"Les promesses ne suffisent pas : les consommateurs veulent des preuves" (Markus Sandmayr, directeur général de Blédina France)

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(Crédits : DR)
Le leader de l'alimentation infantile affirme son engagement pour une agriculture plus durable au service des consommateurs comme des agriculteurs. Une démarche que défend Markus Sandmayr, directeur de la division nutrition spécialisée France du Groupe Danone qui regroupe l’alimentation infantile (Blédina S.A.) et l’alimentation médicale (Nutricia S.A).

Depuis la fin de l'année 2017, le siège de Blédina France est installé près de Lyon. Quel bilan tirez-vous de ce déménagement ?

Markus Sandmayr : Le berceau du groupe est à Villefranche-sur-Saône, pas loin d'ici, où nous avons encore notre usine historique de production de céréales. C'était important de rester dans ce berceau, mais nécessaire de se rapprocher de la métropole de Lyon. Nous y sommes très bien accueillis dans un siège moderne et lumineux. C'est un lieu d'échanges, largement ouvert aux fournisseurs et aux consommateurs autour de notre cuisine collaborative.

Nous évaluons régulièrement le niveau de satisfaction de nos collaborateurs par sondage et les résultats sont très positifs. Nous l'avons conçu avec eux et le faisons régulièrement évoluer. Par exemple, nous avons introduit une conciergerie solidaire, une salle de sport et nous allons prochainement faire évoluer notre service médical en aménageant un espace zen adapté aux microsiestes.

Le lieu s'adapte : nous allons ouvrir un espace de coworking à l'entreprise Startway et une partie du siège est déjà en collocation avec le Crédit-Agricole. Outre Lyon, nous avons une empreinte industrielle française équilibrée avec Villefranche-sur-Saône, près de Lyon, mais aussi notre plus grande usine à Brive-la-Gaillarde en Corrèze - d'où provient notre gamme bio - et Steenvoorde, dans les Haut-de-France, pour le lait infantile. C'est important pour le consommateur de savoir d'où proviennent les ingrédients et où sont fabriqués nos produits.

Depuis 2018, le Groupe Danone s'est engagé dans cette transparence et plus généralement en faveur d'une alimentation et d'une agriculture plus durable. Comment cette promesse se traduit-elle chez Blédina ?

Cet engagement se traduit en trois actes : la transparence sur les matières utilisées dans nos produits, l'introduction de produits bio dans nos gammes et le soutien à l'agriculture régénératrice. Ce n'est pas simplement une agriculture biologique, mais bien une agriculture avec une empreinte plus large, une pratique différente qui préserve les sols, qui s'intéresse à la question de la préservation de l'eau, la biodiversité et le bien-être animal. Ainsi, nous nous sommes engagés à produire avec 100 % de produits cultivés en France issue de l'agriculture régénératrice en 2025.

Chez Bledina, nous avons réalisé le plus grand lancement de produits bio en 2018. Nous nous sommes aussi engagés à utiliser dans nos recettes 80 % d'ingrédients issus de l'agriculture française d'ici 2020. Mais la production actuelle ne suffit pas : nous devons aller plus loin.

C'est pour cela que nous soutenons plusieurs programmes d'accompagnement. Nous venons de signer, notamment avec l'Institut Technique de l'Agriculture Biologique (ITAB), un programme d'accompagnement, Milpa, qui vise à accompagner près de 100 exploitations agricoles dans leur conversion vers le bio et l'agriculture régénératrice d'ici à la fin du premier semestre 2021.

Comment, concrètement, allez-vous soutenir cette transition agricole ?

Notre soutien se fait à la fois sur un plan technique et financier. Il faut se rappeler que le processus de conversion vers le bio est de 3 ans pour les légumes et 5 ans pour les fruits, c'est donc un engagement sur le long terme, mais qui induit aussi des pertes momentanées d'exploitation. Aux agriculteurs en conversion, nous verserons une prime pour compenser ces pertes et soutenir leur volonté de changement.

