Chantier de l'A480 : quels impacts pour les entreprises grenobloises ?

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(Crédits : DR)
La société AREA a convié, jeudi 11 avril, une centaine de chefs d’entreprises au sein de l’amphithéâtre de la CCI de Grenoble, en marge d'une manifestation qui avait rassemblé, devant les locaux, une poignée d'opposants. Avec, au menu, les principaux points de ce chantier qui doit s’échelonner sur une durée de trois ans. Un secteur qui représente un fort enjeu d’accessibilité pour la métropole grenobloise, avec ses quelques 100 000 véhicules en circulation chaque jour.

Une réunion pour informer et lever les interrogations des chefs d'entreprises, qui font partie des premiers concernés par les grands travaux entrepris sur l'A480, le principal équipement routier de contournement de Grenoble. La rencontre, qui s'est tenue ce jeudi 11 avril à la CCI de Grenoble, promettait de répondre aux principales questions des acteurs grenoblois.

Avec le croisement de deux chantiers concomittants, que sont le passage de 2 à 3 voies pour l'A480, qui relie Grenoble à la barrière de péage de Voreppe (pris en charge par AREA), ainsi que le remodelage de l'échangeur du Rondeau, situé plus au sud (lui-même dirigé par l'Etat), les patrons grenoblois sont venus en nombre afin d'essayer de comprendre et d'anticiper la circulation au sein de l'Y grenoblois au cours des mois à venir.

"Il s'agit d'un chantier important car la non fluidité de l'agglomération est une limite à son développement économique, et concerne à la fois les artisans, collaborateurs et salariés des entreprises", rappelait en introduction le président de la CCI de Grenoble, Jean Vaylet.

"Il suffit de prendre sa voiture à Grenoble pour se rendre compte à quel point cet axe est encombré", résumait quant à lui Philippe Portal, le secrétaire général de la Préfecture de l'Isère.

Les partenaires ont insisté sur la nécessité de développer "une autoroute urbaine du 21e siècle", "afin de sécuriser et de fluidifier le trafic et de répondre aux nouveaux usages y compris en matière de mobilité douce", a souligné le vice-président du Département de l'Isère, Jean-Claude Peyrin.

Un calendrier respecté

Alors que le chantier de l'A480 a démarré officiellement début mars, avec de premiers détournements de circulation, le milieu économique se montrait friand d'informations en vue de prévoir l'activité à venir.

"Nous pouvons déjà dire que le planning des travaux de l'A380 annoncé en 2017 est respecté. Nous avons privilégié une organisation comprenant des fermetures de nuit, avec une ouverture des deux voies de circulation en journée en vue de ne pas trop perturber l'accès à Grenoble", indique Christophe Labbé, directeur des opérations de ce chantier, à AREA.

Ce dernier a par ailleurs confirmé que des fermetures successives des bretelles d'autoroute situées le long de l'A480 auront lieu, "sans qu'il n'y ait jamais deux bretelles à la suite fermées en même temps".

Et a rappelé que l'informations serait disponible, en temps réel, sur le site internet de l'A480, créé spécialement pour ces travaux. La société AREA a par ailleurs annoncé la mise à disposition de kits d'informations sous différentes formes, allant même jusqu'à une exposition itinérante, à destination des entreprises qui souhaiteraient informer leurs salariés tout au long de la durée du chantier.

A480 salle CCI

Lors des échanges avec la salle, de nombreuses questions ont été soulevées par les patrons présents. Avec, au menu, un intérêt non voilé pour la question du covoiturage. "N'existe-t-il pas un risque de l'autoroute demeure saturée avec une voie sur les trois réservée au covoiturage ?". "A partir de quel nombre d'occupants avez-vous établi qu'il s'agirait d'un covoiturage ? Et que fait-on des vignettes de pollution Crit'Air qui se mettent en place dans les métropoles : est-ce mieux de prendre demain une seule voiture, peu polluante mais avec seulement deux passagers, ou un véhicule plus polluant avec plus d'occupants ?".

