Bernard Rivalta : "Je pourrais revenir au Sytral"

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Discret depuis la décision du Conseil d'État d'annuler les élections municipales de Vénissieux de 2014, avant le 2e tour de l'élection partielle, Bernard Rivalta accepte de s'exprimer pour la première fois sur cet évènement qui l'aura vu perdre ses mandats électoraux, mais surtout la présidence du puissant Sytral, autorité organisatrice des TCL.

Acteurs de l'économie : Le 4 février dernier, le Conseil d'État annulait le scrutin municipal de Vénissieux de 2014, qui avait vu la communiste Michèle Picard reconduite à la mairie, en raison d'irrégularités sur une liste d'extrême droite. Quel commentaire faites-vous de cette décision ?

Bernard Rivalta : J'ai le sentiment d'une irresponsabilité de la part de la justice française et du Conseil d'État. Dans ce cas de figure, tout le monde est condamné car seuls deux candidats d'extrême droite ont pratiqué des manœuvres acrobatiques. Alors même que les comptes de campagne ont été approuvés et que tout avait été mis en place et dans les règles. Cette décision relève donc d'une irresponsabilité qui ouvre la porte à tout et n'importe quoi. On le voit d'ailleurs encore avec le candidat Christophe Girard (DVD) qui conteste la liste du Front national. Une chose est le texte, une autre est la pratique que les gens font de ce texte et feront de ce type de jugement à l'avenir. Ce qui est arrivé avec l'annulation du scrutin de Vénissieux est donc très grave et antidémocratique. N'importe qui peut faire n'importe quoi désormais !

La décision acceptée, il a fallu préparer une nouvelle élection*. Dans quelles circonstances se sont déroulées les tractations entre la candidature du Parti socialiste et celle du Parti communiste ?

Le problème posé à Vénissieux, c'est la capacité de la droite et de l'extrême droite à gagner cette ville. Lorsque la décision a été rendue, il y a eu une discussion sur l'engagement d'une liste unique ou non entre le PCF et le PS. La fédération du PS s'était prononcée pour, mais la maire de Vénissieux, Michèle Picard ne souhaitait pas du candidat PS Lotfi Ben Khelifa sur une liste commune alors même qu'il n'y avait pas d'hostilité avec moi, ni avec les autres. Mais Gérard Collomb a joué un rapport de force avec le PCF, leur disant que ce n'était pas à eux de choisir mais à nous (le Parti socialiste, NDLR). Dès lors, il n'y a eu aucun accord. Lotfi Ben Khelifa payait aussi son comportement. Ce que je lui ai souvent fait remarquer. Devant la situation, et puisque j'ai une conviction politique ferme, d'ouverture à toutes les gauches afin de battre UMP et FN, j'ai dit à Gérard Collomb, que je ne participerai pas s'il n'y a pas de liste unique.

Vous avez donc décidé de ne pas en être, ou ce sont les deux candidats PCF et PS qui n'ont pas souhaité vous voir sur leur liste ?

Michèle Picard voulait de moi, mais c'est le bureau du PCF qui ne le souhaitait pas. Quant à Lotfi Ben Khelifa, ce n'est pas lui qui dirige. Si j'avais voulu être sur la liste qu'il emmenait, je l'aurai été. Mais au vu des circonstances, j'ai préféré me retirer.

Bernard Rivalta

Au risque de tout perdre, à la fois vos fonctions de conseiller municipal, de conseiller communautaire et surtout de patron du Syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération lyonnaise. Une décision osée...

Il arrive dans la vie politique que l'on ait des convictions. Nous ne sommes pas toujours des pantins. Comme disait François Mitterrand en 1978 : « Il faut être unitaire pour deux. » À partir de là, je suis resté sur la position initiale de la fédération du PS avec l'idée d'une liste unique. Ce qui n'a pas été le cas au final.

Gérard Collomb s'est-il trompé en restant sur ses positions ? A-t-il manqué d'ouverture ?

Dans cette histoire, Gérard Collomb a manqué sans doute de recul et il est très embêté. Il est conscient qu'il aurait dû lâcher du lest. Mais il n'a toujours pas digéré que le PCF n'ait pas fait liste unique avec lui pour la mairie de Lyon, ni que les élus de Vénissieux ne votent pour lui à la Métropole. Donc Lotfi Ben Khelifa était une opportunité, un point d'affrontement avec le PCF. Je lui ai dit qu'il faisait fausse route et ne ferait pas le score espéré. Finalement, au premier tour, je me suis trompé puisque je pensais qu'il ferait 10 %, finalement, c'était 15 %. Enfin, 15 % en étant derrière le FN...

Après 40 années de vie politique (Bernard Rivalta a 68 ans), vous n'avez plus aucun mandat politique. La chute a été rapide et brutale puisque dans le même temps, vous perdez la présidence du Sytral.

Je me suis dit : « un jour ou l'autre je serai à la retraite ». Mais la fin a eu lieu deux à trois ans avant mes prévisions. C'est bien pour cela que j'ai préparé depuis longtemps, une reconversion professionnelle avec des actions à l'international. Je suis depuis 2007, auto-entrepreneur. Maintenant, je peux proposer à des entreprises de les accompagner.

