Gilles Chabert, l'élu montagnard tout puissant

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(Crédits : Guillaume RIBOT)
Il affirme défendre "la" montagne au-delà de tout esprit partisan. Gilles Chabert, rocailleux patron des Écoles de ski français (ESF) et tout puissant président du Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF), a tissé un impressionnant réseau au sein des différents organismes composant le secteur de la montagne en France, et auprès de nombreux élus de tous bords politiques. Sa toile s'est encore densifiée après sa prise de fonction de "Monsieur Montagne" à la région Auvergne Rhône-Alpes. Un enchevêtrement d'intérêts qui pose question. Enquête.

"Je vous incite à titre personnel, en tant que président du syndicat des moniteurs du ski, à voter massivement, et sans hésiter, ce plan, si vous voulez vous régaler cet hiver dans nos vallées en pensant que vous avez contribué à donner du bonheur aux pratiquants." C'est par ces mots que le conseiller régional (Les Républicains) Gilles Chabert a présenté le 23 juin dernier, l'acte 1 du plan Montagne devant l'assemblée plénière de la région Auvergne Rhône-Alpes. L'élu inaugurait ses fonctions de président de la commission Montagne, en lien direct avec le président Laurent Wauquiez.

Le nouvel élu mettait ainsi en avant sa fonction de président du Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF) pour convaincre les élus régionaux de tous bords de soutenir sa délibération. Voté par l'assemblée régionale, ce premier volet du plan Montagne de l'exécutif ouvre, dès cet hiver, un financement de dix millions d'euros aux stations souhaitant renforcer leur parc de canons à neige, et donc développer l'utilisation de la neige artificielle. La façon de présenter son plan résume la place que Gilles Chabert occupe sur l'échiquier de la montagne : l'homme est au centre du jeu tant dans ce milieu que celui de la politique. Il sait le rappeler en soulignant ses responsabilités hors de l'assemblée régionale.

Pas si novice

Gilles Chabert a toujours été un homme de la montagne. Natif de Villard-de-Lans, dans le Vercors isérois, ce fils d'agriculteur a commencé une carrière de bûcheron avant de gravir tous les échelons à l'École de ski français (ESF) locale. En 1994, il est élu à la présidence du SNMSF qui, depuis son siège de Meylan (Isère), fédère les ESF et les moniteurs de ski qui y travaillent.

Sur la forme, cet homme aux allures de roc dénote au milieu des autres élus régionaux, souvent bien plus habitués à manier le politiquement correct, observe un élu régional. Pourtant, ce chasseur connaît bien la politique, lui qui se targue de participer aux chasses présidentielles à Chambord ou encore d'inviter à sa table nombre de parlementaires de tous bords.

C'est ainsi qu'il défend d'ailleurs l'augmentation des frais de représentation du SNMSF, lors d'un congrès du syndicat, quand il souligne avoir pris 40 kilos depuis sa nomination à la présidence, il y a 22 ans.

"Gilles Chabert est un type remarquable qui a une connaissance des dossiers très importante, témoigne Fabrice Pannekoucke, maire de Moûtiers (Savoie) et vice-président de la commission Montagne à la Région. Il ne découvre pas le milieu politique, mais d'habitude il est le chef. À la Région, ce n'est pas le cas, bien qu'il dispose d'une grande autonomie dans son action, et qu'il décide des orientations."

Gilles Chabert partage avec fierté sa principale œuvre qu'il a menée avec le syndicat : être parvenu à préserver les moniteurs d'ESF de la réglementation. "Si nous voulons passer sous la corde pour faire du hors-piste, nous le pouvons", se félicite-t-il, en rappelant qu'il intervient jusqu'à Bruxelles pour sauvegarder la neige de toute interférence réglementaire. Il se félicite d'avoir obtenu une dérogation au Traité de Rome pour empêcher des Européens non-français de venir enseigner librement en France. Sa capacité à convaincre le monde politique l'a même amené à présenter ses talents de lobbyiste devant les élèves de l'Ena.

Une puissance de feu

Avant tout, ce que Gilles Chabert vend aux politiques, c'est sa position de président du SNMSF, auquel adhèrent 17 000 moniteurs de ski en France. Ces professionnels sont non seulement des électeurs, mais surtout des centaines à occuper des postes de conseillers municipaux. Plusieurs dizaines seraient maires ou adjoints dans les communes des vallées. Autant de voix qui comptent auprès des parlementaires quand vient le temps des élections, que ce soit pour le Sénat, où les grands électeurs ont toutes les cartes en main, ou lors de l'élection présidentielle, quand les candidats...

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