Entreprendre très jeune, une forme de transgression ?

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Pour Michel Fize, sociologue, les jeunes doivent transgresser les routines pour entreprendre.
Pour Michel Fize, sociologue, les jeunes doivent transgresser les routines pour entreprendre. (Crédits : DR)
Pour Michel Fize, sociologue et chercheur au CNRS, si les jeunes entrepreneurs transgressent les routines de leurs aînés, ils sont avant tout "transmetteurs d'énergie." Il est l'auteur du livre Jeunesse à l'abandon, la construction universelle d'une exclusion sociale aux éditions Mimésis.

La société ne voit pas d'un bon œil l'engagement économique des très jeunes. Elle veut bien leur engagement civique, qu'elle tente même de développer ces derniers temps. Elle veut bien leur engagement militaire, quand elle est en conflit quelque part sur la planète. Elle se méfie en revanche de leur engagement économique. Car entreprendre, c'est bel et bien, évidemment, s'engager aussi.

Nouvelle économie

Pourquoi cette méfiance sociale (et politique) ? D'abord, parce que les très jeunes, « on » (la société, les parents...) ne les croit pas capables de gérer une entreprise. « On » estime qu'il leur manque l'expérience, les diplômes quelquefois, l'argent souvent, sans parler du risque ! Ensuite, parce que les très jeunes, « on » estime qu'ils ont autre chose à faire, à 14, 15 ou 16 ans, et un peu plus, que de s'engager dans la vie entrepreneuriale, comme surtout mener leurs études à terme. « On » veut bien qu'ils aient une activité associative, à condition, s'ils sont mineurs, de ne pas la diriger ou de ne pas gérer la trésorerie (sauf autorisation parentale).

Aux très jeunes donc, les associations « junior ». Les « vraies » associations, pour les seniors. Et pourtant les très jeunes, mineurs ou non, créent des entreprises. Ils sont même à l'origine de l'invention, jadis, de « l'économie nouvelle », faite de startup. On sait combien les très jeunes - 16-17 ans - d'il y a 20 ans, se sont investis dans cette nouvelle économie. Ils avaient le talent pour cela, mais, comme ils manquaient souvent d'argent, ils ont parfois échoué dans leur action.

Ne pas subir

Aujourd'hui l'économie nouvelle s'appelle l'économie numérique. Elle est logée sur internet où elle étend partout sa toile. Dans un monde du chômage de masse et de précarité maximale, les jeunes entrepreneurs entreprennent, d'abord pour ne pas subir, ensuite pour montrer aux « vieux », souvent enfermés dans l'économie ancienne, qu'il n'ont pas de leçons à recevoir d'eux, pour se tirer d'affaire, et même réussir.

Ces jeunes sont Français, Américains, Canadiens, Indiens de plus en plus. Ils n'ont pas vraiment de patrie, juste une formidable envie, celle d'être acteurs de leur vie. Alors, oui, pour nos vieilles sociétés, ces très jeunes entrepreneurs transgressent les routines, les usages policés. Mais soyons-en sûrs, ils sont moins transgresseurs que transmetteurs d'énergie, inventeurs d'un avenir meilleur.

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Commentaires
a écrit le 16/03/2016 à 17:55 :
J'aimerais recevoir le livre dédicacé de Michel Fize ! Pouvez-vous m'envoyer, sur ce site, les renseignements SVP ? Merci !

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