Marine Le Pen sur la voie royale

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Si elle est "gérée" sans d'irréversibles dommages, la mise à mort politique de Jean-Marie Le Pen s'annonce comme une aubaine pour sa fille et ses affidés, enfin débarrassés de l'ultime obstacle à la normalisation du Parti... et de son programme. La route vers 2017 pourrait s'annoncer encore plus cahoteuse pour les formations républicaines, UMP en tête.

Enfin ! doivent penser nombre de cadres du Front national, en ces jours de mise à mort politique du père - non par sa fille mais par lui-même. Ouf ! doit éprouver une partie des militants et sympathisants des dernières années, séduits par une rhétorique populiste habilement dépouillée des oripeaux dont le fondateur aimait tant draper ses tirades. Ces adverbe et interjection, Marine Le Pen elle-même et sa garde rapprochée - Louis Alliot, Steeve Briois, Florian Philippot, Gilbert Collard - devraient la partager lorsque les répercussions familiales et politiques auront été déblayées.

Le spectre du  « suicide-assassinat » de Jean-Marie Le Pen

Certes, lesdites répercussions s'annoncent considérables : quelle position Marion Maréchal-Le Pen - jamais la petite-fille n'a aussi bien porté l'association des deux noms, eu égard aux déclamations du grand-père en faveur de Pétain - adoptera-t-elle ? Quelles vengeances le parti doit-il anticiper d'un homme qui en détient toute la mémoire, y compris la plus compromettante (financements, réseaux, etc.), et qu'un crépuscule aussi violent qu'il y a encore peu totalement inenvisageable peut rapprocher du spectre « suicide-assassinat » comparable à celui auquel le co-pilote de Germanwings s'est livré ? Quelle part de l'ADN « nouveau » du FN et des volumes d'adhésions Jean-Marie Le Pen représente-t-il encore et que son éviction pourrait assécher ? Comment, dans le très court terme qui la sépare du bureau politique du 17 avril appelé à désigner les têtes de liste aux Régionales et donc à écarter l'octogénaire du combat en PACA, la direction oeuvrera-t-elle pour que sa décision soit la plus incontestable possible sans pour autant ostraciser ni surtout victimiser l'icône qui incarne l'histoire du parti et à laquelle tant d'entre eux doivent tant ?

Une bien mauvaise nouvelle pour l'UMP

Mais une fois ces obstacles réglés s'ils le sont avec mesure, c'est-à-dire sans que le sang du grand-père n'éclabousse trop l'image du parti et surtout ne jette l'opprobre sur la fille, c'est bien sur une voie royale que Marine Le Pen pourrait se retrouver. Elle aura débarrassé sa formation politique des bactéries antisémites, révisionnistes, xénophobes et ouvertement fascistes, mais sait pertinemment que l'électorat sensible à ces idéologies continuera de voter pour le Front national : les racines que le grand-père a ensemencées et que la fille, avec grande habileté, laisse exister, assurent au parti d'héberger « pour toujours » un certain électorat sans se salir les mains à le courtiser. Ou comment accomplir la dédiabolisation sans s'interdire de recueillir les fruits des agissements diaboliques.
Imagine-t-on par ailleurs la force du message que la mise à l'écart de Jean-Marie Le Pen va délivrer auprès de cette frange de la population que seules les inacceptables diatribes du patriarche dissuadaient de rallier les rangs du FN ? Bien davantage que les doctrines du parti, Jean-Marie Le Pen demeurait le principal rempart à une plus large adhésion populaire ; ce rempart désormais abattu, plus rien ne devrait arrêter qui à droite de la droite républicaine qui au sein de populations vulnérables - ouvriers, chômeurs, précaires - culturellement à gauche et hostiles aux thèses racistes, de franchir désormais le Rubicon. Particulièrement pour l'UMP, le psychodrame frontiste constitue, à terme, une bien mauvaise nouvelle.

La dédiabolisation du parti annonce celle du programme

Plus rien alors ne devrait stopper la marche en avant de Marine Le Pen. En premier lieu la dédiabolisation définitive du support idéologique - c'est-à-dire le parti et son organisation - générera mécaniquement celle du programme ; la légitimité nouvelle, durablement enracinée et largement acceptée du Parti assurera automatiquement celle des idées. Y compris, notamment dans les champs économique et européen, les plus folles, les plus démagogiques, les plus dangereuses.

