Grenoble : quel premier bilan pour les commerçants ?

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Les allées du marché de Noël de la Place Victor Hugo étaient encore particulièrement calmes, ce jeudi 20 décembre. Les exposants espèrent que le décalage des dates, prévu depuis plusieurs mois pour mieux coller aux vacances scolaires, permettra de rattraper une part de leur retard.
Les allées du marché de Noël de la Place Victor Hugo étaient encore particulièrement calmes, ce jeudi 20 décembre. Les exposants espèrent que le décalage des dates, prévu depuis plusieurs mois pour mieux coller aux vacances scolaires, permettra de rattraper une part de leur retard. (Crédits : ML)
Alors que Noël approche à grands pas, le mois de décembre aura été particulièrement difficile en centre-ville de Grenoble, où se sont conjugués les manifestations des gilets jaunes, des lycéens, ainsi que la marche pour le climat. Soumis à un nouveau plan de circulation et à une série de travaux depuis l’an dernier, les commerçants du cœur de ville affirment être touchés de plein fouet par des baisses de fréquentation enregistrées chaque samedi.

Un mois de décembre qui semble plus difficile que prévu pour les commerçants isérois. A Grenoble, comme ailleurs, la période des fêtes a été fortement marquée par les manifestations des gilets jaunes et des lycéens en centre-ville, mais aussi par la grande marche du climat, qui a accueilli près de 10 000 manifestants, qui ont complexifié l'accès au centre-ville.

Et à quelques jours de Noël désormais, les acheteurs se font encore assez rares ce jeudi matin aux abords de la place Victor Hugo. A quelques mètres du marché de Noël, le temps est encore au ralenti, les chants de Noël, presque inaudibles.

"C'est un mois de décembre très calme. On ne ressent pas l'esprit des fêtes, à seulement quelques jours du réveillon", affirment plusieurs commerçants d'une voix unanime.

Quelle que soit leur activité, l'ensemble des commerçants interrogés déplorent un chiffre d'affaires en berne de 20 à 30% par rapport à l'an passé. La faute, en partie, aux manifestations qui ont émaillé le centre-ville chaque samedi à l'heure où les grenoblois effectuent habituellement une grande partie de leurs achats.

"C'est très simple, le restaurant été désert chaque samedi avec les manifestations. Fin novembre, nous avions commencé par avoir 18 couverts pour le brunch que nous venions de mettre en place le samedi et qui devait monter en puissance. Or, samedi dernier, on n'a servi 2 couverts", se désole Aurélie Loubet, au Restaurant Gaudi, situé sur le Cours Berriat.

Une baisse d'activité qui ne serait d'après elle pas rattrapable pour une grande partie des restaurateurs et des métiers de bouche comme elle : "On ne peut pas doubler le nombre de places assises pour compenser". Même ambiance dans un magasin d'électronique, situé près de la place Victor Hugo, où les incidents ont contraint les responsables de la boutique à fermer tout un week-end puis une demi-journée, par mesure de prévention. "Ce n'est pas la catastrophe, mais ce ne sera pas rattrapable", prévient l'un des salariés.

Un portrait mitigé en fonction des commerces

 "L'ambiance n'est pas aux fêtes", résume la responsable de la boutique Guess, Véronique Peyron, à quelques mètres de là. La responsable parle d'une fréquentation ayant chuté de près de 40% sur la période de novembre - décembre, pour un chiffre d'affaire qui se rétracte d'au moins 20%.

"Le premier samedi, nous avons dû fermer à trois reprises dans le même après-midi. Notre clientèle, qui est beaucoup composée de femmes, a eu peur et ne voulait pas se déplacer", confie-t-elle.

Un phénomène qui se combine d'après elle à un problème d'accessibilité du cœur de ville. "La rue derrière nous est barrée, et on connait depuis plusieurs mois des travaux un peu partout en centre-ville en plus du nouveau plan de circulation. Les gens ont du mal à se garer".