Je suis l'un de ceux reconnus sur le plan national et international en matière de transports en commun. Néanmoins, ce qui me gêne le plus dans la situation actuelle, c'est vis-à-vis du personnel du Sytral. Je considère que j'avais la plus belle équipe de la région et de France. Ils avaient toutes les qualités sur lesquelles je pouvais compter. Dans le cas présent, il y a une charge affective, une charge humaine qui m'affecte le plus. Je ne suis pas toujours ce que d'aucuns décrivent.

Du jour au lendemain, tout s'est arrêté pour vous. Les journées sont beaucoup moins remplies, les sollicitations plus rares. Comment l'accepte-t-on?

Je m'étais fait à l'idée qu'il y aurait une fin, un jour ou l'autre. Ce qui me permet de résister à ce choc : c'est que je crois en la trace qu'on laisse autour de soi. C'est une dimension très présente chez les francs-maçons. Maintenant, il faut savoir se reconstruire et rester optimiste.

Avez-vous été lâché par certains élus, par certains proches ?

Au contraire, je suis surpris de voir le nombre de personnes qui m'appellent pour me demander quand je reviens. Je ne me sens donc pas du tout lâché par qui que ce soit, c'est plutôt moi qui ne réponds pas parfois.

Bernard Rivalta

Quel bilan faites-vous de vos 14 années à la tête du Sytral ?

Lorsque l'on voit le bilan financier avec un investissement de 2,1 milliards d'euros sans augmenter la dette, et des actifs passés de deux milliards à quatre, on peut bien me raconter ce que l'on veut, sur mon caractère ou ma façon d'être, les résultats sont là.

Je regarde donc mon bilan avec une grande satisfaction puisque personne n'a fait progresser le réseau en commun comme je l'ai fait. L'agglomération est équipée de moyen de transport qu'il faut continuer à perfectionner et tout ça, dans une économie équilibrée.

Allez-vous revenir au Sytral ? Gérard Collomb peut-il vous proposer un poste de conseiller spécial ou de VRP de l'organisme à l'international ?

Nous sommes en discussion. Mais je ne veux plus n'importe quoi. Il n'est pas dit que je ne revienne pas. Gérard Collomb aura besoin de moi sur plusieurs dossiers, car il est très pris sur la Métropole. En revanche, revenir  mais sous quel statut ? Je ne sais pas encore. Nous verrons bien ce que l'on me proposera. Nous allons d'abord laisser passer le deuxième tour des élections pour finir d'écrire l'histoire de Vénissieux.

Peut-il rester président du Sytral ?

Je souhaite qu'il le reste. Il se rend compte qu'il est beaucoup plus compliqué que prévu d'en nommer un nouveau.

Vous arrêtez définitivement la politique ?

Je ne sais pas encore. En revanche, ce qui l'est, c'est que pour le moment j'ai envie d'aider les entreprises françaises à se développer à l'international notamment sur les zones Europe et Chine. J'ai déjà des contacts. Pour la suite, on verra bien. Vous savez, avec le recul vous avez une manière différente de voir les choses. A un moment, j'aurais pu être maire, sénateur... d'une façon ou d'une autre, j'ai vécu tout cela. Mais ce qui est certain, c'est qu'avec le Sytral cela m'a permis d'avoir une fin de carrière fantastique. Personne n'a fait ce que j'ai fait, cela vous laisse un bon goût de miel dans la bouche.

En homme de gauche, quel regard portez-vous sur l'entrée en force de la droite au Sytral ?

Si j'étais encore président, je ne pense pas qu'il y aurait une grande opposition, car j'ai toujours essayé de gérer cela efficacement, dans les grands équilibres entre les différentes formations. Je me suis toujours attaché à ce que le Sytral serve tout le monde dans l'agglomération, dans l'intérêt général. Cela dépend donc de la manière dont vous savez les gérer.

Qui voyez-vous gagner dimanche 29 mars pour le second tour ?

Michèle Picard est bien partie pour. Lotfi Ben Khelifa fera moins. Quant à la fronde de Christophe Girard face au Front national, cela ne va pas lui arranger ses affaires.

NDLR (*) Dimanche 29 mars, les habitants de Vénissieux sont appelés à voter pour le second tour des élections municipales qui verront s'affronter, dans une quadrangulaire, PS, PCF, UMP et FN. Au premier tour, la maire sortante Michèle Picard (PCF) avait totalisé 37,66 % des voix, Christophe Girard (divers droite) 28,65 %, Damien Monchau du FN, 15,93 % et le socialiste Lotfi Ben Khelifa 15,01 %.

Argent, pouvoir, personnalité contreversée, bilan... retrouvez l'intégralité de l'interview vérité de Bernard Rivalta dans le prochain numéro d'Acteurs de l'économie-La Tribune, en kiosques le 15 avril.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2015 à 18:03 :
cher vieux copain nous nous sommes souvent croisés à l époque de Charles ...
au jour d'aujourd'hui les petits et grands du P S ne sont plus de Gauche

Dominique Brémaud

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