L'empire du football est réellement universel

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©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie
©Laurent Cerino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Durant un mois, la Coupe du monde de football sera l'évènement le plus commenté. La globalisation a donné au sport une dimension nouvelle. Il est même devenu un élément essentiel du soft power, mais le football est le seul empire qui s'est bâti de façon pacifique. C'est pour cela, qu'il s'inscrit bien plus dans la durée que les autres.

L'instrumentalisation des compétitions sportives pour servir le prestige d'un pays où la propagande d'un régime n'est pas un phénomène nouveau. Les J.O. de Berlin de 1936, qu'Hitler a voulu à sa gloire (mais qui fut celle de Jessie Owens) où la rivalité soviéto-américaine se retrouvait dans le décompte des médailles pour les Jeux Olympiques ou Nelson Mandela utilisant la Coupe du monde de rugby pour promouvoir l'unité de l'Afrique du Sud et la réconciliation post apartheid en sont quelques exemples bien connus.

Mais la globalisation est venue donner au sport et à son impact stratégique une dimension tout à fait nouvelle. L'importance que le sport a dans la société et dans les médias en fait un élément de puissance. Lors de la première Coupe du monde de 1930, la victoire de l'équipe de France lors de son premier match avait suscité quelques lignes de commentaires dans le quotidien sportif de l'époque, l'Auto. Aujourd'hui, tous les médias généralistes multiplient reportages et commentaires sur le mondial qui s'ouvre le 12 juin. C'est le sujet qui sera le plus commenté partout dans le monde jusqu'à la finale du 13 juillet. Personne ne peut y échapper.

Un impact universel

La télévision et sa retransmission par satellite ont créé un stade dont les capacités d'accueil sont illimitées et dont l'impact est universel. Le sport n'est plus comme à la fin du XIXe au début du XXe siècle un simple outil dans la préparation de la fonction combattante. Aujourd'hui plus encore que les grands écrivains, vedettes du showbiz ou leaders politiques, le champion sportif ou l'équipe nationale de sport collectif contribuent au prestige national, au rayonnement d'un pays et à sa notoriété positive. Tout le monde connait Cristiano Ronaldo, peu de gens connaissent le nom du Premier ministre du Portugal.

Dans un monde où l'information est de plus en plus répandue, où les gouvernements ont perdu le monopole qu'ils exerçaient sur elle, où à l'exception de la Corée du Nord, toutes les populations ont la capacité de s'informer, l'exploit sportif est devenu la manière la plus efficace pour susciter popularité et attractivité. C'est une démonstration de force, mais perçue comme positive, permettant de conquérir le cœur et les esprits, d'impressionner l'opinion publique mondiale. C'est l'un des rares domaines où la suprématie d'un pays ne suscite pas le rejet mais, bien au contraire, l'admiration et l'enthousiasme.

Un élément essentiel du soft power

L'Angleterre a inventé la démocratie moderne et le football. Elle a voulu, avec les États-Unis exporter la première par la force en Irak en 2003, ce fut un échec. Le second s'est développé tout seul. L'empire du football est réellement universel mais, à la différence de tous les autres, il s'est bâti avec l'enthousiasme des peuples conquis qui ne souhaitent en rien expulser le conquérant pour retrouver une souveraineté perdue. C'est le seul empire qui s'est bâti de façon pacifique. C'est pour cela qu'il est bien plus durable que les autres.

Le sport est devenu un élément essentiel du soft power : l'image, la popularité, le prestige l'attractivité sont devenus des éléments essentiels de la puissance.

La puissance sportive peut accompagner la puissance stratégique ou lui servir de substitut mais elle en est devenue un paramètre. Certains pays ont choisi de se loger dans une niche sportive pour multiplier leur reconnaissance internationale, d'autres estiment qu'être une grande puissance implique d'avoir une vitrine sportive faute de quoi la panoplie n'est pas complète.

 

 Pascal Boniface est l'auteur de "Géopolitique du sport", Armand Colin 2014. Il a également dirigé la publication du n° 94 de la RIS : "Football. L'empire pacifique".

 

 

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Commentaires
a écrit le 12/06/2014 à 11:17 :
Je ne sais pas si vous avez raison, mais ce que je constate c'est qu'il est plus facile d'être exposé aux frasques de joueurs médiocres qu'à de l'information de qualité.
La planète footballistique dont vous parlez est bien pauvre.

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