L'association des contribuables lyonnais blâme le modèle métropolitain lyonnais

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La Métropole de Lyon a été officiellement lancée le 1er janvier 2015
La Métropole de Lyon a été officiellement lancée le 1er janvier 2015 (Crédits : Laurent Cerino / ADE)
Pour l'association des contribuables lyonnais (CANOL), la création de la métropole de Lyon a conduit à plus de dépenses et à moins d'investissements, chiffres à l'appui. Les élus et habitants qu'ils ont interrogés pour dresser un premier bilan du fonctionnement de cette structure unique en France sont un peu moins critiques.

"Une catastrophe financière", trois mots retenus par l'Association des contribuables actifs du lyonnais pour résumer le bilan de la création de la métropole de Lyon. Mais l'analyse du collectif n'est pas du goût du président de la Métropole.

"Contrairement à ce que dit Canol, la Métropole ne subit pas d'effet ciseau lié à l'augmentation des dépenses de fonctionnement. Par rapport au département, nous bénéficions d'une fiscalité dynamique : les droits de mutation nous permettent de faire face à nos dépenses sociales, sans recourir à une hausse de la fiscalité", défend David Kimelfeld.

Reste que, pour Canol qui a l'habitude de passer au crible la gestion des collectivités locales, les promesses de Michel Mercier et Gérard Collomb, créateurs de la Métropole, sont loin d'être tenues.

Peut-être parce que justement l'ancien président du département du Rhône et son homologue du Grand Lyon, n'avaient pas promis beaucoup. En tout cas pas en objectifs clairement affichés.

"Nous avons trouvé 3 objectifs inscrits dans une délibération de juillet 2015 : la stagnation de la masse salariale ; la baisse des dépenses de fonctionnement de 125 millions entre 2015 et 2020 et un montant d'investissements de 3,5 milliards sur le mandat", égrainent les représentants de Canol.

Sur les trois premières années d'exercice métropolitain, pas un objectif n'est tenu, selon Canol.

Le social plombe les comptes

Les dérives sont arrivées très vite. En épluchant les comptes administratifs de 2014 et 2015, Canol a conclu que les dépenses de fonctionnement avaient augmenté de 116% en un an quand les recettes progressaient de 93%.

Pour autant rapportées au nombre d'habitants ces dépenses passent de 1 627 euros par habitant en 2014 à 1 740 euros en 2017. Globalement stables", note Canol. Toutefois, les charges financières pèsent lourd notamment en raison des remboursements des emprunts toxiques contractés par le département du Rhône qui ont coûté 87 euros à chaque contribuable lyonnais en 2016. Canol reconnaît qu'en 2017, ces charges ont retrouvé le niveau de 2014.

En regardant la ventilation des dépenses, Canol constate toutefois que si les nouvelles charges, spécialement le social (RSA, allocations aux personnes âgées ou handicapées, etc...) sont assez mal maîtrisées, les postes de dépenses déjà assumés par le Grand Lyon sont en revanche stables.

"Ce poste de charge est le plus lourd puisqu'il atteint 51%. Il est mal maîtrisé et paradoxalement sur les trois premières années, la métropole n'a jamais parlé du social. Aucune délibération n'a présenté les objectifs ou la stratégie dans ce domaine », commente Canol.

Ce phénomène est peut-être à conjuguer au passé, puisque le président de la Métropole assure qu"entre 2016 et 2018, les recettes de fonctionnement de la Métropole ont augmenté de 75 millions d'euros. Elles viennent ainsi compenser l'augmentation des dépenses sociales de + 46 millions d'euros".

Les investissements sont à la traîne

L'autre fait marquant du bilan financier vient de l'absence d'économies d'échelles au niveau des frais de personnels.

"La masse salariale a augmenté de 74% la première année et en deux ans de 15.4%. On est loin des objectifs", constate Canol.

Pour autant, les effectifs sont stables en 2017 et rapportés au nombre d'habitants, ils se réduisent de 2.1%. Encore beaucoup trop selon l'association des contribuables qui estime que le statut des agents empêche les licenciements et donc les économies d'échelles inhérents à toutes fusions d'entreprises privées.

Canol s'inquiète également du retard pris en matière d'investissement. "On est à 20% de retard à fin 2017", fustige Canol, pointant la voierie et l'aménagement urbain comme les parents pauvres de la politique d'investissement métropolitaine.

Sur ce point, l'analyse est presque convergente avec celle de l'exécutif.

"Sur ce mandat, nous avons eu un peu de retard à l'allumage, le temps nécessaire à la réunion des deux collectivités. Ce qui peut donner l'impression que les dépenses d'investissement baissent mais ce n'est pas le cas. Le taux de réalisation de la PPI sera similaire aux précédents mandats", promet David Kimelfeld.

Un modèle qui n'est pas à reproduire

A l'heure où le gouvernement semble vouloir encourager d'autres regroupements de collectivités sur le modèle lyonnais, Canol a tranché.

"La Métropole n'a pas fait ses preuves et elle n'est pas en mesure de les faire sur ce premier mandat. Le modèle d'aujourd'hui doit donc évoluer avant d'être recommandable", estime Canol.

Au-delà des chiffres, pour dresser ce bilan, l'association a interrogés quelques habitants pris au hasard et les élus. Tous semblent moins critiques.

Certes, les premiers pestent contre l'accroissement du poids de la fiscalité locale, disent ne pas voir l'intérêt de la Métropole et ne pas constater d'amélioration, sauf en matière de transport en commun.

Mais les élus sont favorables à la Métropole et même à son élargissement, notamment pour englober l'aéroport. Ils considèrent néanmoins que cette Métropole a été insuffisamment préparée et que ce premier mandat est un mandat de rodage, qui n'a pas produit de résultats concrets.

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