Roger-Pol Droit  : "La philosophie s'est peu emparée du sens de l'argent"

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(Crédits : Amédézal)
Philosophe et essayiste, Roger-Pol Droit a refermé le premier Lyon Finance Forum, organisé par La Tribune en partenariat avec La Carac, avec une masterclass sur « le sens de l'argent ». Une intervention dans laquelle il souligne, notamment, le peu de réflexion, dans l'histoire de la philosophie, autour de cette question pourtant centrale de notre société.

Pour lancer cette masterclass, une remarque formulée par le philosophe et essayiste : il existe finalement très peu d'écrits de philosophes sur le sens de l'argent.

"La question de l'argent est constante dans la littérature, notamment chez Balzac, Flaubert, Zola ou encore Molière. En revanche, il est frappant de constater que c'est un sujet éloigné de la philosophie. On trouve très peu de pages comparé aux thèmes de l'amour, de la liberté, de l'Etat... Je dirais donc qu'il y a une disproportion entre l'importance de l'argent dans nos vies, et un déficit de pensée, d'analyse à son égard. Il y a bien sûr des spécialistes de la monnaie, des flux financiers, mais l'argent ce n'est pas que cela", analyse Roger-Pol Droit.

Car, comme il le rappelle, aborder la question de l'argent revient à intéresser aux questions d'économie bien sûr, mais aussi de société : richesse, pauvreté, patrimoine, transmission...

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Roger-Pol Droit (photo : Amédézal)

"Ce qui m'intéresse dans l'argent, c'est que chacun d'entre nous à des idées morales, imaginaires voire pulsionnelles dans son rapport à l'argent. Et le sens de l'argent varie selon les époques", observe-t-il.

L'argent comme une fin ?

L'argent a ainsi été défini comme un idéal absolu, ce qui autorise tout, même le fanatisme. C'est ce que mettait, par exemple, en avant Nietzsche lorsqu'il développait l'idée que ce que l'on faisait autrefois par amour de Dieu, on le fait désormais par amour de l'argent.

"Mais ce principe est en train de se fissurer, de craqueler avec la crise financière et la crise écologique...", affirme Roger-Pol Droit, pointant un capitalisme financier qui s'est "coupé du réel", avec des investissements basés sur des produits qui ne correspondent à aucune réalité.

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Roger-Pol Droit (photo : Amédézal)

"Il y a eu une sorte de bascule dans le jeu financier, mais je ne suis pas sûr que cela soit rattrapable car il va être difficile de mettre en place une régulation de l'économie au niveau mondial. C'est pourtant indispensable, sinon la "machine" risque d'exploser", alerte-t-il.

Réguler avec des lois

Alors, pour faire coexister les valeurs éthiques et les profits financiers, Roger-Pol Droit en appelle aux individus :

"Il faut des professionnels qui disent  : "non, je ne fais pas ça par éducation, moralité ou philosophie sinon je ne pourrai pas me regarder, me supporter moi-même". Mais évidemment que cela ne suffira pas, il faut également une régulation avec des lois."

Et, s'il condamne la logique du profit pour le profit, le philosophe critique également "la condamnation moralisatrice du capital, des affaires ou de l'argent au nom de la vertu, car on est aussi dans la monovalence".

"Ce qui m'intéresse, c'est la régulation entre tous ces domaines", conclut-il.

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Roger-Pol Droit (photo : Amédézal)

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