La France face à la troisième révolution industrielle

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(Crédits : ©DRFP/Odile Jacob.)
La situation économique de la France demeure grave. Mais une lueur d'espoir apparaît toutefois avec l'amorce d'une reprise dans la zone euro après sept ans de stagnation globale de la zone. La France a-t-elle les atouts pour en profiter ? Par Christian Saint-Etienne, économiste, universitaire et professeur titulaire de la Chaire d'économie industrielle au CNAM.

Le monde bascule d'un modèle 2.0 à un modèle 3.0 de développement technologique, économique et social. Le modèle 2.0 est celui de la deuxième révolution industrielle liée à la mutation technique provoquée par l'électricité et le moteur à explosion qui ont transformé la production et les modes de vie des « années folles » aux « trente glorieuses ». Le modèle 3.0 advient par la révolution de l'informatique, de l'Internet, des micro-ordinateurs, tablettes et smartphones, qui a démarré dans les années 1980 et s'accélère depuis les années 1990 pour créer l'iconomie entrepreneuriale.

Il est important de ne pas confondre iconomie entrepreneuriale et économie numérique. Le secteur de l'économie numérique concerne les activités de traitement de données utilisées par les ménages et les entreprises sous forme de communication (Facebook, Twitter), de jeux vidéo, de musique, d'images, de films, ou les systèmes de traitement de données permettant, par exemple, de mieux cibler la publicité et la mise en relation entre les personnes.

Nouvelle nature de l'économie

L'iconomie entrepreneuriale comprend l'ensemble des secteurs économiques dont l'activité et les modes opératoires sont transformées par l'informatique, l'Internet et les logiciels en réseau, l'économie entrepreneuriale de l'innovation et l'industrie des effets utiles, c'est-à-dire, peu ou prou et à des rythmes différents, la totalité de l'économie. L'iconomie entrepreneuriale est la nature nouvelle de l'économie quand on cultive les champs de blé avec des tracteurs reliés au GPS pour modifier de dix mètres en dix mètres les intrants afin d'améliorer les rendements sans abîmer les sols, quand on marque les conteneurs avec une puce qui permet à de puissants logiciels de déterminer les modes de chargement et déchargement des bateaux, ou quand on optimise le fonctionnement des systèmes énergétiques et logistiques, etc.

Par exemple, les smart grids, c'est-à-dire les réseaux électriques intelligents, permettent d'optimiser la production, la distribution et la consommation d'électricité grâce à de puissants logiciels d'optimisation utilisant les données de compteurs électriques  intelligents. L'objectif est d'économiser l'énergie et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Changer de modèle

Les atouts de la France et sa capacité à bâtir un modèle 3.0 de développement économique et social sont considérables à condition de libérer les forces intellectuelles, scientifiques et techniques du pays. Il s'agit moins d'opérer des « réformes » que de changer de modèle, un modèle qui puise à nouveau dans nos traditions et savoir-faire et qui peut parfaitement être équitable, ce qui suppose une transformation de nos institutions. Nous devons formaliser le projet collectif favorisant l'essor d'une France 3.0 en phase avec le monde 3.0.

Mais comment promouvoir effectivement une  France 3.0 ? Nous devons écrire un nouveau contrat social, créer de nouvelles institutions, fondées sur des valeurs affirmées avec force. De fait, le problème de la transformation de la France n'est pas d'abord économique mais politique. On ne changera pas la donne économique sans bouleversement politique.

Prendre la mesure du monde 3.0

L'intelligence française, qui peut être brillante et puissante, à la fois analytique et synthétique, n'est que très rarement capable d'être stratégique. L'intelligence stratégique est la capacité de se penser dans le monde en partant du monde. L'intelligence française pense le monde en partant de soi. C'est en prenant la mesure du monde 3.0 que l'on transformera notre pays.

La France, après un démarrage difficile, a pu se rétablir dans les deux premières révolutions industrielles - à partir de 1830 pour la première et de 1900 pour la seconde - car elles étaient « nationales » et le nombre de pays acteurs de ces changements était réduit. Dans la troisième révolution industrielle en cours, la mutation est globale et le nombre d'acteurs en forte augmentation.

