Biomnis cherche la bonne potion pour se soigner

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(Crédits : <small>Reuters</small>)
Le groupe lyonnais de biologie médicale, repris en 2008 par le fonds britannique Duke Street, est confronté à une structure de dette qui n’est plus adaptée à sa perte de rentabilité. Sous l’égide du Ciri, les réunions se multiplient pour mettre d’accord actionnaires et créanciers.

Le ver serait-il entré dans le fruit depuis que Biomnis a été vendu à Duke Street, en levant de la dette (LBO) ? Retour sur le passé: octobre 2008, Jean-Louis Oger cède 70 % des actions de son groupe lyonnais de biologie médicale à ce fonds d'investissement britannique et en
conserve 25 % aux côtés du Syndicat des biologistes bretons et pays de Loire et autres (5%). L'entreprise est prospère. La transaction la valorise à 217 millions d'euros.Quatre ans plus tard elle n'est plus rentable et prépare un plan de sauvegarde de l'emploi. Les salariés, qui dès 2012 ont fait jouer leur droit d'alerte, décrivent un climat anxiogène.

 

A qui la faute ?

 

"Nous n'en serions pas là avec un industriel, et à l'époque certains étaient intéressés par la reprise", tance un des anciens cadres dirigeants partis avant la cession. Mais les fonds n'hésitent pas à surenchérir. En l'espèce, et selon le même interlocuteur, l'équipe française de Duke Street qui n'avait pas conclu d'opérations durant les 12 ou 18 mois précédents était "aux abois". Les syndicats disent, par la voix d'Abdelaïde Ouridani, de FO, que la "situation s'est dégradée dès l'acquisition par Duke Street". Pour leur part, Philippe Clabé, directeur général adjoint (Dga) et Renaud Lambert, directeur financier adjoint (Dfa) de Biomnis, balaient toute critique quant à la nature du propriétaire et au montage. "C'est le mode de financement classique des grands laboratoires", observent-ils. Et de citer Cerba, le principal
concurrent, contrôlé depuis 2010 par PAI Partners*. Faut-il alors incriminer le management ? Fait avéré, Pierre-Yves Guiavarch, le président du directoire nommé par le fonds, a quitté l'affaire en novembre 2012. Il a été "débarqué", assurent plusieurs proches du dossier. Les
syndicats se souviennent de dépenses à tout va : multiplication de directeurs, recours à de nombreux consultants très chers. Ces derniers "nous faisaient des tas de beaux discours. Ils nous vantaient le bien fondé de la démarche Six Sigma**. Sauf qu'elle n'est pas adaptée à notre métier. Les échantillons que nous analysons ne sont pas homogènes et n'ont rien à voir avec une production industrielle", tonne Chantal Raga, déléguée CFDT. Quelle ne fut pas la surprise des salariés de découvrir il y a quelques mois, sur Internet ce qui était présenté par le cabinet Sud Architectes comme les futures installations de Biomnis, à Meyzieu, dans l'est lyonnais. Car le laboratoire est hébergé par l'Inserm qui récupèrera ce bien en 2016. "500 000 euros ont été dépensés en études, pour rien puisque le projet a été abandonné du fait des difficultés actuelles", s'indigne en chœur la demi-douzaine de représentants de la CGT et de la CFDT rencontrés le 29 mai dans les locaux du CE. Pierre-Yves Guiavarch n'est pas le seul responsable. Un tiers raconte que cet ancien cadre de la Générale de Santé déplorait devoir consacrer 80 % de son temps à du reporting. La gestion opérationnelle en pâtissait donc. Rien à voir avec la présidence de Jean-Louis Oger : "Avec lui les discussions avaient lieu, au moins. C'était un visionnaire", témoignent les syndicalistes. Ce biologiste originaire
des Bouches-du-Rhône, que la Fondation Mérieux est allée chercher en 1997, a réveillé ce qui était alors les Laboratoires Marcel Mérieux, faisant croître les ventes de 30 millions à près de 300 millions en procédant à des emplettes, dont le laboratoire Claude Lévy, à Ivry, en Ile-de-France.

 

Mesures d'urgence

 

Certes, l'environnement dans lequel évolue la biologie médicale s'est tendu. La tarification des actes (B) a été rabotée par la Sécurité Sociale soucieuse de diminuer les dépenses de santé et les biologistes de ville ont accéléré leur regroupement pour faire eux-mêmes certaines analyses autrefois sous-traitées entre autres à Biomnis. A travers sa structure actuelle Bio-acess, Jean-Louis Oger a déjà fédéré un réseau approchant les 100 millions d'euros de
revenus. Un phénomène que relativise toutefois Philippe Clabé : "Près de 90 % des 4200 laboratoires de ville sont des laboratoires de quartier et 500 laboratoires centraux concentrent aujourd'hui sur leur plateau technique 40 % du marché". La feuille de route de Pierre-Yves Guiavarch prévoyait d'ailleurs une politique d'achat de laboratoires - assortie d'une ligne de crédits de 50 millions d'euros ouverte par Axa PE - qui n'est plus d'actualité. "Nous ne voulons pas de conflit d'intérêt avec nos clients", justifie le Dga. L'urgence est ailleurs et les réunions se multiplient au Ciri (ministère de l'Industrie) pour trouver une issue qui mette d'accord actionnaires et créanciers. Le résultat d'exploitation s'est érodé régulièrement et pourrait être négatif en 2013. A ce sujet, les syndicats pointent les ristournes ou autres cadeaux faits aux clients: une course aux volumes pour pallier la baisse des tarifs. C'est la
dégradation des résultats qui "rend inadaptée la structure de la dette", reconnaît le Dfa. D'un montant de "137 millions d'euros" - principalement dus à Axa PE qui peut la rendre exigible à tout moment - elle doit être réaménagée. Et une recapitalisation d'une vingtaine de millions
d'euros est évoquée. Rationalisation industrielle "Nous devons rationaliser notre outil de
production pour nous adapter aux conditions du marché", martèle Philippe Clabé. Lequel annonce que l'entreprise a renoué avec la R&D dès 2013, consacrant 1 % de ses recettes à ce poste. Objectif ? Se différencier et redévelopper le cœur de métier, à savoir les analyses dites de spécialité, en s'appuyant sur ses 47 biologistes, "nos experts". Dans ce registre figurent les empreintes génétiques - utilisées par la police judiciaire - la biochimie,
l'oncologie... et Biomnis entend saisir les opportunités d'une médecine de plus en plus personnalisée et préventive. Problème: ces analyses "haut de gamme" ne seraient pas payées à leur juste prix d'après les actuels dirigeants. L'autre activité dite de semi-routine, dont les résultats doivent être délivrés le jour même ou à J + 1, ne serait pas compétitive : "Nous sommes sur deux sites alors que notre concurrent n'en a qu'un. Ce qui génère des
doublons", expliquent-ils. L'idée serait de spécialiser chacune des deux implantations.
Ce projet de restructuration - il devait être dévoilé lors d'un CCE prévu le 28 mai mais repoussé à une date non fixée - menace 200 postes à Lyon. "Pourquoi Lyon? C'est un démantèlement par étapes", redoute le délégué FO. "Le personnel ne comprend pas car le travail ne manque pas", renchérissent les représentants de la CGT et de la CFDT. Une attente de plus en plus difficile à vivre.

 

 

 * Paribas Affaires Industrielles
** méthode structurée de management visant
à améliorer l'efficacité des process

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