Municipales 2020 : "Il est temps de produire un nouveau modèle, tout aussi attractif que l'ancien" Renaud Payre, La Gauche Unie

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(Crédits : Tim Douet)
Issu de la société civile, Renaud Payre a su rassembler les principales forces de gauche - Verts mis à part - de la métropole lyonnaise. Parti Socialiste, Parti Communiste Français, Génération.s, Manufacture de la Cité, Nouvelle Donne, Place Publique, Gauche Démocratique et Sociales, militants de la France Insoumise se retrouvent autour d’un projet commun qui fait de la future métropole "un outil de lutte contre toutes les inégalités". L’universitaire, par ailleurs directeur de Sciences Po Lyon, tête de liste de « La Gauche Unie » qui a "pris ses responsabilités une fois le rassemblement acté" détaille pour La Tribune ses grandes orientations économiques, non sans tirer un bilan sans concession des mandats précédents. Troisième volet de notre exploration des programmes économiques des candidats à la présidence de la Métropole de Lyon.

LA TRIBUNE - Quelle est votre vision de la métropole pour la période 2020-2026 ?

Renaud Payre - Depuis deux à trois décennies, on a développé la métropole sur la base d'une hyper centralisation autour de la rue du Lac (le siège de l'institution, NDLR). Elle a contribué à saturer une partie de Lyon et à asphyxier la métropole. Les inégalités se sont accrues, c'est particulièrement visible du côté du logement et du pouvoir d'habiter : une bonne partie de la population est exclue de Lyon et Villeurbanne.

Notre urgence, c'est de ne pas ressembler à un Paris bis. Nous voulons une métropole de la proximité, qui relie l'ensemble des communes et des territoires. Elle peut être tout autre chose qu'une technostructure, à condition - c'est majeur - qu'elle associe davantage les citoyens, les acteurs économiques et les communes à la prise de décision.

Ce mandat 2020-2026 ne sera pas comme les autres : il peut facilement basculer du côté de la détérioration écologique, démocratique et de la vie quotidienne. On veut donc proposer un nouveau contrat et un nouveau modèle aux habitants avec comme enjeu premier l'amélioration de la vie quotidienne pour tous et non pas simplement pour quelques-uns.

Cela passe notamment par le logement et la santé. Même si la santé n'est pas une compétence prioritaire de la Métropole, elle peut jouer sur tout ce qui pèse sur la détérioration de la santé, comme la lutte contre les passoires énergétiques, le type d'urbanisme choisi, la végétalisation proposée, l'accès au sport, et notamment à la nage, la collecte et le tri des déchets.

Je ne suis absolument pas sectaire : je souhaiterais qu'on soit quelques-uns à le défendre. Au-delà de la gauche unis, que je porte avec une très grande fierté, cette élection est l'occasion de prendre conscience qu'il y a deux alternatives : soit on continue comme ça et on devient une métropole de classe moyenne et supérieure et on va droit dans le mur, soit on change le sens de cette métropole et le développement du territoire, et là, on peut améliorer la vie quotidienne.

Qu'imaginez-vous pour susciter l'adhésion ?

Si je suis élu président de la métropole, j'irai voir, dans les premiers mois, chaque commune et les neuf arrondissements de Lyon pour contractualiser et signer un pacte métropolitain avec les communes. Ce sera un contrat d'objectifs et de moyens qui définira les engagements prioritaires qui ont besoin du soutien de la métropole. Nous avons la volonté d'augmenter le budget d'investissement dédié à l'aide aux communes. On le signera sur le temps d'un mandat mais avec revoyure à deux à trois ans. C'est notre méthode : la concertation.

Nous proposerons un guichet métropolitain dans chaque commune. Ils existent, mais ils ne suffisent pas. Il faut ce niveau de proximité avec un agent de la métropole pour faire de la médiation administrative et numérique. C'est du devoir de la collectivité et cela ne peut se faire qu'en proximité.

C'est notre méthode pour faire exister la métropole : elle doit être beaucoup plus visible car elle concerne une grande partie des compétences qui touchent à notre vie quotidienne. Si on travaille bien, en 2026, elle sera mieux identifiée et le scrutin encore plus investi.

