Bruno Bernard : "L'économie et l'écologie sont totalement compatibles"

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En vue des prochaines échéances électorales, Bruno Bernard prône le rassemblement, et non la personnalisation d'un héros ou d'une star : À chaque fois, on a gagné sur des projets.
En vue des prochaines échéances électorales, Bruno Bernard prône le rassemblement, et non la personnalisation "d'un héros ou d'une star" : "À chaque fois, on a gagné sur des projets". (Crédits : DR/RenaudAlouche)
[Grande Interview] Depuis quelques semaines, le nouveau président EELV Bruno Bernard, est sur tous les fronts ou presque. Celui qui a ravi les clés du Grand Lyon à David Kimelfeld et Gérard Collomb, après le déferlement d'une "vague verte" à la lyonnaise, se confie à la Tribune Auvergne Rhône-Alpes sur sa vision de la métropole de demain. Et revient, à travers une interview sans concessions, sur les premiers dossiers chauds de son nouveau mandat : relations avec les acteurs du monde économique, avenir de la vallée de la chimie ou du quartier Part-Dieu, présidence du Sytral, et de Lyon Habitat, ainsi que ses pronostics pour 2021 et 2022...

La Tribune Auvergne Rhône-Alpes : Vous venez tout juste de ravir le fauteuil de Gérard Collomb et David Kimelfeld à la tête du Grand Lyon. Une première pour un élu Vert, à la tête d'une super collectivité de 1,4 million d'habitants et de 9.200 agents, pour un budget de 3481,5 millions d'euros. Quelle sera votre stratégie économique à l'échelle du territoire ?

Bruno Bernard : "Le développement économique représente environ 1 % de notre budget global. Mais quand on fait croire que c'est le président de la métropole qui va faire en sorte de créer des emplois, c'est être loin de la réalité des choses. Nous avons une métropole dynamique, créatrice d'emplois. Bien que l'on crée beaucoup plus d'emplois que les autres, cela provoque un déplacement important en direction de la métropole qui nous pose à la fois des problèmes de déplacement, de pollution, de logement, ainsi que de service public, dans les écoles qui débordent".

Vous défendez une vision axée sur la coopération des territoires. Sous quelle forme exactement ?

"Il s'agit de voir comment, avec les territoires autour de nous, comme Saint-Etienne, Mâcon, Roanne, Grenoble, on peut faire un développement de l'aire urbaine de Lyon le plus cohérent possible. Quel est l'intérêt de financer l'installation d'une entreprise à un endroit plus qu'à un autre, si l'on n'a pas de logements disponibles alors qu'il en existe ailleurs ? Pour moi, il est important de passer d'une compétition des territoires à une coopération".

En 2001, à l'occasion de l'élection de Gérard Collomb à la Ville de Lyon, le milieu des décideurs économiques était vent debout. Ce dernier a ensuite réussi à instaurer une relation de confiance et de co-construction et finalement, la peur est retombée. Est-ce une trajectoire modèle pour vous ?

"Pour agir, il faut convaincre. Et il est plus facile de le faire lorsqu'on a une volonté politique et que les actions sont comprises. J'ai rencontré énormément d'acteurs économiques jusqu'à aujourd'hui, comme le président de Seb, les Laboratoires Boiron, mais aussi des entrepreneurs, la fédération du BTP, tout en me rendant sur des territoires comme la Vallée de la Chimie. Beaucoup avaient déjà intégré la nécessité de mener une transition écologique pour durer et recruter. Avec, finalement, des intérêts assez compatibles aux nôtres, même s'il existe une inquiétude liée au changement.

Depuis deux ans, les choses étaient devenues difficiles avec la refonte du PLUH qui avait bloqué tous les dossiers, les élections municipales où les maires ne signaient plus des permis, les bisbilles entre le président de la métropole et le maire de Lyon faisant que certains dossiers étaient freinés ou immobilisés, sans oublier la crise du Covid-19... On est donc bien sur une forme de reconstruction et de redémarrage".

