Caroline Collomb, talon d'Achille de Gérard

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Caroline Collomb ici avec son mari, David Kimelfeld et Georges Kepenekian, le 26 avril 2018. Cinq mois avant le début des hostilités.
Caroline Collomb ici avec son mari, David Kimelfeld et Georges Kepenekian, le 26 avril 2018. Cinq mois avant le début des hostilités. (Crédits : REA)
On ne comprend pas le "psychodrame Collomb", de son départ de la place Beauvau à sa double ambition municipale et métropolitaine, si l'on néglige la personnalité, l'influence et les prétentions politiques de son épouse Caroline. Laquelle, référente LaRem du Rhône, polarise une grande partie du "problème". Au sein des instances du parti, désormais sommées de trancher, l'embarras est immense. L'arbitrage final peut-il échapper à Emmanuel Macron ?

Elle concentre un nombre certain de réprimandes au sein du cénacle lyonnais, et aussi d'explications sur le comportement politique de son mari ou sur les errements dont ledit cénacle l'accable. Dans la bouche des sources les plus autorisées par leur proximité, historique ou actuelle, avec le "couple", Caroline Collomb, 42 ans, épousée en 2000, surgit en effet systématiquement au moment de "comprendre".

La démission en deux temps de la place Beauvau et surtout la "seconde lame" ? "C'est elle", exerçant sur son mari d'indicibles pressions motivées par une conviction : demeurer davantage à Paris signifiait mettre en péril son - le sien comme celui de son époux - avenir politique lyonnais. Un rapport de force affectif qui n'était pas soudain :

"Dès le début, elle ne voulait pas qu'il soit ministre, et depuis plusieurs mois accentuait les menaces. Extrêmement critique à l'égard du gouvernement, elle a placé son époux dans une position d'inquiétude vis-à-vis d'un entourage qui pourtant lui était d'une loyauté sans faille, elle a instillé le doute qui, ensuite, s'est propagé", détaille-t-on "au plus près" de Gérard Collomb.

Les différentes hypothèses de l'engagement électoral de sa cadette de trente ans pour les prochaines municipales - voire, au-delà, les futures régionales - exacerbent le courroux. L'une, plausible, fait référence à une présence éligible sur la liste conduite par Gérard Collomb, lui assurant une mise en lumière et une première légitimation dont elle pourrait tirer profit ultérieurement. D'aucuns évoquent même un accord intime au sein du couple, prophétisant une passation de pouvoir au cours du mandat.

"Ce sont les Ceausescu", claque une figure du monde patronal.

"Son" tour

L'ambition politique de cette diplômée de l'IEP Paris aujourd'hui magistrate au tribunal administratif, est immense. Et sa détermination, à la mesure.

Elle qui a partagé les bancs de sciences Po avec le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, été très amie - avant de se fâcher - avec la "multi" ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem et l'ex-députée PS Barbara Romagnan, voit cette génération "s'accomplir" politiquement, et juge que son heure est venue.

La révélation et la montée en puissance de son influence surgissent au lendemain de la réélection de son mari en 2008, examine l'un des artisans du triomphe :

"Aussitôt, Gérard écume les plateaux télés et est porté aux nues. S'ensuivent, pendant l'été, quelques semaines de dé(com)pression, et, à la rentrée de septembre il vient m'annoncer, jubilant : "Nous allons faire pour la France ce que nous avons réussi à Lyon". Cette nouvelle destinée nationale correspond à l'emprise croissante de sa femme".

Reste, souffle un fin connaisseur du couple, une règle :

"Ce n'est pas parce qu'on s'appelle Collomb qu'on a le talent de Gérard...".

Népotisme

Les manoeuvres qu'elle entreprend lors des législatives de 2017 - au nom de sa contribution, déterminante, au succès d'Emmanuel Macron, Gérard Collomb put "peser" très significativement auprès de la Commission nationale d'investiture lorsqu'il s'agit de nommer les candidats de "son" territoire - demeurent aiguës dans la mémoire des acteurs : selon nos informations, elle obtint l'éviction du postulant naturel, Thierry Braillard, alors député PS sortant et secrétaire d'Etat aux Sports, puis la désignation de Thomas Rudigoz, avec lequel, pourtant, elle entretient une glaciale relation.

L'enjeu était limpide : grâce au non cumul des mandats, une fois élu à l'Assemblée nationale ce dernier, alors maire du 5e arrondissement, libérait la place que convoitait désormais Caroline Collomb et plus encore l'espace qu'elle pouvait alors investir et "s'approprier".

