Cenntro Motors peut prendre les commandes de SITL

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Laurent Cérino/Acteurs de l'économie
Laurent Cérino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
La décision a été rendue publique ce 18 juin, après-midi : le tribunal de commerce de Lyon a accordé à l'américain Cenntro Motors Group les actifs du lyonnais SITL. Les 395 contrats de travail sont préservés mais, seuls 40 salariés reprendront le travail, dans un premier temps.

Ouf. Le tribunal de commerce de Lyon a retenu le plan présenté par l'américain Cenntro Motors Group pour la reprise des actifs de SITL. Cette société fondée par Pierre Millet projetait de reconvertir l'ancienne filiale lyonnaise de FagorBrandt dans l'assemblage de véhicules électriques utilitaires et filtres pour l'épuration de l'eau. Et, ces produits étaient appelés à se substituer totalement à la fabrication, initiale, de lave-linge, à chargement par le haut. Pierre Millet s'était donné 5 ans mais, le dépôt de bilan en novembre dernier du groupe électroménager contrôlé par la coopérative hispanique Mandragon a entraîné l'arrêt de l'activité de sous-traitance des machines à laver dont il dépendait encore à 95 %. S'en est suivi le redressement judiciaire, le 2 janvier 2014, de SITL.

Coup de chaud de dernière minute

La procédure judiciaire a été ponctuée de rebondissements. Le dernier remonte au lundi 16 juin : une opposition a été introduite par un dénommé Mathias-Georges Martinez, un ancien salarié de FagorBrandt revendiquant des droits divers, contre l'ordonnance du juge commissaire de Nanterre (en charge de la liquidation de FagorBrandt) ayant autorisé, le 4 juin dernier, la vente du site de SITL au Grand Lyon. Cette question du terrain aura empoisonné ce dossier jusqu'au bout. Et le recours sera examiné sous un délai de 15 jours par la juridiction consulaire de Nanterre. Après avoir évalué les risques, et fait craindre son désistement, Cenntro Motors « a accepté d'en faire son affaire », a confié Robert-Louis Meynet, l'administrateur judiciaire, à Acteurs de l'économie. Précédemment, le tribunal de commerce de Lyon avait accepté à cinq ou six reprises, de reporter la date de dépôt des candidatures afin de ne pas écarter la moindre chance pour cette entreprise de 420 salariés, à l'époque, de trouver un repreneur.

Candidat tardif

De grands espoirs s'étaient portés, dès mars, sur le fonds d'Abu Dhabi amené par Emmanuel Delepoulle, industriel isérois. Il s'est retiré dans la dernière ligne droite, invoquant la complexité du sujet. Si bien que pour la dernière audience, le 6 juin, la seule proposition recevable émanait de Cenntro Motors. « J'ai découvert le dossier mi-avril alors que je menais une mission de reconnaissance pour rencontrer un de mes fournisseurs. J'ai intégré Cenntro Motors pour cette affaire », explique Didier Verriest, devenu vice-président des opérations Europe du groupe et nouveau patron de la future entité lyonnaise. De son côté, l'Aderly (Agence pour le développement économique de la région lyonnaise) a joué un rôle important dans cette mise en relation. Dès lors Cenntro Motors a mis les bouchées doubles et, plusieurs fois son état-major présidé par Peter Wang, s'est déplacé à Lyon.

Une série de complications

Les pouvoirs publics, au premier rang desquels le Préfet Jean-François Carenco n'ont pas ménagé leurs efforts pour lever les nombreux obstacles. En premier lieu, celui du site industriel faisant donc partie des actifs de FagorBrandt. Ce terrain de 7,5 hectares que les candidats, ayant manifesté leur intérêt pour le dossier, voulaient obtenir pour un euro symbolique va donc être acheté par le Grand Lyon pour 2 millions d'euros. Il sera loué à Cenntro pour la somme modique de 100.000 euros par an sur une durée de deux ans avec possibilité pour l'occupant de l'acheter, ensuite. Il fallait encore que Pierre Millet accepte de céder la licence du véhicule et un accord a été trouvé pour un prix de 1 million d'euros.

Au plan social, «il n'y a aucune rupture de contrat de travail », observe Robert-Louis Meynet, l'administrateur judiciaire. En effet, Cenntro Motors conserve les 395 salariés encore présents.Toutefois, seules 40 personnes reprendront effectivement le travail, dans un premier temps. Pour les autres : 116 seront au chômage partiel pendant trois mois sans perte de salaire, 72 seront en formation et au chômage pendant 15 mois et 77 pendant 21 mois environ, toujours sans perte de salaire. Les 46 salariés repris et médicalement inaptes seront indemnisés par la Sécurité Sociale. Enfin, une cinquantaine de personnes partiront progressivement à la retraite. Formation et chômage seront payés par la Dirrect (Etat), le conseil régional de Rhône-Alpes et les OPCA (organismes paritaires agréés).

Devenir leader mondial

Au plan financier, Cenntro Motors débourse 0,5 million pour récupérer certains actifs nécessaires à l'activité (éléments corporels et incorporels). Il s'est engagé à verser 15 millions d'euros de cash, dont 7,5 millions ont déjà été transférés début juin sur un compte ouvert au Crédit Agricole pour soutenir le fond de roulement. Didier Verriest annonce une deuxième tranche de 15 millions, à une échéance non précisée à ce stade, pour l'assemblage des batteries lithium-ion préférées aux actuelles batteries alimentées en eau chaude.

La firme sino-américaine compte 1900 collaborateurs, aux Etats Unis et en Asie (coiffés respectivement par un holding aux Iles Vierges et à Shangaï) pour un chiffre d'affaires estimé en 2013 à 350 millions d'euros, entre autres, dans les moteurs diesel, les transmissions. Elle a pris position récemment dans les véhicules électriques utilitaires avec l'ambition de devenir le leader mondial, et entend faire de Lyon sa tête de pont pour l'Europe. Dès la nouvelle connue, le délégué Cfe-Cgc a déclaré : « Nous nous réjouissons que les américains soient allés jusqu'au bout. L'Etat et les instances locales ont joué leur rôle et apporté leur soutien dans ce dossier compliqué. »

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Commentaires
a écrit le 25/06/2014 à 19:46 :
Enfin des investisseurs qui n'ont pas froid aux yeux et qui font confiance en notre technologie et notre savoir faire.
Un exemple a suivre pour de nombreux industriels français
a écrit le 25/06/2014 à 8:59 :
il passe de lave linge aux voiture electrique ????? et les employers go hom cest de la poudre aux yeux !!!!

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