L'écologie est nécessairement un enjeu de contrainte, mais ça ne doit pas être un levier de punition. Les décideurs se demandent si votre politique pourrait les emmener dans un sillage écologique culpabilisateur et entravant...

"Dire que l'écologie pourrait être contraignante, et le poser tel que vous l'avez dit, c'est se tromper. Aujourd'hui, nous sommes obligés d'agir et donc l'immobilisme, de toute façon, nous contraindrait de plus en plus. Quand on est en pic de pollution, les enfants ne peuvent plus jouer dans les cours d'école, ceux qui ont des voitures polluantes ne peuvent plus se déplacer, les sportifs ne peuvent plus aller courir, etc. Donc, nous sommes déjà un modèle contraignant et même punitif.

On est en train de subir les conséquences de l'inaction politique sur le sujet de la pollution, de la perte de la biodiversité, du réchauffement climatique, des canicules. Or, quoi qu'il arrive, il faudra agir. Mais ce sera beaucoup plus facile si l'on peut convaincre et concerter les habitants et les acteurs sociaux et économiques. Et c'est pour cela que je rencontre autant les uns les autres".

Comment votre manière de voir l'agglomération va-t-elle s'appuyer ou au contraire mettre à l'écart, des forces socio-économiques clés comme celles de la chimie, de la pharmacie, du développement immobilier ?

Je vois les chefs d'entreprise, mais aussi les représentants syndicaux, les entrepreneurs. Je reçois toutes les personnes qui demandent un rendez-vous. Nous avons cependant avec certains d'entre eux, des points de divergence qui sont déjà connus. Ce qui n'empêche pas que l'on peut aussi avoir d'autres points de convergence et une obligation ensemble d'avancer.

Avec les promoteurs immobiliers par exemple, on a des points de divergence sur l'encadrement des loyers, la FNAIM étant plutôt vent debout contre. Et puis, quand on parle de créer une brigade du logement, comme on a prévu de le faire pour lutter contre les pratiques Airbnb illégales, ou contre le logement insalubre, là, on se retrouve. Cela n'empêche pas d'échanger et de voir comment on avance".

Il n'existe donc pas, comme beaucoup...

