Erai : Les représentants étrangers dans l'expectative

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Le siège d'Erai à Shanghaï
Le siège d'Erai à Shanghaï (Crédits : DR)
Devant la situation cataclysmique d'Erai, les acteurs de l'international en Rhône-Alpes restent avares de commentaires. Ceux qui acceptent de s'exprimer reconnaissent volontiers le rôle et l'action de l'agence, tout en s'interrogeant sur un éventuel après. D'autres relativisent, et avouent les effets limités de sa disparition.

À l'échelle de la région, la situation d'Erai est une bombe politique. Mais vu de l'étranger, c'est, pour le moment, encore un peu flou. Il est d'ailleurs difficile de trouver des représentants internationaux en Rhône-Alpes qui acceptent d'évoquer la (très) probable liquidation de la structure. Il faut reconnaître que la nouvelle a pris de court la plupart d'entre eux. « Je suis encore sous le coup de la surprise, avoue Mirco Iadarola, secrétaire général de la chambre de commerce italienne à Lyon. Je pense qu'il est encore un peu tôt pour connaître les réactions à l'étranger. » « Quelles seront les répercussions ? Je n'en sais rien, lâche Klaus Ranner, consul général d'Allemagne à Lyon. Je ne suis pas prophète ! » Enfin, de son côté, le président des Conseillers du commerce extérieur de Rhône-Alpes, Pascal Nadobny, ressent « plus d'inquiétude et d'incompréhension » qu'il n'a vent « de commentaires laissant entendre que l'image de la région est atteinte ».

Une notoriété indéniable

Bien qu'encore dans l'expectative, les acteurs étrangers de la région reconnaissent volontiers le bien-fondé d'Erai en matière d'échanges économiques internationaux. « L'Italie et la France sont, l'un pour l'autre, le deuxième partenaire commercial, rappelle Mirco Iadarola. Ces relations économiques sont vivantes, il faut les renouveler constamment. Or la présence sur le terrain d'un acteur comme Erai est un facteur positif. C'est pourquoi il a toute sa place. » Le secrétaire général de la chambre de commerce italienne, qui est en contact régulier avec le bureau italien d'Erai, se félicite des relations entretenues avec l'agence. « On est, d'une certaine façon, très complémentaires. Notre cœur de métier est d'être activé par les chambres de commerces italiennes. Erai, pour sa part, agit dans l'autre sens. » Mirco Iadarola craint que la disparition d'Erai intervienne au pire moment, à savoir à la veille de l'Exposition universelle 2015, qui doit se dérouler à Milan du 1er mai au 31 octobre prochains. Un événement international sur lequel Rhône-Alpes est présent dans le cadre du pavillon France. À propos du rôle d'Erai, le consul général d'Allemagne partage peu ou prou le même point de vue : « Erai est bien connue des entreprises allemandes et nombreuses sociétés françaises ont recours à ses services pour promouvoir leur activité Outre-Rhin. À titre personnel, Erai est également très utile en tant que source d'information et comme outil destiné à promouvoir la coopération entre nos deux pays. »

Qui pour remplacer Erai ?

Unanimement, les acteurs internationaux se posent la question de l'après-Erai. « Qui pourra prendre la suite, s'interroge Jean-Paul Granados, président du club d'affaires franco-espagnol de Lyon. Les chambres de commerce peut-être, mais pas les clubs d'affaires, car nous n'avons pas les moyens ni les structures suffisants, alors qu'Erai dispose de bureaux, de sous-traitants, etc., c'est une véritable entreprise. Si l'agence disparaît, je ne sais pas à qui s'adresseront les entreprises qui ont besoin de tester un marché. Clairement, une organisation comme Erai s'impose. » « La disparition éventuelle d'Erai laisserait un vide et la nature a horreur du vide, anticipe pour sa part Mirco Iadarola. Notre activité consiste à répondre à des besoins concrets des entreprises. Si Erai n'est plus là, elles iront chercher d'autres interlocuteurs, publics ou privés. Or ce qui différencie un acteur institutionnel comme le nôtre d'un acteur privé, c'est que nous ne sommes pas uniquement dans une logique de profit. »

