Livres scolaires : la Région confirme sa volonté de transformer le Pass’Région

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(Crédits : DR)
Les trois réunions qui se sont déroulées au cours des dernières semaines n’auront pas suffi à faire infléchir sa position. Le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a confirmé lors d’une conférence de presse qu’il soumettrait au vote de l’assemblée régionale son projet de gratuité des manuels scolaires. En remplaçant l’aide du Pass’Région par un appel d’offres, la Région a justifié sa décision par un gain pour le pouvoir d’achat des familles en pleine période de réforme des lycées. De leur côté, les libraires craignent plus que jamais la disparition d’un certain nombre de librairies indépendantes.

Alors que l'heure est à la réforme des lycées, mais aussi, à un contexte social marqué par les revendications des gilets jaunes, le président de la Région Auvergne Rhône-Alpes est revenu sur l'un de ses engagements de campagne, qui concernait le maintien du Pass'Région.

Instauré en 2002 par l'ex-présidente de la Région Anne-Marie Comparini, ce dispositif allouait en effet une aide annuelle de 70 à 100 € aux familles des lycéens, pour l'achat de leurs manuels scolaires en librairie, ainsi qu'une enveloppe de 8 € destinée aux loisirs.

Dans le nouveau projet, qui sera soumis dès ce mercredi au vote de l'assemblée régionale, l'aide aux loisirs demeurera et sera même augmentée à 15€, tandis que l'achat des manuels scolaires sera refondu et géré directement par la Région elle-même, sous forme d'appels d'offres. Un nouveau dispositif qui s'appliquera dès la rentrée prochaine pour une grande partie des lycéens, et à compter de la rentrée suivante pour les élèves de terminale et des bacs professionnels.

L'exécutif justifie notamment ce changement de braquet par une volonté "d'harmoniser les modes de fonctionnement" entre l'Auvergne, qui était déjà passée à un régime d'appels d'offres, et Rhône-Alpes, dans laquelle le Pass'Région demeurait jusqu'ici en vigueur. Et ce, "afin que les lycéens, quel que soit leur territoire, soient aidés de manière équitable", rappelait la Région, par voie de communiqué.

Mais plus qu'une idée de meilleure répartition territoriale, le président Laurent Wauquiez a placé le symbole de la gratuité des manuels scolaires au centre de sa démarche, dans un contexte national déjà fortement préoccupé par les questionnements autour du pouvoir d'achat des ménages.

"C'est un signal fort envoyé aux familles : la Région Auvergne-Rhône- Alpes se bat pour leur pouvoir d'achat", a-t-il déclaré.

Une réforme du bac en cause

Une mesure qui se positionnerait également dans le contexte national de la réforme du lycée.

"Avec la réforme du bac, qui signe la fin des filières S, ES et L telles qu'on les connait aujourd'hui, au profit d'un tronc commun, les familles auraient eu à acheter au moins neuf manuels dès l'an prochain, soit une dépense pouvant s'élever jusqu'à 250€ par élève, et même 500€ si l'on considère les familles ayant deux jeunes au lycée", justifie Béatrice Berthoux, vice-présidente d'Auvergne Rhône-Alpes en charge des Lycées.

Mais si la Région a choisi de passer par un appel d'offres pour l'achat de ces nouveaux manuels, c'est aussi dans une optique de vouloir mieux mutualiser les coûts. "Avec cette réforme, c'est 32 millions d'euros que l'on doit mettre sur la table pour acheter de nouveaux livres : or, une collectivité comme la région ne peut pas investir à ce niveau-là à l'heure où nous sommes en parallèle tenus à réduire nos propres dépenses de fonctionnement de 50 millions d'euros", ajoute Béatrice Berthoux.

Pour autant, celle-ci affirme que la Région veillera à ne pas demander des remises trop importantes qui mettraient en danger la survie des libraires locaux, sans pour autant préciser l'enveloppe qui pourrait être allouée au total.

Et d'ajouter : "Il y aura déjà 9 millions d'euros qui vont continuer à être versés à travers le Pass'Région aux élèves de terminale et des filières professionnelles, qui ne sont pas concernées par la réforme, ainsi que les lycées privés qui continueront à se fournir directement auprès des librairies. Cela fait que l'an prochain, le montant qui devrait être dépensé par la Région dans le tissu local restera quasiment le même", avance-t-elle.

Les libraires craignent « un effet domino »

Alors que de leur côté, les libraires font face à un double enjeu avec l'essor du e-commerce et un phénomène de désertification des centres-villes qui s'intensifie, l'inquiétude est palpable.