Quelques manifestations nauséabondes ont certes entaché leur mandat depuis un an - Fabien Engelmann maire d'Hayange condamné à un an d'inéligibilité, son alter ego de Villers-Cotterêts refusant de participer à la commémoration de l'abolition de l'esclavage, etc... et bien sûr des arbitrages budgétaires hautement contestables au plan moral -, mais la plupart des maires frontistes n'accusent pour l'heure guère de réprimandes factuelles. Et le 27 janvier dernier, sous les ors de l'Hôtel Lassay qui abrite la résidence officielle du président de l'Assemblée nationale, c'est bien à Steeve Briois, édile d'Hénin-Beaumont, qu'était remis le Prix du Trombinoscope saluant « l'action et le professionnalisme de personnalités politiques qui se sont particulièrement illustrées durant l'année écoulée ». Bref, et particulièrement depuis qu'il a entrepris la mise à l'écart et à mort politiques de son encombrant fondateur, le Front national est définitivement sur la voie de la normalisation. Il n'en sera que plus redoutable.

Pour aller plus loin >>  Dominique Méda : "Traitons le travail pour que le crime ne profite pas à Marine Le Pen"

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Commentaires
a écrit le 09/04/2015 à 20:40 :
Moi je dit vivement marine perso mon pere vie a henin beaumont et je vs assur ke ca bouge et ke les impotssssssss ont baisser
a écrit le 09/04/2015 à 16:55 :
Il est fortement déplacé de parler de "la mort politique de Jean-Marie Le Pen; une telle personnalité n'a que faire de cet argument risible. Il se trouve qu'il a toujours posé de façon polémiste mais prudente tout de même, des questions relatives à notre histoire sur lesquelles a été mis un tabou d'airain pour forger à la place une romance où l'on trouve les bons et les inévitables méchants de façon simpliste. Dispose-t-on du droit d'expression ? Peut-on contester la version historique officielle qui ne tient pratiquement plus debout ? Pour beaucoup cette question énerve, ils veulent entendre une version collégiale, éviter de se poser des problèmes, souvent pour cacher leurs propres turpitudes ou celles dont il profitent d'un système érigé sur ce dogmatisme. Pour d'autres il s'agit de la défense de la vérité et de la démocratie dont on ne saurait étouffer le sens. La majorité des gens penche tour à tour vers un tenant ou l'autre de ces thèses. Toute vérité est-elle bonne à dire ? Que de mafias a-t-on protégées avec cette remarque. Pour le cas de J-M LP, on a claqué sur son visage tout une frange de l'électorat français que l'après-guerre avait fait montrer anomalement du doigt. De Gaulle a fait en sorte qu'il en soit ainsi en réhabilitant sur les conseils des ses pairs anglais les socialo-communsites criminels de façon a donner artificiellement à la France une gauche et une droite, seules. Un pouvoir que l'on se partage entre soi tour à tour. On peut comprendre que l'homme ainsi écarté en ait été affecté et qu'il s'emploie depuis a faire triompher la thèse de la vérité, la sienne forcément. Mais pourquoi diantre ne le conteste-t-on pas historiquement en réouvrant ce débat qui n'a au vrai jamais eu lieu ? La gêne est palpable. On préfère envoyer les chiens.
a écrit le 09/04/2015 à 16:33 :
Je pense que M. Bourdin, croyant faire un scoop sur ce fameux entretien, vient de propulser Mme Le Pen à la Présidence. Et pour cause, jusqu'à présent, c'était la présence du père qui freinait l'expansion du parti. Si celui-ci en est écarté, plus rien ne s'opposera à son arrivée au pouvoir. Le piège s'est plutôt refermé sur le journaliste et aujourd'hui, il doit s'en mordre les doigts.
a écrit le 09/04/2015 à 15:48 :