Je suis très heureux que cette campagne se réalise au suffrage universel, néanmoins, elle n'est pas assez investie par les citoyens. Et ce n'est pas de leur faute : c'est trop facile de dire qu'ils s'en désintéressent. S'ils ne savent pas ce que cela veut dire, c'est qu'il n'y a pas eut assez de pédagogie.

En matière de politique économique, que préconisez-vous ?

Cette métropole a été construite sur une vision - celle de Gérard Collomb et de tous ceux qui l'accompagnaient à ce moment-là - que l'on peut qualifier de ruissellement. Je la juge erronée et, en tous cas, produisant des effets néfastes. Leur idée : faire partie des métropoles qui survivent en jouant sur certains leviers comme attirer les grandes entreprises et les grands sièges sociaux. D'une certaine manière, on a arrosé là où il pleuvait déjà. On a pensé qu'une fois qu'on aurait donné tous les pouvoirs à un territoire, comme par magie, cela irriguerait les territoires environnants.

La réalité d'aujourd'hui, c'est que notre aire urbaine fonctionne à plusieurs vitesses. On a une métropole dont le centre est, certes, riche, mais dont une partie de la périphérie l'est beaucoup moins. Ensuite, on a une deuxième couronne, hors métropole, qui se dévitalise notamment dû au fait que l'on a attiré des entreprises qui n'ont fait que se déplacer de quelques kilomètres.

Ce n'est pas mon modèle : je veux enraciner l'entreprise. Mon premier dialogue se noue avec les TPE et les PME. Elles sont les vraies actrices du développement économique territorial. Je ne dis pas non au développement économique, je pense que nous devons agir avec les acteurs les plus territorialisés. C'est avec eux que nous devons travailler à l'amélioration de la qualité de vie, et notamment la qualité de vie au travail.

La première préoccupation d'une grande partie des entreprises, c'est l'embauche. On a une disjonction entre la question des salariés disponibles et le nombre de chômeurs, j'y travaillerai. Mon but n'est pas, comme certains candidats LREM, de me faire reconnaître par l'entreprise : je ne crois pas que ce soit précisément le rôle d'un président de métropole. Mon but c'est d'accompagner les entreprises et les salariés.

Nous devons travailler notamment avec les maisons métropolitaines de l'insertion et de l'emploi à une meilleure adéquation, pas seulement avec les grandes entreprises mais aussi avec les TPE et les PME. Je ne dis pas que rien n'a été fait mais il faut remettre en contact la politique de l'insertion avec les demandes des TPE et PME. C'est un gros travail que nous avons à faire et nous sommes probablement une des collectivités en France qui peut mieux le faire car nous avons à gérer les bénéficiaires du RSA.

Je pense aussi à l'emploi des seniors pour lequel il faut avoir un vrai plan d'accompagnement. C'est un des gros points aveugles de cette réforme des retraites : la réalité pour les entreprises et les salariés, c'est qu'on se demande comment faire pour que les cinquantenaires aillent jusqu'à l'âge de la retraite. Encore une fois, ce n'est pas dans les compétences officielles d'une métropole mais son rôle est de mettre en lien ceux qui cherchent un emploi avec les besoins des entreprises, mais surtout des TPE et PME.

Etes-vous dans une logique d'aider en priorité ceux qui en ont besoin ?

On peut continuer à dire que la métropole ne sera attractive qu'une fois qu'elle aura fait venir Amazon et autres. Mais ce n'est pas la réalité de notre tissu économique. Nous devons répondre aux demandes des TPE et des PME qui ont un vrai besoin d'emplois - c'est moins le cas des autres -, et de répondre effectivement aux besoins des populations.

Je prends un autre exemple : l'expérimentation Territoire Zéro Chômeurs. C'est un dispositif très spécifique, qui n'est pas la solution à tout, mais les résultats sont intéressants. Au regard de la création de 80 CDI, d'un taux d'emploi des femmes, de la promotion interne et de la dignité que cela a redonné à ces familles. J'espère que le Parlement va voter la possibilité d'étendre ce dispositif à d'autres sites car ce serait mieux que l'Etat mette la main à la poche. S'il ne le fait pas, la Métropole, gagnée par la Gauche Unie, dupliquera l'expérience avec les territoires qui ont déjà levé la main comme Décines ou Saint-Priest. C'est un modèle qui crée une entreprise, des emplois mais surtout cela change la vie d'un quartier.

