Lyon Finance Forum  : Quel avenir pour la finance  ?

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(Crédits : Amédézal)
L'essor des nouvelles technologies introduisant plus de transversalité, "nouvelle" demande populaire d'une société plus juste et plus écologique, mutation des filières économiques et des typologies d'entreprise... Le secteur de la finance voit son marché évoluer très rapidement. Invités à s'adapter, ses acteurs s'emploient à faire bouger les lignes. Aussi bien dans leurs métiers, leurs offres que leur management. Pour sa première édition, le Lyon Finance Forum 2019, organisé par La Tribune, s'interroge sur cette nouvelle révolution technologique et sociale. Technologies, business models, responsabilisé sociétale : Quel avenir pour la finance ?

Le secteur de la finance est en plein foisonnement. Entre les banques dématérialisées, les incubateurs, les business angels ou bien encore les fonds d'entreprise, la chaîne de financement de l'économie s'est largement densifiée au cours des dernières années.

Directeur de l'incubateur fintech B612, Cédric Nieutin évoque une "jungle des solutions de financement" :

"Aussi bien pour le haut que pour le bas de bilan, l'offre de financement pour les entreprises se diversifie, avec une multitude de produits, de plus en plus spécifiques que ce soit en termes géographiques ou du secteur d'activité. Cette diversification des opportunités fait que la chaîne de financement se complexifie", rapporte ce spécialiste des startups depuis une dizaine d'années.

Cédric Nieutin

Stéphanie Borg et Cédric Nieutin (photo : Amédézal)

Il constate, en parallèle, un bouleversement dans l'approche des financeurs des entreprises au sens large :

"Au-delà de la simple approche financière, de plus en plus de fonds ont tendance à accompagner de manière opérationnelle les entreprises dans lesquelles ils investissent. Le métier de financier ne se résume donc plus aux métiers du chiffre, mais s'ouvrent aussi aux ressources humaines, aux business développement..."

Lire aussi : Adrien Biot (KissKissBankBank) : "La finance de demain n'est pas encore inventée..."

Une relation en pleine mutation

"Ce qui change, c'est que la relation entre les fonds d'investissement et les entreprises tendent vers un véritable partenariat portant sur une réflexion globale autour de la gouvernance, du management, de l'internationalisation du projet...," complète Frédéric Maurel, associé du groupe d'audit, de conseil et de services aux entreprises Mazars et administrateur de Lyon Place Financière et Tertiaire.

"Comme l'argent n'est pas cher en ce moment, c'est la capacité à apporter autre chose que des fonds qui est aujourd'hui différenciant pour un financier. Financer une startup, c'est partager une aventure avec les valeurs et la vision des dirigeants. Cela amène une véritable rupture dans l'interaction entre les investisseurs et les porteurs de projets", poursuit-il, convaincu que les nouvelles solutions technologiques comme l'intelligence artificielle et la blockchain vont également "révolutionner le traitement des startups" par le monde de la finance.

"Il y a pléthore d'offres. Notre rôle est donc aussi d'aider les actionnaires et les porteurs de projet à y voir plus clair. Notamment parce que les startups ont désormais d'avantage de possibilités pour financer en direct leurs initiatives, sans passer par des financiers classiques", souligne Gilles Assollant, le président de Lyon Métropole Angels et de la plateforme Incit'Financement.

Gilles assolant

Gilles Assolant (photo : Amédézal)

Crowdfunding et blockchain

Parmi ces possibilités de financement sans intermédiaire, le financement participatif a connu une véritable expansion au cours des dix dernières années, rapporte Adrien Biot, le responsable régional KissKissBankBank & Co et Financement Participatif France :

"Lors de son lancement, le financement participatif n'était qu'une utopie, et aujourd'hui cela représente 400 millions d'euros collectés en France l'année dernière. Cela reste une goutte d'eau, mais qui prend de plus en plus d'importance. Le crowdfunding est désormais une solution complémentaire aux autres sources de financement."