Très bon article. Mais je pense que le FN ne sera pas si redoutable que ça, même si papy s'en va. Au début bien sûr, le parti se sentira des ailes. Mais à la longue, les "affaires" commenceront à êtres révélées, des malversations entacheront son image encore "toute propre" en apparence. Viendra alors la période de disgrâce et des tempêtes qu’il faudra bien passer. A mon avis, papy Le Pen aboie plus que ce qu’il mord. Il est juste malhabile. Ca thèse de la provoc à deux balles ne fonctionne plus, sauf pour quelques irréductibles. La nouvelle équipe, quant à elle, a vraiment les dents longues. Elle n’aboie pas mais mord profondément. Tout compte fait, je me demande si le papy ne suscitera pas, au fil du temps, plus de nostalgique. Il fait penser à un vieux bouledogue qu’on est en train de vouloir placer à la SPA après de bons et loyaux services. On a l’avenir qu’on peut dans un combat de chiens.
a écrit le 09/04/2015 à 15:34 :
Le FN monte, entre autres, car il a posé les questions que beaucoup se posaient.
ET que les autres formations politiques n'ont pas voulu apporter leurs propres réponses, préférant mieux "mépriser" ces sujets.
a écrit le 09/04/2015 à 14:22 :
Tout ceci est du cinéma. C'est Patrick Ollier (UMP) qui le dit le mieux. C'est une répartition des rôles au sein de l’extrême droite. Le père: "voyez comme je suis méchant", la fille:voyez comme je suie gentille. Les journaux arrêtent leur analyse à ce faux semblant. Personne ne rappelle la personnalité des membres du "FN nouveau". Ce qu'ils recherchent est et demeure un ordre nouveau. Que les journaux fassent leurs enquêtes au lieu de nous seriner avec ces stories telling (histoires toutes faites) écrites par ceux là même qui s'agitent.
Réponse de le 09/04/2015 à 15:46 :
Blanc bonnet et bonnet blanc:le père les fondamentaux et l'agit-prop,la fille la respectabilité.A la longue ça finit par se voir,va bien falloir faire un choix.Marine au gouvernement avec l'UMP (par ex) avec dans son parti,un père éructant ses sympathies pétainistes,révisionnistes et Algérie française,ça ne peut pas tenir longtemps.
a écrit le 09/04/2015 à 14:15 :
La mort politique de Le Pen,c'est la mort du FN.Marine est en train de suivre le même chemin que Fini en Italie:éliminer les fascistes ici,les pétainistes là,pour en faire un parti honorable, avec pour conséquence la perte de l'électorat historique et traditionnel et une fin a la Fini qui est complètement disparu de la scène politique,de même que le parti réduit a quelques caciques qui se vendent au plus offrant.
Réponse de le 09/04/2015 à 16:40 :
Je crois que vous faites fausse route ; si la minorité qui pensent comme le père se casse avec lui alors, le FN en ressortira plus fort. Par rapport aux autres partis comme le PS ou l'UMP où la plupart sont encore présents pour des actes de détournements de fonds, diverses condamnations, etc..C'est là que l'on va voir si Marine Le Pen a vraiment la carrure d'une Chef d'Etat. Et les autres vont avoir du souci à se faire.
a écrit le 09/04/2015 à 12:46 :
C'est quoi les formations "républicaines"? Celles qui depuis 40 ans considèrent que leurs promesses n'engagent que leurs électeurs? Celles qui contourne le résultat d'un référendum? Celles qui s'entendent pour se partager des prébendes?
Réponse de le 09/04/2015 à 14:24 :
On peut promettre monts et merveilles, mais lorsqu'on est confronté à la réalité....
Le FN propose un programme économique délirant basé sur ce que les gens veulent entendre pas sur la réalité du monde. Le PC, faisait le même genre de promesses en son temps!
On commence à voir que lorsque le FN est confrontés aux mêmes choses que les autres partis fait pareil qu'eux, les courants internes qui laissent apparaître les divisions, les arrangements avec la loi pour trouver des fonds (faux assistants parlementaires, micro partis...), les parachutages....
Comme pour tout c'est la réalité qui impose les actions.
a écrit le 09/04/2015 à 12:23 :
Excellente analyse. Au-delà de la façade des émotions, et des (pseudo?) luttes familiales, la conséquence "objective" risque d'être un afflux de voix, grâce à ce découplage entre FN et JM Le Pen. Une étude Ifop juin 2014, indique un potentiel supplémentaire autour de 5% ...
La conséquence de... la conséquence... est l'impact sur les autres partis UMP et PS. Marine Le Pen annonce depuis longtemps son objectif de devenir le premier parti à droite. La recomposition de la vie politique et des partis en France est en marche

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