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Commentaires
a écrit le 04/10/2020 à 9:07 :
L'UE (et non pas la France seule, comme elle sait si bien le faire pour son malheur) doit s'orienter vers une forme de protectionnisme contre des productions hors normes environnementales importées de pays ultras pollueurs comme la Chine, le Brésil ou les US et tt particulièrement ds le cadre de la relocalisation de productions dites stratégiques ou la protection de filières à venir dans la mobilité électrique.
a écrit le 03/10/2020 à 23:41 :
De quelle économie parle t on qui soit compatible avec l'écologie, Mr BB ?
D'une économie de la décroissance ou d'une économie de la destruction créatrice, théorisée par Schumpeter ou d'une économie prudente et raisonnée qui prend son tps sans heurts majeurs, tt en organisant une transition énergétique qui soit acceptée par le plus gd nbre ??
Car il semble clair que les écologistes purs et durs sont partis en croisade contre nos pratiques et modes de consommation déclarés anti écologiques par nature ds le but de réduire notre addiction à l'usage immodéré de l'électricité d'origine nucléaire, notre dépendance inconsidérée à la voiture particulière qu'elle soit thermique ou électrique, au transport aérien, à la dolce vita des croisières de masse, à l'usage accru du numérique avec ou sans la 5G...tt en faisant planer la menace de disparition de pans entiers de ce qui nous reste en secteurs industriels de hte technologie pourvoyeurs d'emplois de qualité et de richesse, tt en nous précipitant vers la décroissance et le déclin.
Que proposent ils en échange ?
Intensifier la production d'EnR ? Réduire l'usage de la voiture par les transports en commun, le co voiturage, le rail, le vélo, la trotinette et les rollers en ville ? Supprimer l'avion sur les lignes intérieures et le réduire sur les vols internationaux ? Restreindre l'usage de la 5G ? Favoriser la filière prometteuse du futur carburant H2 vert ? Intensifier un agrobusiness vertueux basé sur le bio, les circuits courts, une poly agriculture extensive ? Favoriser l'usage du bois (produit et récolté en France) ds la construction ? Intensifier la rénovation énergétique des bâtiments ?
Mais ts ces projets ou orientations à connotation écologique marquée st en cours ( sans Mr Jadot ou Mr Hulot aux manettes) à des degrés et rythmes divers qui tiennent cpte d'une realpolitik sans dogmatisme réducteur et destructeur propice à l'apparition de frondes populaires de GJ ou équivalent qd l'écologie devient contraignante et punitive.
a écrit le 03/10/2020 à 16:05 :
"On n arrete pas l" Echo" sur France Inter, Christian Chavigneux, émiment économiste qui a toujours raison à postériori, à affirmé : " l' automobile est un moyen de transport du 19iéme siécle" si,si ré-écoutez. Et de se plaindre que le gouvernement n' a pas mis plus d' argent dans le puits sans fond de la SNCF. (qui coute déjà 15 milliards aux contribuables, sans compte les reprises de dettes....
Mais M Chavagneux a sans doute oublié que le train est en encore beaucoup plus ancien que la voiture !!!
Lorsqu'on raisonne par idéologie, la logique et les faits sont sans aucune importance. Nos écologistes sont aussi comme ça.
a écrit le 03/10/2020 à 14:45 :
L'écologie c'est la décroissance et l'hypocrisie . On est obligé de délocaliser nos usines à causes des normes environnementales , et ensuite on importe médicaments et autres produits délocalisés pour notre confort !!!
a écrit le 03/10/2020 à 13:12 :
ce n'est pas la bonne question
la question 1 er est le pleine emploi
et comment y intégrer plus de respect pour la planète
et ne pas laisser a quelque Maginot la responsabilité de l'écologie
qui eux sont paye par les contribuables
a écrit le 03/10/2020 à 11:14 :
Le papier ne refuse pas l'encre. On peut tout affirmer. Il y a de plus en plus d'hommes sur terre, qui consomment de plus en plus, mais... la Terre ne grandit pas. Par besoin d'avoir fait Polytech pour comprendre se qui se passe (Google Earth peut facilement aider à ouvrir les yeux sur le grignotage inexorable de la sphère - villes, cultures...) et ce qui nous attend à (très) court terme
a écrit le 02/10/2020 à 18:42 :
Où comment deux systèmes dictatoriaux en concurrence et d'apparence antinomique se rejoignent et s'allient, pour notre bien évidemment 😂... Greta a montré le chemin
a écrit le 02/10/2020 à 18:25 :
Tiens le président des menteurs s'exprime. Pardon je voulais dire le président d'un parti écologiste.
Et que dit-Il? Ecologie et économie ne sont pas incompatible. C'est presque vrai. L'éconologie n'empéchera pas de préserver la rente qui sert de profit en France. Mais par contre ca détruira le niveau de vie des pauvres. Bon ben au moins on sais que certaines choses ne changent pas.
a écrit le 02/10/2020 à 15:03 :
Pas de problème de compatibilité entre écologie et économie: je n'en doute pas, mais je doute de certains élus qui n'ont même pas la fibre démocratique comme ceux qui veulent supprimer les sapins de Noêl sans concertation de leur population et pire celle qui trouve normal par souci de bonne santé de ses concitoyens d'incendier un pylone d'un émetteur de la 5G. Les EELV et la Démocratie il reste apparemment plus de chemin à faire qu'avec l'économie.
a écrit le 02/10/2020 à 14:44 :
C'est une évidence que éco-nomie et éco-logie vont bien ensemble : l'étude et l'expression du projet (logos) précède le management, le faire et le gérer (nomos). Cela s'applique parfaitement à la maison commune ou environnement (ekos). L'hérésie vient des écologistes qui veulent imposer leur point de vue en défigurant dogmatiquement la maison commune au mépris de l'équilibre bien affuté de l'offre et de la demande.
a écrit le 02/10/2020 à 12:49 :
Compatible à la condition que les interlocuteurs écolos soient moins sectaires et dogmatiques .
Plus au fait des technologies et de leurs réelles incidences sur le climat comme le nucléaire qui n’émet pas de Co2 (voir la nouvelle génération qui règle une partie des problèmes des déchets) ou la 5 G. A contrario la voiture électrique qui pour le moment, n'est pas si vertueuse que ça (batterie, terres rares).
a écrit le 02/10/2020 à 10:46 :
Le problème c'est que les écologistes de la dernière vague élus aux municipales cachent, en fait derrière leur couleur verte, une vision de l'action politique plus proche de l'extrême gauche radicale, un zadistes et ont un sens de la démocratie à la Robespierre.
a écrit le 02/10/2020 à 10:34 :
Le protectionnisme serait un des outils principaux afin de réconcilier écologie et économie en pénalisant les produits les plus polluants pour récompenser les produits les plus vertueux écologiquement mais voilà en dictature financière la volonté farouche est strictement à l'opposé, le plus de marges bénéficiaires possibles et donc le plus de pollution possible afin de ne penser toujours plus qu'au fric.

