Laurent Fiard : « Visiativ est et restera ma priorité »

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Laurent Fiard a été élu président du Medef Lyon-Rhône, le 10 juin dernier © Laurent Cérino/Acteurs de l'économie
Laurent Fiard a été élu président du Medef Lyon-Rhône, le 10 juin dernier © Laurent Cérino/Acteurs de l'économie (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
A 49 ans, Laurent Fiard vient d’être élu à la présidence du Medef Lyon-Rhône. Un baptême du feu institutionnel pour le patron du concepteur de logiciels Visiativ choisi pour dynamiser une organisation patronale traditionnellement pilotée par les caciques de la métallurgie ou du BTP. Aujourd’hui d’une grande prudence, saura-t-il exercer cette responsabilité dans la peau de l’entrepreneur davantage que dans celle du politique ? Et y consacrera-t-il le temps et l’énergie nécessaires ?

Visiativ, votre entreprise de logiciels, est entrée en Bourse le 21 mai. Son chiffre d'affaires connaît une croissance continue. L'innovation est au cœur de son ADN, en droite ligne du Cluster Edit que vous présidez et de l'accélérateur Axeleo que vous avez initié. Pourquoi vous êtes-vous engagé à présider une institution patronale quelque peu vieillissante voire « encroutée » ?

Son image est peut être vieillissante mais ce n'était pas la réalité. La rencontre avec les acteurs du Medef Lyon-Rhône a été déterminante. Avant même d'avoir vu les permanents, j'ai constaté une dynamique composée de femmes et d'hommes qui réfléchissent et participent continuellement à trouver des solutions pour développer l'économie du territoire. Ce que l'on recherche tous d'ailleurs.

Les institutions patronales ont été les actrices, ces dernières années, de luttes intestines qui ont eu pour théâtre notamment les chambres consulaires et ont été dévastatrices pour l'image même du patronat. Qu'est-ce qui peut motiver un entrepreneur à prendre place dans un tel mic-mac ?

C'est sans doute pour cela que l'on m'a choisi ! Pour l'heure, je ne me positionne pas, j'écoute les adhérents, les pouvoirs publics, l'équipe en place. J'ai un œil extérieur, et fais en sorte de n'avoir ni préjugés ni contraintes pour favoriser l'innovation (non technologique), dans l'espoir d'apporter un regard croisé entre différents entrepreneurs, de créer de la richesse et de l'emploi. Quant au côté « syndicat » du Medef, il porte en lui une dimension contestataire et politique dont certaines manifestations objectivement peuvent agacer l'entrepreneur que je suis. Même si je conçois que certains de mes coreligionnaires ont besoin d'oxygène dans un contexte difficile.

Vous procédez au processus de rajeunissement du Medef Lyon-Rhône, et votre nomination participe à celui du paysage institutionnel. L'heure est-elle à un grand « coup de balai » pour permettre l'émergence de nouvelles générations de décideurs ?

Le monde bouge. La nouvelle génération est sans doute plus ouverte que l'ancienne mais cette dernière demeure essentielle car elle apporte son expérience, son expertise.

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Comment allez-vous pouvoir concilier votre charge d'entrepreneur d'une entreprise en pleine croissance avec celle qu'exige l'exercice de président du Medef ?

La même logique s'impose lorsque l'on dirige une entreprise : la charge est lourde mais il faut savoir bien déléguer. Ce qui ne signifie pas « ne pas contrôler ». Il faut être entouré d'une équipe avec laquelle se nouent complicité et cohésion ; je ne suis donc pas inquiet. Visiativ demeure ma priorité, tout comme la filière du numérique à laquelle je me consacre fortement. Aujourd'hui, je ne veux rien faire dans l'urgence : je veux prendre le temps de bien comprendre afin de présenter, après l'été, une feuille de route. Nombreux sont les entrepreneurs qui souhaitent faire « bouger les choses » et qui se mobilisent dans ce dessein. Eux et moi nous inscrivons dans une dynamique, qui elle-même, épouse celle que mon prédécesseur Bernard Fontanel avait initiée. C'est motivant.