Mais attention : je ne veux pas raser les tours ! Je dis juste qu'il y a un point aveugle dans ce modèle : cette vision a produit des effets pervers. Les commerçants ne sont pas contents du développement de notre métropole. Ils n'ont pas ce sentiment d'être complètement accompagnés. On pourrait parler du centre-ville de Lyon et de l'installation de bacs à fleurs sans aucune concertation - à six mois des élections, l'absence de méthode est flagrante - mais parlons plutôt du centre-ville de Mions, une autre commune de la Métropole. Il ne reste qu'un café dans ce qui était un village. La ville n'a accès quasiment à aucun service et notamment à la vitalité économique. La plupart des gens vont consommer à Saint-Priest, à Porte des Alpes...

Ce n'est pas le modèle de Métropole des 200 quartiers que j'appelle de mes vœux. Il est donc temps de produire un autre modèle qui sera tout autant attractif.

Justement, l'un des facteurs d'attractivité reste l'emploi. Mais avant, se pose toujours la question du logement. Quelle est votre position ?

Il faut encadrer les loyers. Ce n'est ni infaisable, ni irréaliste, d'autres grandes villes l'ont fait. Le principe s'applique à la fin du bail, sur la base d'un taux négocié. Pour le décider, je rencontrerai évidemment tous les acteurs du secteur immobilier. Mais nous freinerons, voire nous arrêterons, la croissance des loyers. Pendant longtemps, Lyon était une ville où l'on pouvait se loger pour pas cher. Ce n'est plus le cas.

L'autre volet, c'est évidemment la construction. On annonce 6 000 logements sociaux par an, soit une augmentation de 50% par rapport à aujourd'hui. Il n'y a plus de mouvements : on ne peut pas sortir d'un logement social pour aller louer un logement plus classique car les prix sont trop élevés.

Il faut réguler le foncier via un établissement métropolitain du foncier sur le modèle de ce qui existe déjà à Rennes. Cela permet d'acquérir du foncier, soit pour mieux pourvoir un office foncier solidaire, en dissociant le foncier du bâti, sur le modèle des baux emphytéotiques.

Maîtriser le foncier c'est aussi se dire que l'on ne va pas construire tout et n'importe quoi, être dans l'ultra-densification, réduire les zones agricoles. Une collectivité qui ne contrôle pas son foncier n'a pas les moyens de présider une politique d'urbanisme digne de ce nom.

Concrètement, que proposerez-vous aux acteurs économiques ?

Comme nous allons contractualiser avec les communes, je souhaite un grand accord territorial économique avec la CPME, le MEDEF, l'UPA, mais aussi les syndicats de salariés pour travailler ensemble sur les grands objectifs. Je pense que nous prendrons une année pour dialoguer et évaluer les demandes et les besoins des TPE, des PME et des grandes entreprises.

En matière de recrutement, la collectivité peut aider - on a la collectivité idéale pour faire ça. Nous avons, tous, intérêt à ce que la vie quotidienne s'améliore dans notre métropole. Et que si l'on n'en a pas conscience, on va le mesurer dans notre croissance future. On a donc intérêt à se mettre autour de la table et à travailler.

On va également monter un grand plan mobilité entreprise. On va travailler ensemble pour desservir les grandes zones. On propose deux lignes de métro légers, non entravés par la circulation, circulaires : une première ligne qui va de Tassin-Etoile d'Alai à Saint-Fons, puis une deuxième ligne qui va de Saint-Fons jusqu'à La Doua, à Villeurbanne. On investit dans les infrastructures, c'est majeur si on veut diminuer la part de l'automobile, mais ça ne desservira pas toutes les zones d'emploi. Donc, il faut raisonner en termes de cadences et de navettes. Et pour les décider, il faut recueillir les demandes.

