Lamy & associés : Fiducial coiffe EY sur le poteau

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L'offre de Fiducial, apportée par l'un des associés de Lamy par ailleurs conseil de Christian Latouche, est apparue comme une alternative - face à l'offre de E&Y - à même de projeter le cabinet dans une nouvelle dimension.
L'offre de Fiducial, apportée par l'un des associés de Lamy par ailleurs conseil de Christian Latouche, est apparue comme une alternative - face à l'offre de E&Y - à même de projeter le cabinet dans une "nouvelle dimension". (Crédits : DR)
Coup de tonnerre dans le milieu des grands cabinets de droit des sociétés : le fleuron lyonnais Lamy & associés s'offre à un nouveau propriétaire, et c'est finalement au sein du conglomérat Fiducial, présidé par Christian Latouche, plutôt que chez EY, favori il y a encore peu, qu'il inscrit son avenir. Une "première" - annonciatrice de commentaires contrastés voire enflammés au sein de l'aréopage des professionnels du droit - dictée par la nécessité de financer les importantes transformations qu'impose un secteur en profonde mutation.

EY ? Fiducial ? Fiducial ? EY ? Après plusieurs mois d'atermoiements, et alors que l'option du géant anglo-saxon semblait acquise auprès d'une majorité d'entre eux, c'est finalement dans le giron du conglomérat de Christian Latouche que les neuf avocats seniors associés au capital ont décidé d'écrire l'avenir de Lamy & associés, l'un d'un principaux cabinets lyonno-parisiens de droit des sociétés (50 avocats, 11,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015).

Le montant de la transaction reste secret, toutefois on affirme au sein de Lamy & Associés que l'offre de Fiducial, "strictement égale" à celle de EY, "n'a fait l'objet d'aucune surenchère ; seul le choix d'exercice professionnel a prévalu". L'argument suffira-t-il pour desserrer les mâchoires au sein d'EY ?

Âpres débats internes

Les débats furent âpres au sein du cabinet fondé par Bruno Lamy en 1965. Selon nos informations, EY, en quête d'extension de ses activités contraintes par la loi de renouvellement des mandats de commissariat aux comptes limité à 6 ans, aura longtemps tenu la corde, jusqu'à obtenir de la quasi totalité des associés de Lamy un accord de principe pour rallier ses rangs.

"Le projet était séduisant", reconnait l'un d'eux. A la clé, des moyens substantiels pour investir et se développer dans des domaines clés - communication, numérique, systèmes d'information, data, ressources humaines -, l'apport d'expertises peu exprimées au sein du "Big" massivement mobilisé dans la spécialité fiscaliste, un réseau alléchant de nouveaux clients potentiels.

Mais aussi le spectre de nombreux conflits d'intérêts, une attention peu évidente pour l'activité judiciaire et contentieuse, une identité anglo-saxonne et mondialisée dissonante de celle, "franco-française, garantie d'indépendance et de sécurisation de l'information à laquelle nos clients sont très attentifs". Surtout, un écart culturel et organisationnel auquel l'un des associés "pilier" de Lamy, opposé au projet, est parvenu à sensibiliser ses consœurs et ses confrères.

EY finalement écarté

L'indépendance, l'agilité et la réactivité caractérisent en effet depuis plusieurs décennies le cabinet Lamy & associés. Ces propriétés se sont forgées dans une logique de croissance exclusivement organique, dans un modèle de rémunération des associés singulier - une stricte égalité, indépendante du volume de chiffre d'affaires généré et qui assure la "bonne circulation" des dossiers d'un avocat à l'autre en fonction des spécialités -, dans la préservation d'une "taille humaine", et dans une culture de l'innovation et de l'entrepreneuriat qui a vu l'enseigne figurer très vite en tête des cabinets lyonnais et engager, parmi les premiers, d'importants virages stratégiques : statut de société civile professionnelle, métier du conseil vingt ans avant la fusion, équilibre des pôles judiciaire et juridique, initiatives dans l'interprofessionnalité, déploiement à Paris, développement à l'international, etc.

Autant de particularismes qu'aux yeux de certains l'intégration au sein d'un géant anglo-saxon comme EY semblait pouvoir menacer. La peur d'être cadenassé par des reportings, entravé par une rigidité règlementaire - y compris de limite d'âge -, noyé anonymement dans un ensemble impalpable ou impersonnel, l'a alors emporté.

Contexte de disruption

L'offre de Fiducial, apportée par l'un des associés de Lamy par ailleurs conseil de Christian Latouche, est donc apparue comme une alternative à même de projeter le cabinet dans une "nouvelle dimension", celle qu'imposent les bouleversements auxquels la profession est aujourd'hui exposée. "En 20 ans, elle vit des changements plus importants qu'en deux siècles", résume un associé.