Quel bilan objectif dressez-vous de ses six années au poste de président du Medef Lyon-Rhône ?

Il est positif. Ne serait-ce que lorsque l'on regarde, quantitativement, le nombre d'adhérents, ou encore la manifestation du Printemps des entrepreneurs. Le travail de Bernard Fontanel a permis au Medef d'exister à Lyon, ce qui n'était pas toujours le cas avant lui.

La légitimité du poste que vous occupez tient-elle au fait que vous demeurez un vrai patron ?

Contrairement à ce qui a pu être colporté, je n'étais pas le seul candidat au poste. Le choix du bureau et de tous ceux qui portent le Medef était clair : « On veut un véritable entrepreneur », c'est-à-dire un patron qui, de la création à la croissance, a connu les différents cycles, certains mêmes complexes, de la vie de l'entreprise. Que je sois issu du secteur numérique n'a pas été un élément déterminant dans ce choix. C'est là à la fois une opportunité et une menace - tout dépend de quel côté on se place. Une opportunité car il s'agit d'un changement vis-à-vis des autres Medef, et peut-être aussi une menace vis-à-vis des grandes branches professionnelles qui pourraient avoir peur que leur représentant ne les comprenne pas. Or, j'ai l'avantage de travailler avec 5 000 clients du secteur industriel. Je me sens donc à l'aise avec les préoccupations de l'IUMM car j'y suis indirectement confronté chaque jour. Idem avec le BTP. Et ainsi je peux appréhender les préoccupations de tous les types d'industries, différentes du numérique. Ma vision est que tout converge.

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Avez-vous pour mission de rééquilibrer le rapport de force avec une CGPME puissante dans la région, portée par un omniprésent président (François Turcas), bien organisée et implantée dans les réseaux « qui comptent » ?

En tant que chef d'entreprise de Visiativ, je suis adhérent à la fois de la CGPME et du Medef, et donc je connais bien les deux équipes. Le meilleur exemple de l'entente entre les deux organisations est l'opération des « cartons jaunes » réalisée l'an dernier ; qu'on peut toutefois savoir « aussi » critiquer car on ne peut manifester la contestation de cette seule manière. On peut donc initier des actions communes en évitant les conflits et les frictions historiques qui ont fait tant de mal. Je suis favorable à l'unité patronale. Ce qui m'intéresse est donc de valoriser l'entreprise et l'entrepreneuriat et d'être dans une dynamique de richesse.

Vous ne prenez pas de position politique, mais un mandat de patron du Medef porte de facto une signification politique. Particulièrement dans le contexte national. Comment l'abordez-vous ?

J'espère pouvoir apporter du pragmatisme. Je me sens assez libre pour faire avancer des sujets politiques sans pour autant m'impliquer politiquement. S'occuper de l'entreprise en ne prenant pas de position politique n'est pas négatif.

Quel bilan dressez-vous de la première année de présidence de Pierre Gattaz ?

En terme de visibilité, il conduit l'organisation dans le bon sens. D'ailleurs la CGPME s'en plaint un peu. Pierre Gattaz est un vrai chef d'entreprise, à l'instar de Laurence Parisot, mais appréhende les enjeux différemment. Reste qu'une année, c'est court pour juger. A ce niveau de poste la complexité de la tâche relève surtout de la communication...

…Or en la matière, il n'a pas manqué de commettre des erreurs…

C'est un exercice difficile, et il est exact que dans ce domaine il existe une marge de progression.

Partagez-vous toutes ses prises de position dans le cadre du Pacte de responsabilité ou du non engagement des patrons en matière d'emplois ?

Le Medef Lyon-Rhône se place dans la dynamique des dossiers nationaux. Et il est utile de rappeler que la genèse du Pacte de responsabilité vient du Medef et de Pierre Gattaz. Les pouvoirs publics ont donné un nouveau nom, mais c'est lui qui a fait le premier pas. Sa fermeté est légitime. Lorsque nous gérons une entreprise, nous avons besoin de visibilité, d'engagement, d'action et de rapidité d'exécution.