Entre covoiturage, sécurité et tarifs de péage

Si la question semble avoir passionné les commerçants, qui s'intéressent de plus en plus aux questions de mobilité de leurs salariés, le sujet d'un péage urbain, mais aussi de l'augmentation des tarifs de la barrière de Voreppe, a été soulevée.

"Il n'y aura pas de péage urbain. Une légère augmentation, dont le montant n'est pas encore déterminé pour l'instant, sera progressivement mise en place à la barrière de péage. Mais celle-ci sera complètement neutralisée pour les véhicules qui possèdent un abonnement, ce qui représentent une part importante du trafic", a estimé la directrice innovation, construction et développement des réseaux APRR et AREA, Ghislaine Baillemont.

Alors que devant les locaux de la CCI, une poignée de manifestants se tenaient avec des banderoles ("A480 élargie, métropole asphyxiée", "A480 élargie + de bitume, voitures, pollution" ), un membre de la fédération du BTP a évoqué la question de la sécurisation du chantier :

"On a vu des opposants sur des chantiers comme Center Parcs et l'on sait par ailleurs qu'une partie du chantier se fera avec l'ANRU, près du quartier Mistral. Des mesures de sécurité ont-elles été prévues ?".

A480 manif

D'un autre côté, le secrétaire général de la Préfecture de l'Isère, Philippe Portal, a rappelé que toutes les informations concernant l'échangeur du Rondeau, point névralgique pour les échanges entre le nord et le sud de l'agglomération, ne seraient pas communiquées avant l'automne 2019, pour des travaux qui devraient démarrer à compter du second semestre 2020.

"Des études sont encore en cours avec plusieurs scénarios possibles, nous organiserons une nouvelle réunion dès que nous y verrons plus clair", a indiqué Philippe Portal.

Une nouvelle qui constitue une douche froide pour certains commerçants, à l'image du président de l'association Comboire Avenir, qui s'est justement déplacé pour tenter d'anticiper les déplacements des mois à venir, sur une zone commerciale située à proximité directe de l'échangeur, et qui accueille 150 enseignes pour près de 2500 salariés.

"Nous avons déjà une problématique d'accès et de circulation de l'espace Comboire aux heures d'affluence, ainsi qu'un enjeu d'attractivité car les gens trouvent que l'accès est trop difficile. Et nous savons que ces travaux vont encore impacter le secteur, en détournant notamment une partie du trafic sur la zone. Nous avons donc besoin de visibilité".

"Il nous reste encore beaucoup de questions qui sont restées sans réponses, car nous venions surtout pour parler du Rondeau", glisse un autre commerçant, qui ne souhaite pas être cité.

Deux projets liés, mais distincts

Pour rappel, le projet de remodelage de l'échangeur du Rondeau, construit en 1982, a été soumis à une enquête publique ainsi qu'un accord d'intention et de financement signé entre les différents partenaires (Etat, Région, Métropole, AREA), pour un budget chiffré à 83 millions d'euros. Il absorbe actuellement avec de grandes difficultés près de 100 000 véhicules par jour (dont 85% de trafic local).

Ce dossier est mené en parallèle au réaménagement de l'A480, qui comprend le passage d'une deux à trois voies sur 7 km ainsi que de nouveaux équipements (protections phoniques, circulations cyclables et piétonnes, des voies réservées aux transports en commun et covoiturage).

Conduit par la société d'autoroute AREA pour un budget de 300 millions d'euros, ce chantier aboutira également sur un tronçon limité à 70 km/h, selon un arrêté signé récemment par le Préfêt de l'Isère visant à assurer une pour une circulation "apaisée et sécurisée".

Au total, près de 3 300 emplois directs et indirects devraient ainsi être créés au cours des trois années de travaux. Ces deux chantiers d'envergure ont été déclarés d'utilité publique le 23 juillet 2018 par un arrêté du Préfêt de l'Isère. Le tribunal administratif avait été saisi par quatre citoyens qui souhaitaient contester la légalité de cet arrêté dans un référé, qui a été rejeté début mars.

Mais la partie n'est pas terminée puisque les opposants attendent désormais une décision sur le fond du dossier, qui ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois. Pour autant, Ghislaine Baillemont, s'est montrée confiante : "Je peux vous assurer que le chantier ne sera pas stoppé".

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