupe a progressivement quitté le développement technologique avancé.

"D'ici 3 à 5 ans, on aura besoin de descendre en dessous du 28 nm pour les nouvelles gammes de produits. Cela doit se préparer dès aujourd'hui et à ce titre, rien n'est prévu", affirme Marc Leroux.

"La stratégie fabless est déjà assumée par la direction sur une partie des produits, notamment dans la division des technologies avancées. Après l'échec des télécoms et des décodeurs, elle en a tiré la conclusion qu'il fallait réaliser une diversité de produits et s'appuyer sur les clients pour les produits complexes", glisse-t-il.

Pour Hugues Poissonnier, professeur à Grenoble Ecole de Management (GEM), "cette stratégie fait écho à ce que l'on peut retrouver dans d'autres secteurs, avec le fait de revenir aux fondamentaux et de ne pas toujours participer à la fuite en avant". Et ajoute : "Sous réserve de prévoir un petit coup d'avance pour ne pas se laisser larguer par la concurrence."

A tel point que la loi de Moore, qui appelle les industriels du secteur à diviser régulièrement par deux la taille de leurs processeurs pour plus d'efficacité, serait désormais remise en cause par un certain nombre d'acteurs. "La miniaturisation est devenue de plus en plus difficile à réaliser sur les technologies qu'on utilise. Un nouveau cycle pourrait démarrer, avec une importance accrue donnée au design des systèmes pour maximiser leurs performances", suggère Hugues Poissonnier.

Un délégué syndical atteste que "plusieurs acteurs du domaine se demandent eux-mêmes si cela vaut la peine de descendre désormais en dessous d'une certaine taille de wafers".

Changement de direction, sans modifier le cap

Pour autant, ce positionnement a cependant un impact direct : un groupe qui délaisse sa position de leader sur la scène mondiale. "ST n'est plus dans le top 10 mondial et devient une société de taille plus modeste", remarque Jean-Pierre Della Mussiaqui rappelle que cette descente est directement imputable à la baisse des investissements des dix dernières années, au plafonnement de la production, et au recentrage des activités sur certaines niches. "Avec un chiffre d'affaires de 8 milliards de dollars, ST n'a plus les moyens de se mesurer sur la scène mondiale où chaque nouvelle usine représente 10 milliards de dollars d'investissements", analyse-t-il.

Alors que la société a finalement annoncé que ce serait le français Jean-Marc Chéry, l'actuel directeur général adjoint et numéro deux de STMicroelectronics, qui succéderait à l'Italien Carlo Bozotti, dont le départ était annoncé depuis plusieurs années, la nouvelle est plutôt bien accueillie, à la fois par les salariés et les investisseurs. "C'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver en interne parmi les options proposées. On passe ainsi d'une direction financière à une direction plus opérationnelle, car Jean-Marc Chéry est quelqu'un qui est parti du terrain et qui connait bien les fabs de ST, et qui a occupé des postes à la fois en Europe et en Asie", fait valoir Jean-Marc Sovignet.

Reste que pour son homologue Marx Leroux, l'arrivée de Jean-Marc Chéry est plutôt un synonyme de "continuité". "Le fait qu'il soit français aura probablement très peu d'impact. Il ne faut pas oublier qu'il est issu de la même équipe que la direction actuelle, il partage la même prudence", estime-t-il.

Contactée, la direction n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

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