Quel rôle le Medef compte-t-il exercer dans le processus de construction de la future Métropole lyonnaise ?

Peu visibles et pourtant très dynamiques, les équipes du Medef Lyon-Rhône s'investissent sur des sujets aussi importants que les stages, le handicap, ou les relations écoles-entreprises. Des leviers pour essayer de fédérer localement, et cela par exemple dans le cadre de la construction de la Métropole. Comme je l'ai fait avec le cluster Edit, si l'on veut de la visibilité et de la rapidité d'exécution, il est préférable de fédérer plutôt que de s'éparpiller. Mais pour cela il faut répondre à une problématique : dynamiser la nouvelle puissance collective tout en respectant les services de proximité.

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Quel discours tenez-vous dans le cadre de la très contestée réforme consulaire ?

Ce dossier n'est pas simple, et j'essaye de le comprendre. Ce qui est incontestable, c'est l'exigence de limiter les dépenses publiques. Tout le monde s'y accorde...

…Ce qui signifie donc que vous souscrivez aux exigences d'économie et de rationalisation que le gouvernement veut imposer aux chambres consulaires ?

L'une des contraintes du projet est d'harmoniser la situation. On ne peut pas reprocher à l'Etat de ne pas aller assez vite en matière de contrôle des dépenses publiques, mais les efforts doivent être partagés. Seul un travail collectif permettra de trouver les bonnes solutions, qui prendront en compte la nécessité aussi bien d'assurer des services de qualité que d'honorer les contraintes budgétaires.

Souscrivez-vous pleinement aux prises de position du président de la CCI de Lyon Emmanuel Imberton ?

Je ne prendrais pas le risque d'en prendre une sans en connaître les tenants et aboutissants. Et honnêtement, je ne suis pas sûr que la décision soit aussi tranchée sur le sujet.

Lyon est candidate au label French Tech. Le Grand Lyon mise fortement sur la filière numérique. Le choix est-il judicieux ?

Il serait incroyable et même il est impensable que Lyon ne soit pas labellisée Ville numérique. Les initiatives menées ont permis de fédérer des actions et des moyens auparavant éparpillés. Je me félicite que le Grand Lyon ait pris l'ampleur de la situation et exerce son rôle fédérateur entre les différents acteurs afin que tous ensemble nous puissions réfléchir à construire une image du Rhône et de Lyon Numérique. Or ce n'était pas gagné. Une enveloppe de 200 millions d'euros lui sera consacrée, la ministre Fleur Pellerin a fait, à l'époque, un bon discours. Mais attention, je demande encore à voir les actions concrètes de la French Tech du côté des pouvoirs publics. Or des signes m'inquiètent. La dynamique de startups est utile, j'ai d'ailleurs été à l'initiative de l'accélérateur Axeleo, mais cela ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. En d'autres termes, il faut aussi s'occuper des PME en croissance et des ETI performantes. On ne va pas tout révolutionner ou tout fonder sur les startups en voulant créer quelques pépites alors que d'autres sociétés fonctionnent bien depuis longtemps. Je n'ai pas encore bien compris ce que les entreprises allaient gagner. Mais il serait catastrophique pour le développement économique du territoire que Lyon n'obtienne pas le label French Tech. Ne reproduisons l'erreur de l'Idex. Et pour cela, soyons tous solidaire et dépassons les égos.

Bernard Fontanel président du Medef et Bernard Fontanel président du conseil de surveillance de l'entreprise familiale éponyme ont fait l'objet de suspicion de conflits ou au tout au moins de convergences d'intérêts. Avec la French Tech, vous-même n'allez pas échapper au risque. Comment pensez-vous le conjurer ?

Je me doute bien que lorsqu'on occupe des responsabilités publiques et institutionnelles comme les miennes au sein du Medef on prend le risque de s'exposer. Et d'ailleurs la bruyante manifestation des intermittents du spectacle devant les bâtiments de mon entreprise (le 18 juin, Ndlr) en est la preuve. Les clients de Visiativ sont quasiment tous privés et répartis dans la France entière, et notre activité ne nous positionne pratiquement jamais dans les marchés publics.

 

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