Jean-Charles Foddis  (Aderly) : "Les freins à l'attractivité sont nationaux, pas locaux"

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Jean-Charles Foddis dirige l'Aderly depuis cinq mois.
Jean-Charles Foddis dirige l'Aderly depuis cinq mois. (Crédits : Laurent Cerino / ADE)
Le directeur opérationnel de l'Aderly, Jean-Charles Foddis, a pris les rênes de cette agence en septembre dernier, après une expérience de 22 ans dans des grands groupes industriels, des PME et des startups. Il arrive au moment où les souscripteurs publics sont soumis à de fortes contraintes budgétaires liées à la baisse de leurs dotations. Alors que le scandale Erai est encore présent dans les esprits des dirigeants, il considère que la large gouvernance met l'Aderly, co-présidée par la CCI métropolitaine et la métropole de Lyon, à l'abri de telles dérives.

Acteurs de l'économie - La Tribune. Vous dirigez l'Aderly depuis cinq mois. L'agence, qui emploie 35 collaborateurs, est financée par des subventions publiques. Or, ses souscripteurs, au premier rang desquels la CCI métropolitaine et la métropole de Lyon, doivent tailler dans leurs dépenses en raison d'une diminution de leurs ressources fiscales ou de la baisse des dotations de l'Etat. Restez-vous serein quant à la pérennité de leur niveau de contribution financière respective ?

Jean-Charles Foddis : Certes, l'heure est aux contraintes budgétaires dans l'environnement institutionnel. Mais, tant du côté de la CCI que de la Métropole, il existe une vraie affirmation pour considérer que l'Aderly est une priorité. Nous devons utiliser au mieux les moyens* qui nous sont donnés et qui nous permettent de bien travailler. Nous réfléchissons à la manière de nous adapter à une situation qui exige que nous soyons créatifs. Toutefois, nous n'en sommes pas encore à étudier de nouvelles sources de revenus.

Reste que Christophe Guilloteau, le président du conseil départemental du Rhône, a récemment estimé qu'il n'en avait pas pour son argent. Dans cette interview publiée par le magazine gratuit "Le Nouveau en Beaujolais"  il laisse entendre que le contrat qui le lie à l'Aderly jusqu'en 2017 et portant sur 300 000 euros n'irait pas à son terme. Vous l'a-t-il confirmé ?

Les déclarations du président du Nouveau Rhône constituent une incertitude pour notre budget 2016 qui sera voté mi-avril. J'espère que sa décision n'est pas définitive. Je préciserai qu'en 2015, six des sociétés que nous avons accompagnées se sont implantées dans ce territoire en apportant 83 emplois. Et 23 projets sont au stade de la prospection.

Par ailleurs, deux personnes supplémentaires ont été allouées à l'équipe spécifiquement dédiée au Nouveau Rhône et s'appuyant sur tous les collaborateurs de l'Aderly. Ce territoire départemental bénéficie d'un vrai effet d'entraînement de la part de la Métropole. Il est vrai aussi qu'en 2017, la question de sa participation à l'Aderly se posera puisque la loi NOTRe retire la compétence économique aux départements.

Toute cette polémique n'a-t-elle pas été provoquée par la décision de Blédina, filiale du groupe Danone, de transférer son siège historique de Villefranche-sur-Saône, vers Limonest, dans la métropole de Lyon ?

Blédina n'est pas un sujet pour l'Aderly, car nous ne sommes pas intervenus dans ce dossier. On peut comprendre la réaction de Villefranche-sur-Saône. En même temps, c'est une bonne nouvelle que ce groupe ait choisi de s'installer à mi-distance entre la capitale du Beaujolais et Lyon, alors qu'il aurait pu s'en aller ailleurs.

La CCI métropolitaine, née le 1er janvier dernier, et qui vous finance, englobe désormais Roanne qui n'entre pas dans le champ de prospection de l'Aderly, tout au moins à ce stade. Est-ce prévu ?

Tout est ouvert, mais nous n'en avons pas encore parlé. Depuis un an, le territoire dont s'occupe l'Aderly a beaucoup bougé du fait de la reconfiguration de la Métropole et du Département ainsi que de l'entrée de Saint-Étienne dans l'agence. Tout ne peut pas se faire en même temps.

Jean-Charles Foddis

"J'espère que sa décision n'est pas définitive", affirme Jean-Charles Foddis, en réaction aux propos de Christophe Christophe Guilloteau." (Crédits : Laurent Cérino / ADE)

Quelle est votre feuille de route par rapport à l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry qui n'est pas dans la Métropole ?

Avant que nous élaborions une feuille de route, il faut au préalable que le schéma de développement de cette plateforme soit défini par le futur exploitant. Cependant, nous pouvons d'ores et déjà faire remonter les besoins des entreprises. Un aéroport fort est un levier important d'attractivité. Une chose est certaine, il faut réduire l'écart existant entre son rang de 49ème plateforme européenne et le classement de la Région dans le Top 10.

Quels sont les autres points faibles du territoire en matière d'attractivité ?

