Sintertech : une offre partielle en passe d'être déposée ?

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(Crédits : DR)
Les espoirs sont minces pour l’avenir du métallurgiste Sintertech. Malgré la perspective d'une offre de reprise, qui serait en discussions pour son site d’Oloron en Aquitaine, les salariés du sites isérois du groupe craignent toujours une fermeture au 31 décembre prochain.

Vendredi 15 novembre dernier, l'espoir était encore de mise. Mais un peu plus d'une semaine après une rencontre planifiée à Bercy avec des représentants de l'Etat, les salariés de Sintertech ne sont pas des plus optimistes.

"Nous nous sommes rendus à Paris, avec une délégation CGT composée de trois membres de Sintertech, mais également de représentants de Renault, Peugeot ainsi que du secrétaire adjoint de la fédération des métaux CGT", explique Jean-Bernard Etchemendy, délégué syndical CGT pour les trois sites.

Bien que reçus par des délégués issus du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), la rencontre n'a pas eu l'effet escompté pour les représentants des salariés. "Nous sommes allés porter le projet et le message qu'un industriel qui possède un savoir-faire comme celui de Sintertech doit vivre. Nous voulions mettre à profit le délai qui nous avait été accordé par le Tribunal de commerce de Grenoble", indique Jean-Bernard Etchemendy.

Mais malgré la mobilisation d'un consortium de clients ayant œuvré pour assurer la poursuite des activités de l'entreprise durant un trimestre supplémentaire, l'avenir de Sintertech semble à nouveau au point mort. Ou presque.

"On se rend compte que les pouvoirs publics n'ont pas beaucoup de latitude à agir", résume le délégué syndical, qui rappelle qu'il n'existe encore à ce jour "aucune solution globale pour l'ensemble des sites de Sintertech, et notamment les usines grenobloises, qui s'acheminent tout droit vers une liquidation".

Une solution pour le site d'Oloron ?

Car s'il n'existe aujourd'hui aucune offre globale pour l'avenir du groupe, le site d'Oloron, situé dans les Pyrénées-Atlantiques, aurait ouvert des discussions avec un industriel grenoblois.

"Nous sommes à ce jour en train d'examiner une offre de reprise, qui doit encore être affinée et présentée au tribunal de commerce de Grenoble ce jeudi", confirme en effet Jean-Bernard Etchemendy.

L'information n'a cependant été confirmée ni commentée encore ni par l'actuelle direction, ni par le repreneur potentiel.

Cette offre, qui demeure encore en partie confidentielle, émanerait du fondateur de la société de métallurgie iséroise, ECM Technologies, qui s'était par ailleurs déjà engagé à reprendre une activité indépendante de Sintertech, issue de la métallurgie des poudres. Lors de l'annonce de la liquidation de l'entreprise au 15 octobre dernier, cet acteur aurait en effet confirmé sa volonté de reprendre 19 salariés du site de Pont-de-Claix, et serait désormais en passe de présenter une nouvelle offre. Celle-ci consisterait à reprendre une partie des effectifs du site d'Oloron également, dont la proportion reste cependant à préciser.

D'après nos informations, cette solution serait supportée par des constructeurs comme Renault, qui pourraient s'engager à laisser en contrepartie une partie de leurs commandes au site d'Oloron, en vue de lui assurer un certain volume de production. Une nouvelle qui pourrait également entraîner d'autres clients à le rejoindre sur ce point.

Pour autant, ce scénario, qui doit encore passer par une audience au Tribunal de commerce de Grenoble ce jeudi, ne résonne que comme une solution en demie-teinte pour les représentants syndicaux, qui rappellent qu'aucune solution n'a été trouvée pour la majorité des 210 salariés du groupe, répartis sur trois sites.

Les pouvoirs publics dans la boucle

"Nous aurions pu recevoir des offres des sous-traitants du secteur automobile, mais aucune proposition n'a été soumise tandis que les constructeurs se préparent à se fournir ailleurs chez d'autres fritteurs, en Europe", regrette Jean-Bernard Etchemendy.

Selon lui, l'annonce de la liquidation aurait même contribué à "faire fuir davantage" une partie des principaux clients de Sintertech, effrayés par la perspective de possibles pénuries en matière d'approvisionnement. "Dans une industrie comme la nôtre, il faut environ 3 à 4 mois aux constructeurs pour trouver et qualifier de nouvelles pièces en vue de se ressourcer ailleurs", résume le délégué syndical.

Du côté des collectivités également, les marques de soutien resteraient encore parcellaires.

"La Région Auvergne Rhône-Alpes n'a pour l'instant émis qu'une lettre de soutien", affirme le délégué syndical.

Contactée, une source de l'exécutif régional nous a confirmé en effet avoir été approchée concernant ce dossier, mais sans avoir d'annonce à communiquer à ce stade.

"La région Aquitaine est quant à elle plus active sur ce dossier, puisqu'ils ont entamé des discussions avec les repreneurs potentiels", reprend Jean-Bernard Etchemendy.

Du côté de la métropole grenobloise, le président Christophe Ferrari - également maire de la commune de Pont-de-Claix sur laquelle se trouve l'un des trois sites concernés -, atteste : "Nous avions évidemment suivi le dossier, car il s'agit d'un sujet lourd avec près de 210 emplois sur la métropole".

Selon lui, la collectivité avait été approchée dès la cessation de paiements de l'entreprise et sa mise en redressement judiciaire, prononcée au 1er avril dernier.

"Nous avions reçu les syndicats dès le 5 avril et avions adressé un courrier au ministère de l'Economie le 1er juillet, qui est resté sans réponse", indique l'élu.

Une réaction de la filière toujours espérée ?

Alors que la cessation de l'activité de Sintertech reste fixée au 31 décembre 2019, peut-on encore s'attendre à une nouvelle prolongation du délai accordé par le tribunal de Grenoble ? Rien n'est certain, d'après les principaux acteurs de ce dossier.

"L'octroi d'un report de trois mois pour la liquidation était surtout un moyen, pour le tribunal, que de potentiels repreneurs ou clients puissent étudier un autre projet. Or, on ne peut pas continuer de cette manière sans fin", rappelle Jean-Bernard Etchemendy.

Pour le président de la métropole grenobloise, l'espoir resterait cependant de mise :

"Il semble y avoir une prise de conscience, sur ce dossier, de la part des constructeurs automobiles du fait que Sintertech possède de vrais éléments distinctifs, à travers son savoir-faire qui lui permet de produire des pièces de qualité moins chères que la concurrence, ce qui peut avoir de vraies répercussions sur les constructeurs eux-mêmes".

Suffisamment pour susciter une action de la part des grands acteurs de cet écosystème ?

"Une chose est certaine : il existe de vrais éléments de discussions à ce sujet", glisse Christophe Ferrari

Il rappelle que la perspective de la disparition du seul producteur français de certaines pièces mécaniques pourrait devenir une question stratégique pour ces grands donneurs d'ordres.

"Voir disparaître un fleuron industriel français est toujours du gâchis, à la fois industriel, humain mais également pour l'ensemble de la filière, lorsque l'on sait qu'il y a aussi des acheteurs de la filière française de l'automobile derrière", avance l'élu.

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