Municipales 2020 : A Grenoble, les acteurs économiques dévoilent leurs attentes

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Les acteurs économiques sont conscients que la question de l'attractivité passera demain par une amélioration du cadre de vie de leurs salariés.
Les acteurs économiques sont conscients que la question de l'attractivité passera demain par une amélioration du cadre de vie de leurs salariés. (Crédits : ML)
A l’aube du premier tour des municipales, qui doit se tenir le 15 mars prochain, les acteurs économiques de l’agglomération grenobloise dressent le bilan des six dernières années et évoquent leurs attentes face aux sept candidats en lice pour occuper le fauteuil de l’hôtel de ville. Avec des préoccupations unanimement tournées autour de l’attractivité de la ville et de la mobilité.

Alors que sept candidats s'affrontent désormais pour récupérer le siège du maire sortant EELV, Eric Piolle, les acteurs économiques du tissu grenoblois évoquent leurs attentes en vue de ce nouveau mandat.

Lire aussi : Municipales 2020 : A Grenoble, quel programme économique pour quel candidat ?

Avec, sans surprise, la question des déplacements, qui occupe toujours une place prépondérante dans une métropole qui se positionnait, en 2019, comme la quatrième ville la plus embouteillée de France, d'après le baromètre de la société de GPS TomTom.

"Il est certain qu'il existe des choses à faire au niveau des déplacements. La question de l'élargissement de l'A480 a été un gros sujet, mais il reste des efforts à poursuivre", admet le président du Medef 38, Pierre Streiff.

Car malgré le dernier classement de la revue Alternatives Economiques, qui hissait Grenoble en première position des villes de plus de 50 000 habitants où il ferait bon vivre, les acteurs économiques dressent un constat beaucoup plus mitigé de la situation de la ville.

"Les chiffres dont nous disposons aujourd'hui ne démontrent pas forcément de difficultés particulières, le nombre de défaillances d'entreprises en 2019 semble même comparable aux années précédentes. Il faut vraiment se plonger dans le petit commerce de centre-ville pour observer une aggravation de la situation", analyse Jérôme Lopez, président de la CPME 38.

Pour autant, ce dernier nuance :

"L'économie est en partie basé sur le climat de confiance et d'optimisme de ses dirigeants. Or, la plupart des acteurs économiques du bassin s'en sortent, mais avec l'impression qu'on leur met plus de bâtons dans les roues qu'ailleurs".

Alors que la région grenobloise abrite encore les sièges d'un certain nombre de grands groupes (Schneider, STMicroelectronis, Cap Gemini, Atos, HP...) et de PME (Araymond, Poma, etc), "il ne faudrait pas que les nouveaux dirigeants qui peuvent arriver à la tête de ces entreprises se disent qu'il est trop compliqué de rester à Grenoble", met en garde le président du Medef.

La question des mobilités au cœur des préoccupations

Or, plusieurs mesures, telles que le changement du plan de circulation et de stationnement, la piétonisation de certains quartiers, ou encore les travaux du plan Cœur de métropole, Cœur de Ville, auraient pénalisé l'activité des acteurs économiques du bassin, qui évoquent un manque d'accessibilité du centre-ville.

Si les changements qui ont été entrepris "sont à l'image de ce qui se fait aujourd'hui dans les grandes métropoles", "il faut aussi avoir, en parallèle, la capacité d'offrir des stationnements disponibles et simples d'accès à proximité de ces espaces", nuance Pierre Streiff.

Un manque d'accessibilité pointé du doigt par plusieurs acteurs, dont Jean-Noël Antoine, président de la Capeb Isère :

"Les travaux de rénovation énergétiques, dont le parc immobilier grenoblois a besoin, sont réalisés par des artisans du bâtiment qui ne savent plus où mettre leurs fourgons pour emmener leur marchandise. Cela devient un vrai problème car nous ne pouvons pas travailler la nuit, ni amener nos matériaux en triporteur électrique".

Alors que la municipalité Piolle a déjà été distinguée, à plusieurs reprises, pour sa politique en faveur du vélo et sa lutte contre la pollution de l'air, les acteurs privés s'avouent, d'un autre côté, parfois démunis.

"Dans nos échanges avec les principaux candidats, nous avons évoqué la Zone à faibles émissions (ZFE), qui pose un enjeu majeur pour les métiers des travaux publics, car les solutions techniques n'existent pas encore à ce jour. Et ce, malgré les sollicitations des entreprises réalisées auprès des constructeurs", explique Jérôme Lopez.

"Les entreprises peuvent fournir des aides à leurs salariés pour qu'ils prennent les transports en commun, mais il ne faut pas opposer cette question au fait de proposer des accès routiers faciles lorsque les entreprises en ont besoin, pour la livraison de gros équipements", complète Thierry Uring, délégué général de l'Udimec.