Avec Milpa, nous allons pouvoir mener avec nos partenaires des expérimentations sur de nouvelles variétés de légumes par exemple, favoriser les bonnes pratiques, etc. Nous allons aussi profiter de ce partenariat pour accentuer les échanges et l'éducation des consommateurs, favoriser leur implication dans l'alimentation jusqu'à ce que l'on arrive à reconnecter le grand public avec la terre. Pour le moment, nous sommes engagés sur trois ans. (Blédina ne souhaite pas communiquer sur le budget global dédié, NDLR)

Pourquoi estimez-vous que vous avez un rôle d'intermédiaire à jouer entre le consommateur et l'agriculteur ?

La profession est sous pression. Il est de la responsabilité de Blédina, mais aussi pour le groupe, d'aider à trouver des solutions. Cela relève de notre engagement citoyen. Il est nécessaire de renforcer l'éducation autour de l'agriculture, la terre, on note le succès grandissant de notre opération La cueillette des curieux. Chaque année depuis deux ans, nous permettons à près de 3000 enfants et parents de rencontrer une douzaine d'agriculteurs partenaires.

Nous travaillons avec nos agriculteurs depuis longtemps, certains depuis trente ans. Ce qui implique qu'ils produisent pour le marché du baby food des produits de haute qualité avec des exigences élevées, sans résidus de pesticides. Nous les aidons à valoriser ce savoir-faire. Par exemple, l'un de nos producteurs de carottes peut vendre sa production à Intermarché avec la mention baby grade, un haut standard de production.

Autre levier d'action pour engager le consommateur : lui permettre de soutenir les projets d'investissement des agriculteurs via la plateforme de financement participatif Miimosa que nous accompagnons. En 2019, nous avons récolté avec les citoyens, près de 60 000 euros pour financer 6 projets d'agriculteurs partenaires.

L'ensemble de cette démarche est validé par une certification B Corp que Blédina a obtenu en début d'année. Pourquoi avez-vous cherché à obtenir cette reconnaissance ?

Les promesses ne suffisent pas. Les consommateurs veulent des preuves. Le label est la reconnaissance du travail réalisé avec nos agriculteurs partenaires et de nos engagements à les accompagner vers des pratiques de production plus responsables. Il met également en avant nos bonnes relations avec nos fournisseurs.

Mais pas seulement. Il permet d'évaluer nos méthodes et nos conditions de travail, à notre siège social, à Lyon, mais aussi dans nos trois usines de production française ou encore notre positionnement sur la question de l'égalité homme-femme. Blédina, avec l'autre marque du groupe Les deux vaches, se pose comme précurseur dans le groupe pour la France, mais aussi pour d'autres pays. Ainsi, le groupe a décidé d'engager la certification pour les autres marques d'ici 2030.

Au-delà du groupe, nous souhaitons faire connaître ce label et inciter d'autres entreprises qui pensent de la même façon à rejoindre le mouvement, par exemple Bjorg, une autre marque bio implantée près de Lyon. Nous allons également sensibiliser les citoyens, de tous âges. Par exemple, nous souhaitons faire connaître cette certification aux étudiants des grandes écoles lyonnaises, comme l'Isara ou emlyon business school.

Malgré ces efforts, votre position de leader semble chahutée par ces nouvelles exigences des consommateurs comme de la société...

Blédina est toujours leader du marché de l'alimentation infantile, avec 50 % de part de marché. Mais ce marché est lui-même en recul, impacté par la baisse des naissances comme par la tendance du "fait maison".

Pour y faire face, nous renforçons nos recherches et souhaitons innover par le lancement d'une gamme à mélanger, une gamme de produits conditionnés dans la taille adaptée qui permet de composer soi-même, en quelques minutes, des petits plats en y ajoutant une touche personnelle.

Sur le marché du bio, en forte croissance, nous sommes pour le moment troisième. Mais notre ambition est de devenir le leader d'ici à 2020.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2019 à 17:20 :
"par la tendance du "fait maison"."

Et il faut que ce soit une tendance forte puisque le couple parisien qui débauche à 19h, se tape deux heures de transport, les courses et-c... pour ensuite faire à manger, chapeau, l'humanité est quand même toujours aussi extraordinaire.

Quand la classe productrice dépasse la classe dirigeante.

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