Lire aussi : Loi Macron, le jackpot pour Fiducial

Digitalisation et phénomène d'ubérisation qui métamorphosent le métier, banalisent nombre de tâches et paupérisent une partie du barreau, réformes de l'exercice et des institutions de la justice, exigences toujours plus élevées d'expertises confrontées aux réalités de la mondialisation et aux attentes de clients totalement internationaux, prépondérance des systèmes d'information et du data, mais aussi loi Macron dont l'un des articles adopté le 31 mars dernier permet la création de "sociétés pluriprofessionnelles d'exercice" favorisant la redoutée interprofessionnalité (huissiers, administrateurs judiciaires, notaires, commissaires-priseurs, etc.) : un contexte de disruption qui annonce une "sélection naturelle" au sein de la corporation et oblige les plus ambitieux à "se doter de moyens pour investir et se développer."

"Indépendance et gouvernance préservées"

Et "des moyens pour investir et se développer dans le strict respect de notre indépendance et de notre gouvernance", c'est ce que les associés de Lamy auraient obtenu de Christian Latouche, le créateur et président de Fiducial (en 2015 : 17 500 salariés dont 11 000 en Europe, 1,6 milliard de dollars de chiffre d'affaires dont 940 millions d'euros en Europe), qui dispose déjà d'une société d'avocats (Sofiral) mais dévolue aux domaines d'interventions plutôt basiques et non contentieux sollicités par une clientèle de proximité massivement TPE ou PME.

Dans le cadre de la cession de leur cabinet - rebaptisé Fiducial Legal by Lamy -, les associés de Lamy auraient conclu des conditions d'exercice assurant notamment le recrutement de "talents", l'investissement dans de nouvelles spécialités (propriété intellectuelle, droit de l'informatique), enfin la poursuite "indépendante et valorisante" de leur activité, la nature des clients respectifs n'augurant pas de conflits d'intérêts majeurs.

En interne, on semble séduit par les incontestables culture et réussite entrepreneuriales de Christian Latouche - "2 000 recrutements en 2015", insiste-t-on -, son attachement à Lyon, sa vision audacieuse et même impertinente de l'interprofessionnalité, les perspectives de développement calquées sur le maillage territorial - national et international - de Fiducial et propices à une expansion du type "Fidal".

Mais aussi, assure-t-on, par "la grande considération qu'il porte à la profession d'avocat, comme en témoigne d'ailleurs sa fidélité de client à notre équipe." De quoi, espère-t-on au sein du cabinet aujourd'hui détrôné par Delsol, CMS Francis Lefèbvre et Lamy Lexel, "redevenir n°1 à Lyon et en Rhône-Alpes."

L' "effet" Latouche à double tranchant

Restent quelques énigmes majeures : l'impact que l'image, très controversée, de Christian Latouche exercera sur des clients, notamment institutionnels, que les orientations politiques "très à droite" et les convictions économiques ultra-libérales pourraient effrayer ; les interrogations qui lestent le devenir du conglomérat (droit, chiffre, sécurité, informatique, fournitures de bureau, etc.) que le septuagénaire, sans descendance en mesure de lui succéder, n'a officiellement ou publiquement pas dessiné.

Enfin, au sein du cabinet, la mise à l'épreuve des faits sera déterminante pour juger sur le long terme les dispositions véritables d'un manager dont l'omniscience, l'omnipotence et des pratiques professionnelles parfois contestées au sein des corporations du chiffre et du droit, ont façonné la réputation. Ultime écueil "d'image" à résoudre : la cession "quasi intégrale" du capital de Lamy et associés devrait s'effectuer auprès de Sofiral, puisque seule une société d'avocats peut se porter acquéreur d'une entité consœur ; les associés de Lamy devront s'employer à imperméabiliser leur valeureuse identité de celle, aux antipodes, du repreneur.

Big...Bang

Autant de craintes voire d'épouvantails auxquels les intéressés coupent court :

"Christian Latouche comme nous avons tout intérêt à réussir ce séduisant mariage. Et puis notre métier étant fortement intuitu personnae, les clients choisissent un professionnel en particulier bien davantage qu'un cabinet en général.

Enfin, tout a été envisagé pour nous permettre de retrouver notre liberté si nous jugeons celle-ci menacée ou altérée", résume l'un d'eux, "profondément" satisfait que les associés de Lamy aient souscrit "à l'unanimité" aux bans et ainsi aient tout à la fois mis fin aux lourdes menaces schismatiques qui pesaient cet hiver et sanctuarisé "la culture de solidarité et de transmission cultivée depuis plusieurs décennies."

Le landerneau lyonnais des professions du chiffre et du droit ne devrait pas manquer de commenter avec force ce qui s'apparente à un véritable big...bang.

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Commentaires
a écrit le 07/06/2016 à 22:23 :
Question : "50 avocats, 11,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015"
soit grosso 200.000€/avocat
- frais structure ? pas si énorme... Pouvez-vous confirmer ou n'ai-je rien compris ? ou le Black est-il si important ?
Réponse de le 12/06/2016 à 9:40 :
Vous n'avez rien compris en effet...

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