L'attractivité au coeur de tous les sujets

Mais les acteurs économiques sont également conscients que la question de l'attractivité passera également demain par une amélioration du cadre de vie de leurs salariés.

"L'un des enjeux 'numéro un' pour les entreprises demeure l'emploi. Et l'on assiste aujourd'hui à un renversement de tendance, qui veut que les sociétés s'installent désormais là où il existe des compétences, au lieu de faire venir les gens là où elles se trouvent", observe Eric Pierrel, president de FrenchTech in the Alps Grenoble, qui estime que cela passe par une offre globale intégrant à la fois le logement, les transports, la formation, ainsi qu'un cadre de vie agréable.

A ce titre, Thierry Uring y placerait volontiers la question de la sécurité :

"Il ne faut pas se mentir. La sécurité entre en ligne de compte lorsque l'on embauche des cadres supérieurs qui ont des familles, et qui ont lu dans les médias que Grenoble était une ville peu sûre. Il faut pouvoir l'entendre".

Ce dernier évoque également, de manière plus générale, le fait de "créer des événements à destination de tous les publics qui rassemblent et donnent envie, que ce soit sur le plan culturel, sportif ou artistique".

"Dans le domaine du sport, nous avons par exemple deux clubs, hockey et rugby, qui brillent, ainsi qu'un club de foot qui a un temps fait partie de la ligne 1. Il faut en profiter pour créer des événements afin de faire venir les gens et de mobiliser les entreprises", complète Pierre Streiff, qui cite en exemple le club de football lyonnais voisin, fortement soutenu par un tissu d'acteurs privés.

Une nécessité de relancer le dialogue

Mais plus que la défense de dossiers précis, ce sont avant tout des échanges qui sont désormais attendus par les acteurs économiques du bassin, qui ont parfois eu l'impression d'avoir été "mis de côté".

"Les acteurs de l'économie de proximité peuvent être force de propositions pour créer la ville de demain. Mais pour cela, il va falloir que nous soyons écoutés", résume Jean-Noël Antoine, à la Capeb.

"La priorité de toutes les priorités est désormais le dialogue, quel que soit le projet défendu pour la ville. Ne pas y associer les acteurs économiques serait une erreur", complète Jérôme Lopez.

Si aucun ne cite explicitement le nom du maire sortant, plusieurs redoutent une forme de "dogmatisme", peu propice au dialogue.

"Durant les deux derniers mandats, il n'y a certainement pas eu assez d'échanges avec les chefs d'entreprise et les commerçants. Il serait peut-être intéressant de regarder le modèle d'autres villes, où des entreprises participent aux discussions", reconnaît pour sa part le président du Medef.

Tous s'accordent cependant sur la nécessité d'arrêter le "Grenoble bashing" pour construire l'avenir.

"Grenoble a des atouts, à la fois sur le plan environnemental mais également avec la présence de ses centres de recherche internationale et de ses entreprises. Il faut faire en sorte que l'ensemble de ce tissu contribue à la relance", conclut Thierry Uring.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2020 à 11:31 :
une circulation automobile sans embouteillages permanents créés par des irresponsables, une propreté recréée, la sécurité dans la ville et les banlieues, un budget contenu
a écrit le 10/03/2020 à 11:26 :
Belle exercice pro-domo qui ne peut cacher la vérité. (Grenoble est portée à bout de bras par la recherche et l'environnement public (université, CNRS, CEA, . ). La ville siphone depuis des générations toute l' énergie et les finances du département et des départements voisins . (Michel Rocard en son temps l' avait déjà dit....). La métropole qui était dans les 10 premières de France il y a 30 ans et maintenant dans les 15 premières. Il suffit de suivre les prix immobiliers du neuf sur 10 ans pour constater que Grenoble fait partie des rares villes où les prix ont stagné. Si la demande de logement n' a pas augmenté c' est que l' attractivité à baissé (emploi, sécurité, pollution...). pour info HPE est devenu un "centre de compéténce" alors que la fusion Xerox menace l' emploi; CAP GEMINI n' a plus son siège à Grenoble (mais à Paris), Schneider non plus (à Rueil Malmaison). Il reste A. Raymond belle entreprise spécialiste des boutons pressions.
Quant au classement d' Alternatives Economiques connu pour son penchant très à gauche on le voit bien à la manoeuvre dans "il faut sauver le soldat Piolle"
a écrit le 10/03/2020 à 9:35 :
les nazis verts demolissent les centres villes, les transforment en disneyland , puis quand se rendent compte que ca devient un no mans land, exigent que l'etat prenne ses responsabilites pour redynamiser les centres villes

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