Ben oui dans les coffres forts sous terrains des paradis fiscaux dans lesquels se sont retranchés nos propriétaires de capitaux et d'outils de production il n'y a pas de fenêtre ! Du coup ils ne peuvent donc ni savoir où ils dirigent le monde ni voir dans quel état déplorable ils ont rendu l'humanité.
Réponse de le 02/10/2020 à 12:33 :
De tout coeur avec toi, mon bon Blase
Plus on produit...Plus on pollue
Une seule issue, la décroissance (et vite) à commencer la le contrôle des naissance (1 pour 10 ?)
Réponse de le 02/10/2020 à 13:47 :
Je ne sais pas dans quel monde vous vivez mais à l'heure actuelle, mettre en place des barrières protectionnistes ne servirait à rien.

Vous pénalisez un produit polluant, exemple : une voiture électrique (batteries faites de terres rares venant de Chine, etc...).
Vous augmentez les taxes ou interdisez même sa commercialisation chez nous. Les importateurs locaux se retrouvent au chômage ; les vendeurs également. Moins de taxes prélevées, moins de service public. Vous ajoutez à cela le chômage à payer. La dette se creuse davantage.
Face à cette situation catastrophique, vos créanciers demandent des efforts financiers. Vous gelez les salaires des fonctionnaires. Les jeunes en quête de meilleure vie émigrent. Vous vous retrouvez avec les anciens, qui ont l'avenir derrière eux.
Le pays sombre en une génération.

Votre théorie fonctionne dans le cas où les déplacements de capitaux et personnes sont interdits, et tous les pays du monde à la même enseigne.
Ce qui ne sera jamais le cas.
Réponse de le 02/10/2020 à 14:17 :
Résultat : Allemagne - France 3-0 : pourquoi? 30% d'emploi dans l'industrie . France 10% et grace aux verts cela se réduit . Ben on sera tous fonctionnaires verts et voila ! Bon qui va payer , ca ... 2600 Milliards de dettes on va bien finir par ponctionner les épargnants.
Réponse de le 02/10/2020 à 17:22 :
" Les importateurs locaux se retrouvent au chômage ; les vendeurs également."

Ben oui voyons vu que pour vous ils sont stupides ils ne s'adapteront pas c'est ça ? Bref vous avez ancré dans votre raisonnement des acteurs économiques totalement figés, comment voulez vous proposer une analyse de qualité ?

"Votre théorie fonctionne dans le cas où les déplacements de capitaux et personnes sont interdits"

Non là encore vous déformez parce que vous trollez, visiblement par manque de capacité cognitive, je pars juste du principe que les capitaux ne fuient pas dans les paradis fiscaux mais qu'ils fassent leur boulot en alimentant l'investissement et l'économie.

"et grace aux verts cela se réduit"

Heu... vous savez quand même que vos "verts" sont bien plus puissants et représentatifs en Allemagne ?

Non mais c'est quoi ce niveau que vous m'opposez les gars !? Encore une fois !

Bref encore deux réponses pour décorer mon commentaire donc de grâce si je ne peux pas et-c.... je resterais pas décoré tout le week-end promis.

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