Je ne vois pas de lacunes majeures, mais des marges d'amélioration. Demeure ce décalage entre le savoir-faire et le faire-savoir. Nous avons la capacité de pousser plus loin les filières stratégiques : sciences de la vie, cleantech (technologies vertes et éco-innovations) et numérique. C'est à l'échelle nationale que se situent les principaux freins. L'instabilité réglementaire empêche les entreprises de se projeter dans l'avenir quand elles étudient une implantation.

Est-ce pour cette raison que les projets sont moins créateurs d'emplois qu'auparavant ?

Cette tendance à la réduction du nombre des emplois créés est un constat qui ne s'observe pas uniquement en France. Elle s'inscrit dans une logique de prudence dans un environnement économique cyclique. Toutefois, elle est moins prononcée dans les pays comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

La diminution de la taille des projets vous a conduit à augmenter le nombre d'installations pour atteindre les 2 000 emplois créés à trois ans. La gestion de ces petits projets, qui prennent autant de temps que les plus importants, ne vous pose t-elle pas un problème de retour sur investissement ?

Notre objectif est d'attirer cent sociétés et d'y arriver le plus vite possible. Nous avons affecté tout un travail sur l'optimisation du management des projets. Cela nous a amenés à opérer un classement précis afin de mieux orienter nos ressources vers les dossiers qui peuvent le mieux avancer et ceux qui présentent le plus grand potentiel.

Jean-Charles Foddis

"L'instabilité règlementaire empêche les entreprises de se projeter dans l'avenir quand elles étudient une implantation." (Crédits : Laurent Cérino / ADE)

Parmi les 92 entreprises qui se sont installées l'an dernier, 47 % étaient de nationalité étrangère. Pouvez-vous rappeler vos zones de prospection traditionnelles et celles, plus émergentes, où vous commencez à jeter vos premiers jalons ?

L'Amérique du Nord demeure une cible géographique forte. Aussi bien les USA dont les investissements pourraient être renforcés par le Big Booster (le programme international d'accompagnement des startups prometteuses lancé par la Fondation de l'Université de Lyon, NDLR) que le Canada avec le support apporté par la ligne Lyon-Montréal.

Nous misons toujours sur l'Europe du Nord car la région lyonnaise peut servir de point de distribution des entreprises de ces pays vers l'Afrique du Nord, notamment. Outre la Chine et le Japon qui restent des pourvoyeurs de projets pour les filières stratégiques, nous nous intéressons au Brésil, au Mexique et à la Russie.

Comment vous y prenez-vous concrètement pour conquérir ces nouveaux marchés ?

Nous avons différents modes d'action. Nous profitons des missions de prospection conjointes menées par la CCI et la Métropole. Nous utilisons les moyens de Business France pour des missions ciblées comme au Brésil concernant la dermo-cosmétique et les dispositifs médicaux. Nous saisissons aussi l'opportunité de salons et des réseaux qui se développent autour des clusters et pôles de compétitivité.

Jean-Charles Foddis

"L'environnement sera plus incertain en 2016 qu'en 2015", estime le patron de l'Aderly. Crédits : LC/ADE

La faillite d'ERAI (Entreprise Rhône-Alpes International) a t-elle entravé votre action ? La Région doit-elle créer un nouvel outil pour remplacer cette agence ?

ERAI était un partenaire de l'Aderly. Mais sa disparition n'a pas de conséquences majeures et nous l'avons compensée en nous tournant vers d'autres acteurs. Quelle que soit l'initiative qui sera prise pour la suite, il faut qu'elle se fasse en cohérence et sans redondance avec ce qui existe. La Région et la Métropole doivent bien coopérer.

Lire aussi : Erai, l'autopsie d'un scandale

L'Aderly est-elle à l'abri d'un scandale tel celui d'ERAI où tout le monde a longtemps fermé les yeux sur les dérives pourtant pointées par des audits financiers ?

La gouvernance de l'Aderly est large et attentive. Il y a 23 membres au conseil d'administration où siègent, en particulier, deux groupes privés, le japonais Jtekt et l'espagnol Prosegur. La co-présidence est assurée par la Métropole et la CCI. Le comité exécutif est composé de six personnes : Emmanuel Imberton et Xavier Pelletier, pour la CCI et David Kimelfeld et Jacques de Chilly pour la Métropole, Corinne Chirat, secrétaire général de l'Aderly et moi-même.

Comment voyez-vous 2016 ?

Les attentats du 13 novembre ont provoqué le report ou l'annulation de déplacements de candidats potentiels. Trois mois plus tard, il est trop tôt pour tirer le bilan de l'impact dans le temps de ces évènements. Toutefois, les projets les plus matures continuent d'avancer. Mais l'environnement sera plus incertain en 2016 qu'en 2015.

*4,699 millions d'euros de budget en 2015 : 2,351 million pour la Métropole, 1,794 CCI; 300.000 département du Rhône, 100.000 Saint-Etienne, 27.000 Medef et autres financeurs pour 127.000 euros.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2016 à 8:15 :
Certes, les propos du directeur de l'Aderly ne peuvent rester que dans le convenu ou le "politiquement" correct. Il ne faut toutefois pas se voiler la face. La chasse aux sorcières fiscale menée contre les entreprises et investisseurs en place, le maquis réglementaire et une demande interne atone ne peuvent que dissuader les nouveaux entrants potentiels à aller vers des cieux plus cléments et surs.

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