Rhône-Alpes/Auvergne, un mariage régional déjà consommé

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Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes et René Souchon, président de la région Auvergne, regarde cette fusion dans la même direction.
Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes et René Souchon, président de la région Auvergne, regarde cette fusion dans la même direction. (Crédits : Région Auvergne)
Avec la ferme volonté de sceller une union efficace, Auvergne et Rhône-Alpes avancent vers l'autel du regroupement. La fusion administrative concrétise des liens historiques et économiques déjà étroits appelés à se renforcer. Les deux régions se sont déjà lancées dans un programme conjoint d'actions. Les acteurs économiques, syndicaux, scientifiques ou culturels leur emboîtent le pas. Cette semaine Acteurs de l'économie-La Tribune revient sur les enjeux et les conséquences de cette union.

À peine actée la carte des nouvelles grandes régions, voilà les présidents des régions Auvergne et Rhône-Alpes déjà lancés dans moult déclarations et actions communes, rappelant à l'envie que ce mariage est consommé depuis plusieurs années.D'une liaison ferroviaire quotidienne directe entre Lyon et Clermont-Ferrand jusqu'à une représentation commune à Bruxelles, en passant par une réciprocité des dispositifs de formation pour les bénéficiaires auvergnats et rhônalpins, une dizaine d'initiatives communes sont d'ores et déjà sur les rails.

« Dès que quelque chose est décidé, on gagne à aller très vite dans la mise en œuvre », affirme René Souchon, président du conseil régional d'Auvergne, pourtant partisan, depuis 2002, de la création d'une « grande région Massif central ».

Une position qui semble désormais bien loin tant l'union transforézienne se veut idyllique ! Se référant à Léon Blum, qui en son temps plaidait pour « une espèce d'embellie dans des vies difficiles », Jean-Jack Queyranne et René Souchon ont ainsi commencé l'année par des vœux communs adressés aux habitants, affirmant notamment :

« Tel est le cap que nous prenons en Auvergne comme en Rhône-Alpes afin de donner à chacun les chances de s'épanouir, de progresser, d'entreprendre, de mener une vie digne et heureuse. »

région Rhône-Alpes

(La salle des assemblée de la Région Rhône-Alpes)

Le poids des échanges

Dans le discours comme sur le papier, Auvergne Rhône-Alpes, rebaptisée Aura, est assurément un regroupement qui ne manque pas de sens. Rhône-Alpes est, de loin, le premier partenaire commercial de l'Auvergne, loin devant la Bourgogne, le Centre et Midi-Pyrénées.

Au cours des deux dernières décennies, de grandes entreprises nationales du BTP, de services informatiques et des mutuelles ont créé une seule direction régionale, le plus souvent implantée dans l'agglomération lyonnaise.

81 % des adhérents du pôle de compétitivité ViaMeca appartiennent aux deux régions. Très vite, les clusters, grappes d'entreprises spécialisées par secteur, devraient aussi bannir les frontières régionales.

« Nous allons travailler ensemble pour mobiliser nos recherches de financement. Par ailleurs, nous allons intégrer cette dimension interrégionale au sein des clusters pour que des entreprises d'Auvergne puissent rejoindre des clusters de Rhône-Alpes et inversement », annonce Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la région Rhône-Alpes délégué au développement économique.

Le poids de l'histoire

Ce rapprochement puise aussi ses racines dans l'histoire. En raison de leur proximité géographique, les deux régions entretiennent historiquement des liens privilégiés. Les couteliers de Thiers (Puy-de-Dôme), dont les aciers spéciaux de qualité proviennent des aciéries de Bonpertuis installées à proximité de Grenoble, aiment à rappeler que ces relations sont plusieurs fois centenaires ; une jurande (ancêtre des cahiers des charges) du XVIe siècle obligeait leurs prédécesseurs à s'approvisionner en acier à La Mure (Isère).

Par ailleurs, il est connu que le dynamisme démographique actuel du secteur d'Yssingeaux (Haute-Loire) doit beaucoup à ses relations avec le bassin d'emploi de Saint-Étienne (lire pages 72 et 73). Outre les points de pertinence économique, il convient aussi de souligner les efforts réalisés ces dernières années, alors même que l'idée interrégionale n'existait pas, pour favoriser les liens entre les deux territoires.

Les infrastructures de communication et de transport sont à ce titre assez emblématiques. Du barreau de Balbigny (Loire), permettant de relier plus vite les deux capitales régionales, à un gain d'une trentaine de minutes sur le trajet ferroviaire entre Lyon et Clermont-Ferrand grâce à la suppression du nœud de Saint-Germain-des-Fossés (Allier), les villes auvergnates et rhônalpines se rapprochent. Et les échanges suivent.

Préserver son identité

À l'aube de la concrétisation du rapprochement, les acteurs auvergnats et rhônalpins sont donc pour l'heure à l'unisson pour donner davantage de sens à leur histoire commune. Et signe de la pertinence du nouvel ensemble et de la volonté de parvenir à réussir cette union, aucune voix ne se lève pour venir contrecarrer cet élan.

auvergne

« Ce rapprochement est un phénomène amplificateur : il va accélérer tous les échanges entre nos deux territoires », veut croire Bernard Schoumacher, président de la chambre de commerce et d'industrie Auvergne.

Il n'en reste pas moins que derrière les discours volontaristes, nombreux, à l'image du maire de Clermont-Ferrand, entendent maintenir leur position et ne pas perdre leur âme au nom du collectif.

« Nous devons jouer ensemble pour que l'Auvergne soit un territoire qui prenne sa place vis-à-vis des autres », affirme Olivier Bianchi, œuvrant à la construction d'un réseau des principales villes d'Auvergne pour « porter ensemble, collectivement et solidairement, la parole de l'Auvergne » et travailler avec les villes de Rhône-Alpes.

Et de conclure : « Cette fusion nous oblige à nous étalonner : Clermont-Ferrand était première dans son système, demain elle sera la quatrième ou cinquième dans un système au galop. Il est temps de se mettre à galoper. »

Carte d'identité

  • Auvergne

26 000 km2
1,3 million d'habitants
34 milliards d'euros de PIB

  • Rhône-Alpes

43 698 km2
6,3 millions d'habitants
196 milliards d'euros de PIB
449 703 entreprises

  • Future AURA

69 700 km2
7,6 millions d'habitants
230 milliards d'euros de PIB

 >> A lire mardi 24 février : "En route vers l'Aura où comment les exécutifs régionaux ont déjà entamé la construction de la future région."

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Commentaires
a écrit le 25/02/2015 à 16:51 :
En avant pour le sigle "AURA" mais prononcé "Rhone-Alpes-Auvergne", plus parlant et plus logique sur les plans économique, démographique, touristique..etc, donc plus connu en Europe

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