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Christian Hoffmann, antiquaire et président de l'association de commerçants Label Ville, dresse quant à lui un portrait un peu plus mitigé de la situation, en fonction, en premier lieu, de la typologie des commerces. "Les galeries Lafayette ont par exemple connu une fermeture de plus de deux heures samedi dernier, tout comme la Fnac, lorsque le préfet a relayé des consignes d'alerte. Les métiers de la restauration et de l'hôtellerie sont aussi touchés, avec des structures qui affichent une baisse de 20 à 30% pour les réservations de fin d'année", glisse-t-il.

Si selon lui, les grandes enseignes ont ensuite pu combler ensuite une partie de ce retard, "ce qui n'est pas forcément le cas des biens à la personne et des plus petits commerces, qui peuvent enregistrer une chute de 20% par rapport à leur chiffre d'affaires habituel".

Et pour cause : pour inciter leur clientèle à revenir dans les magasins, les grandes enseignes semblent avoir pris le parti de proposer une série de remises de dernière minute, alors que ce n'est généralement pas leur habitude.

"L'un des points positifs est que nous avions demandé à la Ville un stationnement gratuit pour la période des fêtes de 17h à 19h en voirie la semaine, ainsi que la gratuité des transports en commun sur plusieurs samedis avant Noël. Mais avec les manifestations qui se sont tenues un peu partout dans Grenoble, le bilan sur ce point reste à nuancer", ajoute Christian Hoffmann.

Le marché de Noël relativement épargné

A l'intérieur du marché de Noël de Grenoble, où sont réunis près de 70 exposants pour 90 chalets sur les places Victor Hugo et Grenette, la fréquentation s'afficherait également en baisse, d'après ces derniers.

"Les épisodes de pluie n'ont pas aidé et on a bien senti l'impact des manifestations, surtout les deux premiers samedis, où l'affluence a facilement été divisée par deux", confie la gérante de la Cabane à Truffe, Ingrid Delorge. Pour autant, il règne dans le village un calme que pourraient presque lui envier les commerces aux alentours : avec un vigile positionné aux entrées de la place Victor Hugo ainsi que des rondes de sécurité régulières, le marché est bien gardé.

"On a l'impression d'être dans un microcosme ici, on n'a pas connu de débordements. Les services de sécurité ont été efficaces et ont sécurisé les entrées", ajoute Ingrid Delorge.

Alors que certaines rues de Grenoble ont connu des échauffourées, le marché de Noël, semble avoir été épargné. "On se serait crus un peu comme au royaume des bisounours car on était bien encadrés alors que de l'autre côté de la place, à Zara, les choses étaient beaucoup plus compliquées", souligne Jean-Luc Drebet, au chalet de la brasserie du Palais. Pour lui, le plus dommageable aura presque été les manifestations lycéennes, "car elles ont réellement bloqué une partie de la circulation durant plusieurs heures".

"Du côté des manifestations, tout s'est bien déroulé. Aucune d'entre elle ne s'est directement focalisée sur le marché de Noël, même la marche pour le Climat, qui a réuni près de 10 000 personnes juste à proximité, s'est bien passée", atteste Olivier Bertrand, élu en charge des animations à la Ville de Grenoble. Selon ses équipes présentes sur le terrain, la fréquentation serait restée globalement bonne, "même s'il reste toujours difficile d'effectuer un comptage sur la voie publique".

Même le souvenir des événements de Strasbourg semble tenu à distance. "Les gens sont venus tout de même les jours suivants", affirment plusieurs commerçants. Olivier Bertrand rappelle que la sécurité a en contrepartie été doublée grâce à la présence de vigiles, de la police municipale, de la police nationale et des services Sentinelle.

Les quelques jours qui restent permettront-ils aux clients de venir plus massivement ? Alors que la municipalité avait fait le choix de décaler d'une semaine le marché cette année, notamment pour mieux coïncider avec les vacances de Noël, plusieurs exposants espèrent que la semaine entre Noël et le jour de l'An leur permettra de limiter les pertes.

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