On va également proposer aux entreprises, comme le permet la dernière loi Mobilité, de verser la prime transport directement au Sytral. En contrepartie, la métropole alimentera le Sytral pour que les salariés des entreprises qui auront versé la prime transport bénéficient d'un titre de libre circulation sur le réseau. C'est l'amélioration de la vie quotidienne.

Cette mesure pourrait apparaître comme inégalitaire pour les salariés qui ne travaillent pas dans ces entreprises volontaristes...

C'est de la concertation. Je souhaite que toutes les entreprises signent mais on ne pas l'imposer, ni prélever la prime transport de manière autoritaire. On discutera mais je pense que cela aura un intérêt. Si, dans un ans, la Métropole de Lyon est la première à délivrer les titres de libre transports aux salariés, ce sera aussi un facteur d'attractivité pour les nouveaux salariés.

C'est le nerf de la guerre dans notre développement économique : il ne suffit pas de faire venir tel et tel siège pour qu'il y ait une vitalité économique, il faut que chacun trouve un emploi. Bien sûr, on peut imaginer qu'il n'y ait pas de signatures, mais ce ne sera pas un échec puisqu'on n'est pas dans l'idée d'imposer quoi que ce soit.

Comment comptez-vous financer l'ensemble ce programme ?

Il n'y aura pas d'augmentation des impôts au delà de l'inflation. Je m'inscris dans la continuité des deux présidents sortants. Par contre, je ne suis pas du même avis en ce qui concerne leurs positions frileuses vis à vis des investissements : la programmation pluriannuelle d'investissements n'a été exécutée qu'à 75%. Cela n'est ni raisonnable, ni responsable.

Nous augmenterons l'endettement de la collectivité de façon raisonnable d'1 milliard d'euros, pour passer à 4,5 milliards d'euros dédiés à l'investissement. Nous allongerons la période de remboursement de la dette pour la passer à 8 ans : on reste sous le seuil des 8/9 ans recommandés, on pèse moins sur le budget de fonctionnement annuel.

Parallèlement, nous augmenterons d'un milliards d'euros l'endettement du Sytral. Nous ne ferons pas la ligne E, mais on regagne de la marge pour réaliser, en six ans, notre métro circulaire.

Pour compléter ce sujet, nous lancerons également une coopérative, sous la forme d'un grand un emprunt citoyen, auquel pourront d'ailleurs souscrire les entreprises, adossée à un fond éthique de la région. Il sera destiné aux familles et aux foyers qui ne peuvent pas financer la rénovation de leur logement devenu des passoires énergétiques. Pour la Gauche unie, il n'y a pas d'un côté la question écologique et la question sociale. Tout cela doit être imbriqué.

Quelles sont vos relations avec le monde économique ?

Je dirige un établissement d'enseignement supérieur et, depuis le début de mon mandat, j'ai ouvert cet établissement sur l'entreprise. Ce monde ne m'est pas étranger. Certes, je suis un universitaire mais j'ai toujours été en dialogue avec le monde de l'entreprise. Nous avons un vrai besoin de parler à la fois aux commerces de proximité qui sont, en ce moment, les grands perdants de ce modèle de développement de la métropole mais aussi avec les grandes entreprises. Mais tout n'est pas à leur service. Il ne s'agit pas d'une réticence à travailler avec elles, mais il faut d'abord travailler avec celles qui feront le pari du développement du territoire et de l'amélioration de la vie quotidienne.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2020 à 12:50 :
La gauche n’a pas beaucoup de chance. Avec Renaud Payre à la tête c’est pire.
Je ne voterai pas pour vous, ni moi, ni mes amies, ni mes collègues
a écrit le 09/03/2020 à 11:25 :
Pourvu qu'il ne soit jamais élu à aucun poste politique. Ses bilans à SciencesPo Lyon sont catastrophiques. J'ose même pas vous parler du peu qu'il à fait en politique... Un désastre
a écrit le 06/03/2020 à 8:42 :
Quelle horreur ! La gauche détruit la France depuis 40 ans bientôt et cela ne suffit toujours pas à assécher son réservoir de candidats malades du bulbe ?

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