Aurore Galves

Aurore Galves-Orjol (photo : Amédézal)

A l'image du financement participatif il y a quelques années, les levées de fonds en crytpo-monnaies dites ICO (initial coin offering), qui permettent aux startups de la blockchain d'avoir un accès très rapide à un financement auprès d'une communauté d'investisseurs, n'en est qu'à ses premiers pas. Présidente de l'association Crypto Lyon et spécialiste des cryto-monnaies, Aurore Galves-Orjol alerte sur le risque de ces placements désintermédiés qui n'ont pas encore de cadre législatif.

Lire aussi : Crypto-monnaies : les banques ont-elles du souci à se faire ?

Trouver une voie entre désintermédiation et tiers de confiance

"J'appelle à la vigilance ceux qui veulent investir en crypto-monnaie dans les entreprises. Malgré la démocratisation de la chaîne de financement, il faut garder les bons réflexes - analyser le business model, se renseigner sur le porteur de projet et les équipes - pour investir un peu plus en sécurité. A l'avenir, il faudra mixer cette idée de décentralisation qui permet au grand nombre de participer au financement avec le besoin d'accompagnement par un professionnel afin d'identifier les projets viables", appuie-t-elle.

"Les innovations actuelles permettent à des investisseurs non-professionnels d'avoir accès à des investissements dans des entreprises auxquels ils n'avaient pas accès auparavant. Il est impératif, dans la stratégie financière des entreprises, de trouver une compatibilité entre ces acteurs professionnels et non-professionnels", abonde Eric Burdier, le directeur général de la plateforme d'accélération Axeleo dédiée aux startups des domaines de l'Enterprise Technology et du digital B2B.

Brudier

Eric Burdier (photo : Amédézal)

Répondre à l'impératif social et environnemental

Pour l'ensemble des intervenants, en plus de connaître une transformation sans précèdent qui a d'importantes répercussions en interne, la finance de demain aura aussi des impératifs en terme de responsabilité sociale et sociétale. En résumé, les professionnels doivent s'adapter au "Nouveau Monde".

Président de la mutuelle d'épargne, de retraite et de prévoyance Carac, Claude Tarall rapporte ainsi que son groupe a banni certains secteurs pour ses investissements (énergies fossiles, armement...) et ne s'intéresse pas uniquement à la rentabilité des projets soutenus, mais aussi au critère environnemental.

Claude Tarall

Claude Tarall et Bernard Horenbeek (photo : Amédézal)

"Pourquoi les projets de transition écologique ne seraient pas rentable à terme ? Ils le seront un jour. Il ne faut pas oublier que les grands groupes d'aujourd'hui ont aussi été des startups", expose-t-il.

"L'économie doit devenir citoyenne", martèle Bernard Horenbeek, le Président du directoire de la banque éthique La Nef.

"Vue l'urgence climatique et la situation sociétale, il n'est plus possible de penser la finance indépendamment du monde dans lequel on vit. Si nous ignorons cela pour privilégier le profit immédiat, on va droit dans le mur. Il faut penser la finance comme un acteur avec un rôle et un impact sur la société."

Ce qui implique, selon lui, de garder une relation de confiance avec les entrepreneurs.

Lire aussi : Bernard Horenbeek (La Nef) : "On a démontré qu'on pouvait travailler autrement"

« Nous devons rester maitre de la machine »

"A travers la numérisation, il faut inventer de nouvelles façons d'être avec le client/entrepreneur. Et ce ne sont pas les algorithmes qui vont nous aider à trouver cette nouvelle proximité", prévient-il.

dreux

Damien Dreux (photo : Amédézal)

Président de l'Ordre des experts comptables Rhône-Alpes, Damien Dreux va dans le même sens, alors que sa profession connaît une révolution numérique qui permet d'importants gains de temps, notamment dans la tenue comptable. "Mais l'homme aura toujours une place, nous devons rester maître de la machine", prévient-il.

Président de l'agence de notation Qivalio, Julien Rérolle résume :

"L'intelligence artificielle est intéressante car elle permet aux professionnels de se concentrer sur ce qui fait leur valeur ajoutée comme le conseil ou la stratégie. En revanche, il serait négatif d'aller vers des modèles mathématiques et automatisés. Il faut rester vigilant", alerte-t-il.

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(photo : Amédézal)

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