En entreprise, "la première des discriminations est due à l'âge"

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Serge Guérin
Serge Guérin (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Comment maintenir le sentiment d'appartenance des collaborateurs ? Quelles sont les obligations de mixité de l'entreprise ? Comment prendre en compte les besoins individuels ? La discrimination positive est-elle une option ? Alors que l'entreprise est de plus en plus confrontée à une nécessité de mixité, le sociologue Serge Guérin dresse un état des lieux, à l'occasion d'une conférence Seb Talks en partenariat avec Acteurs de l'économie-La Tribune.

C'est l'une des particularités du monde de l'entreprise : il s'agit d'un des rares lieux où nous sommes amenés à côtoyer, au quotidien, des personnes "différentes" de soi. Différence d'âge, de couleur de peau, de religion, d'origine sociale, d'orientation sexuelle, etc... Une mixité qui se traduit par des attentes et des besoins de chacun variés, alors que l'entreprise doit relever le défi de maintenir un lien entre tous les collaborateurs pour préserver le sentiment d'appartenance et la cohérence du corps social.

Et, pour cela, les vieilles recettes du management semblent aujourd'hui à la peine, et le défi auquel devront faire face les entreprises n'en est que plus grand...

"A part dans les startups où tout le monde est "jeune", l'entreprise est un lieu de brassage. Et la première des discriminations est due à l'âge, plus qu'à l'origine du prénom, la couleur de peau, le handicap ou bien encore l'orientation sexuelle. Mais cela ne veut évidemment pas dire que les autres discriminations n'existent pas", expose Serge Guérin.

La mixité sociale mise de côté

Le sociologue remarque notamment que lorsque l'entreprise aborde les questions de la mixité et des discriminations, la question de la classe sociale "est totalement mise de côté".

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Serge Guérin (crédits : Laurent Cerino/ADE)

"Les différences de classes sociales entre les collaborateurs est moins visible que la couleur de peau par exemple, mais cela a pourtant véritablement un impact. Notamment, parce qu'en France les diplômes priment sur l'expertise et l'expérience individuelle, ce qui engendre un véritable problème de mobilité sociale au sein des entreprises, poursuit Serge Guérin. Quelqu'un issu d'un "bon" milieu social a les codes de la classe sociale dominante, c'est comme une langue maternelle pour lui. Pour d'autres, il faut "apprendre" cette langue et cela peut prendre du temps. Cela créé aussi du rejet et du désespoir car leur différence n'est pas prise en compte dans l'entreprise."

Trouver le bon équilibre

Certains aspects de la diversité d'hommes et de femmes qui composent une entreprise restent ainsi dans le non-dit. Selon Serge Guérin, c'est le cas, aussi, des différences de religion :

"Au Canada par exemple, on parle "d'accommodement raisonnable" entre les différentes religions au sein des entreprises. En France, on est encore dans le tâtonnement parce que cette revendication identitaire est très récente. Cela pose une question : Comment trouver un équilibre entre le respect des religions sans que cela ne prenne le pas sur l'entreprise ? La virulence du débat autour du foulard le prouve, l'équilibre n'est pas encore trouvé. La mixité impose que chacun écoute l'autre, et que chacun accepte les doutes de l'autres."

Parité n'entraîne pas mixité

A l'opposée des questions de mixité sociales et cultuelles, les entreprises, comme la société, se sont emparées de la question de la parité femmes/hommes. Notamment en passant par de la discrimination positive, à l'image de la mise en place de quotas au sein des conseils d'administrations des grandes entreprises.

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Serge Guérin (crédits : Laurent Cerino/ADE)

"Dire qu'il y a désormais 40% de femmes au sein des conseils d'administration, c'est très bien. Mais d'où viennent ces femmes ? Des classes sociales supérieures et bourgeoises, exactement comme les hommes qui composent ces conseils d'administration. La parité n'apporte pas de diversité sociale, fait remarquer Serge Guérin, qui pointe également les effets pervers de la discrimination positive. Le principal problème de la discrimination positive, c'est le regard de l'autre, de son collègue parce que l'on a d'obtenu un poste sans être reconnu par ses capacités ou son travail. Il ne faudrait pas que la discrimination positive humilie les personnes qui en bénéficient", prévient-il.

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