Efficacité relative

Certains, en revanche, n'hésitent pas à relativiser l'impact de l'éventuelle liquidation d'Erai. C'est le cas de Guy Romain, qui a longtemps dirigé le cabinet d'ingénierie Datem (Savoie) et est actuellement associé à l'entreprise Chinattitude (Drôme), spécialisée dans le développement d'affaires en Chine. Pour ce spécialiste de l'international, « la disparition d'Erai dans sa configuration actuelle n'aurait pas une grande influence négative. Ce serait sans doute plus gênant dans les pays voisins (Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre...) où elle a davantage de missions, mais vu de Pologne ou d'Afrique, Erai n'est qu'un pion parmi tant d'autres ».

L'homme estime que l'agence se positionne comme un outil de consulting alors qu'elle devrait davantage travailler à la promotion de la région et de ses entreprises à l'international. Une « concurrence déloyale vis-à-vis des consultants privés, financée sur fonds publics ». Le tout avec une efficacité toute relative. « Comment se fait-il que Rhône-Alpes, la deuxième région économique de France avec des pôles de compétitivité performants, n'enregistre que 23 à 25 % de son PIB à l'export alors que l'Alsace est à 40 % ? Cela pose la question de l'efficacité d'Erai sur le terrain. Personnellement, je reste persuadé que si elle avait accepté de travaillé avec nous, les consultants, privés, on aurait pu passer à 30 % du PIB à l'international. Mais la direction d'Erai n'a jamais voulu. » Et d'enfoncer le clou : « Erai est devenue, au fil du temps, un développeur de petites missions. Durant ma carrière, j'ai créé des réseaux de consultants un peu partout dans le monde, je suis allé en Pologne, au Québec... et jamais je n'ai croisé Erai. J'ai accompagné de 50 à 60 entreprises de haute technologie et jamais je n'ai été en concurrence avec Erai. »

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Commentaires
a écrit le 09/06/2015 à 11:21 :
"Implantis" ERAI à Shanghai, comme ils aiment à nous appeler, la fermeture d'ERAI engendre de gros problèmes pour les PME ayant fait confiance à cette institution. Vivant la situation au jour le jour, sachant très bien que je ne percevrais jamais mon salaire du mois de juin 2015, même si mon entreprise, partenaire d'ERAI depuis plus de 3 ans maintenant à rempli sa part du contrat... Je trouve la gestion de cette institution, qui avait pourtant tout pour réussir, désastreuse! Quand on sait que les loyers à Shanghai pour un plateau d'openspace coûtent en moyenne 7 000 à 10 000€ par mois (voire moins cher selon les quartiers), et que le batîment, construit par la région pour l'Expo 2010, coûte au bas mot plus de 60 000€/mois à la région et l'institution (local imposé par la région à ERAI)... Je deviens fou!! Mon entreprise, qui payait au trimestre, avait déjà versé son du pour avril, mai, juin 2015 à ERAI Shanghai... Il y a une semaine, on m'annonce gentiment que mon salaire ne me sera pas reversé! Mais il est tellement plus facile de vivre au dessus de ses moyens lorsqu'il s'agit de l'argent public!! Un grand BRAVO à tous ces acteurs inconscients qui pénalisent avant tout les PME françaises présentent dans le monde!
a écrit le 29/04/2015 à 8:40 :
22 régions hier, une douzaine maintenant, qui ont pour la plupart créé leurs structures d'aide à l'export, en sur-complément de celles de l'Etat, des CCI, etc... Pour une balance commerciale et des services toujours lourdement déficitaire. L'international est une affaire d'experts terrain aguerris, de réseaux, d'entrepreneurs, tous travaillant sur la durée et certainement pas d'employés publics ou consulaires, plein de bonne volonté (au mieux) mais n'ayant pas fait de vraies "classes" ni eu le baptême du feu (prospecter à T0, obtenir des commandes et en recevoir le paiement, trouver et motiver des agents, des distributeurs, exposer à des salons professionnels, concevoir des produits adaptés à des demandes différentes, créer des filiales locales, racheter des entreprises étrangères,...).

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