Grenoble, prochaine ville sous tutelle ?

Par Marie Lyan  |   |  657  mots
(Crédits : Marie Lyan)
À trois semaines du premier tour des élections régionales, le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle a annoncé une journée de fermeture exceptionnelle du service public pour sensibiliser les Grenoblois à la situation économique de la ville. En cause : les baisses de dotations de l'Etat, qui pèseraient gros sur le budget 2016 de la ville. Le maire n'hésite pas à brandir la menace d'une mise sous tutelle. Coup de com' ou véritable risque ?

Accompagné de quatre de ses adjoints, le maire de Grenoble a tiré la sonnette d'alarme avec un message-choc : "Agir ou faillir". "Si nous n'agissons pas, Grenoble sera la première grande ville de France à passer sous tutelle", a déclaré le maire écologiste. Celui qui s'était élevé en décembre 2014 en brandissant une banderole contre l'austérité du gouvernement récidive par un nouveau coup d'éclat : la ville de Grenoble a décidé de fermer ses services publics durant toute une journée (hors services de sécurité et CCAS notamment), le 25 novembre prochain, pour "informer et sensibiliser les Grenoblois".

Un trou de 20 millions d'euros d'ici 2017

"Nous sommes arrivés à la fin d'un cycle où l'on pensait avoir l'abondance des ressources naturelles et financières", a estimé le maire, qui brandit la menace d'une mise sous tutelle pure et simple de la ville, notamment suite aux baisses de dotations de l'État.

"D'ici 2017, ce seront 20 millions d'euros qui seront amputés au budget de la ville. Cela représente la totalité des subventions de la ville, ou 80% des subventions au CCAS", a annoncé l'adjoint aux finances, Hakim Sabri.

Alors que la nouvelle équipe EELV-Parti de gauche refuse d'augmenter les impôts, comme l'on fait 40% des grandes villes de France à l'annonce de la baisse des dotations de l'État, et s'engage à maintenir les niveaux d'investissement, les marges de manœuvre seraient faibles.

 Une menace de tutelle ?

Brandie par la municipalité, la menace de la mise sous tutelle, effective dès lors qu'une ville a un déficit supérieur ou égal à 5% des recettes de fonctionnement, ne serait pourtant pas si immédiate. "Si nous avions continué comme avant, sans prendre de mesures à notre arrivée, le déficit aurait été atteint fin 2016 début 2017", résume Eric Piolle. Reste que les 20 millions d'euros à trouver d'ici 2017 seront difficiles à remplacer.

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A l'aube du débat d'orientation budgétaire qui doit se tenir au prochain conseil municipal de novembre, la nouvelle équipe espère que ce message-choc sera entendu par tous les partenaires :

"Nous avons déjà pris des mesures depuis l'an dernier avec des efforts de sobriété, mais nous allons devoir avoir des discussions sur le périmètre de l'action de la ville", a ajouté le maire.

En cause, les dépenses liées aux compétences transférées à d'autres échelons, telles que l'enseignement supérieur et la recherche désormais compétence de la Métropole, pourraient notamment être revues.

"Sans ressources , il y a des projets comme la plateforme Photonique, l'école Phelma qu'on continuait à financer malgré le transfert de compétences et qui faudra retravailler avec nos partenaires", annonce le maire.

De nouveaux efforts ?

En plus des efforts déjà engagés, tels que la stabilisation de la masse salariale, la poursuite de l'effort de rationalisation des services et des dépenses des élus (avec la baisse déjà amorcée de 25% des indemnités des élus et la revente des 15 berlines officielles), la ville de Grenoble compte impulser de nouvelles mesures.

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Elle envisage notamment des pistes de financement participatif et de mécénat voire de partenariats, ainsi que l'optimisation de l'immobilier municipal, qui représente près de 700 bâtiments pour 900 000 m2. "Des projets qui ont du sens pour Grenoble comme l'ancien musée de peinture ou l'hôtel Lesdiguières devront être également gelés si nous n'avons pas de financements", a ajouté Eric Piolle.

L'adjoint aux finances, Hakim Sabri, se défend toutefois de solutions toutes faites : "Nous allons devoir construire un débat, rien n'est acté tout est à construire".

Pour le maire, ce type de discours n'est pas alarmiste :

"Je suis convaincu que nous sommes sur le bon chemin et que ce qui se passe aujourd'hui à Grenoble se passera demain en France".