Autant d'arrangements autorisant une interprétation collusive ou exhalant une dérive népotique que ni la "culture" politique lyonnaise - demeurée meurtrie par le tandem que formaient le maire RPR Michel Noir et son gendre Pierre Botton, condamné pour abus de biens sociaux et incarcéré 602 jours - ni "l'époque" politique nationale et les exigences éthiques de l'opinion publique ne semblent pouvoir tolérer.

Place Beauvau et en présence de son mari, sa réception dînatoire, le 6 décembre 2017, d'une quinzaine d'amies lyonnaises influentes avait-elle pour fin de polir sa réputation et soigner son réseau ?

LaRem otage

Au-delà de sa stratégie de conquête politique, le tempérament jugé éruptif, irascible et peu empathique, et les méthodes managériales et de gouvernance de la "femme de" enflamment la contestation. Et cela au sein même de La République En Marche (LaRem) dont elle est la référente du Rhône.

"Notre mouvement est en danger dans la Métropole lyonnaise (...). Certains comités parmi les plus actifs et qui faisaient preuve d'indépendance ont été écartés en faveur de comités dociles, parfois créés de toutes pièces (...). Les relations avec les élu(e)s locaux ont été rendues difficiles, voire "interdites" (...). Les prochaines élections européennes, dont notre avenir dépend, ne sont pas prises en compte ; elles sont relayées loin derrière les échéances de 2020 ! Nous craignons que LaRem soit gouvernée à Lyon par une personne qui n'incarne pas le projet d'Emmanuel Macron mais qui privilégie son ambition personnelle (...) ".

Extrait d'une lettre ouverte, rédigée par des élus et animateurs de comités locaux, transmise le 2 octobre et de nouveau le 10 décembre au délégué général du mouvement - Christophe Castaner puis Stanislas Guérini.

La missive, tout aussi explicite, concoctée par des députés LaRem du Rhône le 13 décembre, ne dissipe pas les doutes. Les élus fustigent leur mise à l'écart d'une réunion stratégique, orchestrée deux jours plus tard, consacrée à l'organisation des échéances futures.

Selon eux une grave faute de gouvernance, nuisant à l'enjeu majeur du moment, dicté par le contexte de la "crise des gilets jaunes" et par l'exhortation présidentielle de réinfléchir et de revitaliser le dialogue avec les citoyens à quelques semaines de la grande concertation nationale.

L'objet même dudit séminaire, notamment le lancement d'"Une grande Marche pour ma commune et pour la Métropole de Lyon" exacerbe l'ire. Au final, les contempteurs décrivent l'organisation locale du mouvement otage de l'ambition personnelle de sa patronne - qui n'a pas donné suite à notre demande d'interview.

Prise de risque élevée

La gestion du "cas" Caroline Collomb embarrasse au plus haut niveau de LaRem et, tel le fameux sparadrap du capitaine Haddock dans L'affaire Tournesol, lui colle avec agacement.

A l'aune de la fronde qu'elle suscite et des "nouvelles" relations de son mari au plus haut sommet de l'Etat, son sort "semble" réglé. La schizophrénie de la situation, dorénavant explosive, ne "semble" pas durable. Elle est même jugée d'autant plus duplice et intenable que le maire de Lyon a décidé de s'affranchir de l'étiquette En marche pour amorcer la campagne.

La confession corroborative d'un des principaux hiérarques de la direction nationale du parti "semble" être sans ambigüité sur l'issue du schisme, qui revient au bureau exécutif. Selon nos sources, Stanislas Guérini pourrait d'ailleurs se saisir du refus réitéré de Caroline Collomb de créer le "bureau politique" exigé dans les statuts, pour trancher.

Mais seulement "semble". Car la prise de risque politique est élevée. Le parti présidentiel ne peut aucunement se permettre de "perdre" Lyon et l'agglomération. Or, outre que le patronyme Collomb demeure une "marque", l'excommunication de Caroline serait susceptible de provoquer une réaction en chaine incontrôlable, y compris une fuite en avant à même de profiter à l'adversité - même si celle-ci demeure, pour l'heure, moribonde.

D'autre part, comment la Commission nationale d'investiture refusera-t-elle à David Kimelfeld, s'il le sollicite, le label LaRem ? Le seul arbitre de ce billard à plusieurs bandes, celui aux mains duquel est concentrée la "résolution de l'insoluble", a pour nom Emmanuel Macron. Le statu quo qui s'étend depuis le début de l'automne en dit long sur la vulnérabilité organique de sa formation politique, et sur l'embarras affectif et stratégique dans lequel il est plongé.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2019 à 18:02 :
Merci à M. Lafay, et par extension, à La Tribune, pour ce dossier d'une agréable qualité, et tout bonnement édifiant.
L'électeur lyonnais las de cette aberration aura tout loisir de botter le train des carriéristes dont il est question, s'il juge sa faute inexcusable.

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