Le risque d'un déclassement brutal et durable apparaît pour la première fois, à cette échelle systémique, depuis la fin du XVIIème siècle.

Christian Saint-Etienne est l'auteur de La France 3.0. Agir, réinventer, espérer, paru en janvier 2015 aux Editions Odile Jacob.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2015 à 16:36 :
Mieux qu'un prof d'économie, des industriels et des chercheurs
a écrit le 03/04/2015 à 16:35 :
Pour obtenir des résultats, que tout le monde veut, comme dirait Lapalisse, il faut des moyens.
C'est là que le bat blesse.
Ce n'est pas avec un nouveau vocabulaire ou quelques petites expériences ponctuelles qu'on va tout changer.
a écrit le 03/04/2015 à 16:32 :
Je sais pas si c'est dans l'air du temps, mais avant la révolution industrielle 3.0, il y a un foisonnement de penseurs 2.0 qui ont les solutions à tout.
a écrit le 25/03/2015 à 13:32 :
Une formation _scientifique_* (l'économie est une science _humaine_, à ranger donc avec la psycholoqie ou la sociologie) aurait permis à Christian Saint-Étienne de comprendre que l'activité économique consiste à 1) transformer 2) des ressources naturelles.

1. Les ressources sont en partie non-renouvelables, soit par leur nature même (métaux : non-renouvelables à cause de leur dispersion et dégradation) soit par la population humaine trop importante (on est passé de 500 millions au 18ème siècle à 7 milliards aujourd'hui, et bientôt 9).

2. L'énergie aujourd'hui, ce sont les énergies fossiles à plus de 80%; énergies fossiles qui sont elles-même non-renouvelables, dérèglent le climat et sont pour partie proches de leur pic (pour le pétrole et le gaz).

De par ces contraintes _physiques_, la France 3.0, c'est le vélo (pour se déplacer) et le pull (pour se chauffer l'hiver).

"Entretien avec Philippe Bihouix", ingénieur, auteur de " L’Âge des low tech":
www.dailymotion.com/video/x20m2hy

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Saint-%C3%89tienne
a écrit le 25/03/2015 à 13:30 :
Article brillant, un professeur qui donne envie de connaître l'économie et avec optimisme en plus !!
L'intelligence française est brillante et puissante sans doute plus capable que d'autres de s'adapter au monde 3.0 que vous décrivez. De nombreux jeunes que vous croisez sans doute régulièrement démontrent qu'à l'étranger, ils se révèlent des acteurs incontournables du monde 3.0. Les réformes que vous appelez de vos voeux sont contenues dans les rapports commandés et consciencieusement "classés" voire interdits de publication par nos gouvernements socialistes de droite et de gauche de ces 40 dernières années.
La France 3.0 se déploie déjà et continuera de se développer..... hors de France au travers des français de l'étranger, le génie français est éternel !!!
a écrit le 25/03/2015 à 12:58 :
"L'intelligence stratégique est la capacité de se penser dans le monde en partant du monde" soit!! Mais, celle-ci n'est que la sommes de "l'intelligence" de chaque pays et donc sans consistance réelle mais supposée!
On reproche a la France d'être récalcitrante aux réformes mais cela n'est nullement vrai! La grande différence c'est que ces réformes sont imposée de l’extérieur et non pas, désiré de l'intérieur comme précédemment!
a écrit le 24/03/2015 à 17:14 :
Quel que soit le terme employé pour la qualifier, c'est belle et bien une révolution numérique que nous vivons. Les entreprises françaises doivent en prendre conscience et engager les actions nécessaires pour leur survie, car c'est bien de cela qu'il s'agit, quelque soit le secteur d'activité. Les politiques ont un rôle à jouer en favorisant cette mutation qui touche les entreprises mais aussi tous les services de l'Etat et la société dans son ensemble. Nous devons réfléchir aux conséquences sur l'emploi et sur notre modèle économique. Le travail sera t-il encore le moyen demain de gagner de quoi vivre?
Réponse de le 25/03/2015 à 12:15 :
Monsieur Saint Etienne est certes brillant, mais dommage qu'il ne s'en tienne qu'aux généralités. Il ne suffit pas de dire "réformes... réformes...réformes" comme un perroquet mais d'expliciter les réformes politiques qu'il serait bon d'envisager.

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