"Cela ne va pas dans le bon sens, d'autant plus que la fréquentation des librairies a un effet domino sur le centre-ville, puisque les gens qui viennent ici vont ensuite consommer ailleurs", estime le co-président de Libraires en Rhône-Alpes et gérant de la librairie Lucioles à Vienne, Alain Bélier.

"Il existe en effet des transformations qui s'amorcent, et c'est peut-être l'occasion pour certains commerces dont les librairies de coller aux évolutions de la société et de proposer des prestations différentes", suggère pour sa part Béatrice Berthoux.

Si aucun des libraires interrogés ne s'est montré opposé à la gratuité des manuels, un collectif rassemblant près de 150 professionnels avait cependant alerté la Région dès la fin novembre sur les conséquences du passage à une telle formule. Tributaires en effet du passage des lycéens et notamment de l'achat des manuels scolaires pour 8 à 40% de leur chiffre d'affaire annuel, les librairies craignent que cette mesure entraîne une baisse de fréquentation y compris sur les rayons annexes, tels que la papeterie ou les livres de poche.

Un changement qui pourrait même, selon eux, creuser l'écart entre les petits et grands établissements, disposant de plus de moyens et de possibilité de proposer des services comme la livraison des manuels. Au total, le collectif des libraires en Rhône-Alpes estime que plus de 2/3 des 250 librairies de la région seront concernées, "avec plusieurs dizaines d'emplois à court terme, et beaucoup plus si celle-ci conduit à la fermeture de librairies".

"En Auvergne, où ce dispositif est déjà instauré, nous avons même des confrères qui avaient fait des emprunts sur trésorerie pour tenir jusqu'à ce que le rétablissement Pass'Région, annoncé lors de la campagne de Laurent Wauquiez, ne revienne. Ils vont être contraints de fermer boutique en janvier", souligne Alexandra Charroin-Spangenberg, gérante de la librairie de Paris à Saint-Etienne.

2/3 des libraires concernées

Face aux inquiétudes avancées par le milieu du livre, la vice-présidente aux lycées a souhaité se montrer rassurante concernant les critères d'attribution de ces appels d'offres.

"L'idée est d'allotir ces appels d'offres en allant au plus près des libraires afin qu'ils bénéficient de ces dépenses".

Et rappelle que les critères de ces marchés à attribuer seront discutés dès janvier avec les acteurs du terrain. "La nouvelle législation sur les marchés publics va nous permettre de mettre en avant des critères comme le développement durable, mais aussi les économies d'énergie, etc, en vue de privilégier des fournisseurs de proximité, qui peuvent en parallèle offrir des services comme de l'animation ou la distribution de manuels", complète Béatrice Berthoux, qui ajoute : "En discutant avec les acteurs d'Auvergne, on s'est rendus compte que les appels d'offres là-bas n'avaient pas été travaillés en amont et n'avaient pas mis en place de critères qualitatifs. Il y a certainement quelque chose à faire de ce côté".

Mise à l'ordre du jour de la prochaine assemblée plénière qui se tient ce mercredi et jeudi, cette refonte du Pass'Région semble en bonne voie pour être entérinée rapidement.

"Selon nos informations, il n'y a pas de raison qu'il y ait de voix dissidentes sur ce projet", nous confie une source proche des libraires.

Alors que la position de ces derniers semble en effet de plus en plus difficile à tenir, face à une Région qui devrait bientôt rédiger les règles des futurs appels d'offres - et qui se trouve également au rang des financeurs de l'Association des libraires en Rhône-Alpes -, plusieurs libraires, dépités, n'espèrent plus qu'à limiter la casse.

"Nous allons essayer de peser à partir de janvier pour discuter des critères d'attribution des marchés afin d'obtenir des garanties pour sauver les plus petites librairies", affirmait Alexandra Charroin-Spangenberg, gérante de la Librairie de Paris à Saint-Etienne.

"Nous essayons de retenir et de prendre acte de la volonté de la Région d'aider en contrepartie les libraires à trouver des sources de compensation par rapport à ce qu'on leur enlève. Nous allons essayer d'être constructifs, même si nous n'avons pas le choix", souligne Alain Bélier.

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Commentaires
a écrit le 20/12/2018 à 10:34 :
Il faut chercher le diable dans les détails : la suppression de la Carte Pass permet en fait à la Région de favoriser un peut plus les lycées privés en transférant l'argent des livres des familles vers les lycées !!!
Les cathos peuvent dire merci à LW
Réponse de le 20/12/2018 à 18:17 :
Je ne comprends pas l'intérêt de votre message, les élèves des établissements privés bénéficient des même droits que ceux des établissements publics en ce qui concerne le Pass Région !
Que d'agressivité en cette période de Noël :( Songez à faire la trève des confiseurs :)

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