Jean-Pierre Lac : "La concurrence de la future région n'est pas française mais européenne"

Par Romain Charbonnier  |   |  707  mots
(Crédits : DR)
La fusion, au 1er janvier 2016, des régions Auvergne et Rhône-Alpes est l'occasion pour Lyon Place Financière et Tertiaire d'éditer un Guide des chiffres clés de ce nouveau grand territoire. Mais au-delà d'une simple présentation de données, il s'agit pour l'association, regroupant les acteurs de la filière financière, de donner sa vision sur cette évolution territoriale. Jean-Pierre Lac, son président et ancien directeur financier du groupe Seb, dévoile quelques éléments d'explication.

Acteurs de l'économie-La Tribune : Vis-à-vis d'autres publications annuelles, pour quelles raisons votre guide 2016, des Chiffres clés Auvergne/Rhône-Alpes, est-il différent ?

Jean-Pierre Lac : D'abord dans le choix des données. Nous l'avons réalisé avec la vision de la profession financière. Cela fait 18 mois que les équipes travaillent sur ce projet. Comme en 2010, et le Guide des chiffres clés de Rhône-Alpes, pour cette nouvelle version intégrant l'Auvergne, nous avons recoupé et analysé plus de 1 200 données d'organismes divers tels que l'Insee, Eurostat, les CCIR régionales, la Banque de France ou encore les ordres professionnels. Et par la même occasion, il s'agit de faire la promotion de notre association tant auprès des destinataires externes qu'internes.

Lyon Place Financière et Tertiaire (LPFT) manque de visibilité selon vous ?

Nous comptons 300 adhérents, mais la filière de la finance en région compte plus de 75 000 personnes soit 2 % des effectifs salariés de la grande région, travaillant dans 10 000 points de contacts. Soit 3 400 agences bancaires, 2 500 experts-comptables, un tiers des 5 000 avocats, 1 300 notaires sans compter l'appui public. Nous devons donc progresser pour nous faire mieux entendre et connaître, en particulier du côté de l'Auvergne.

Une place financière, c'est un organisme intermédiaire entre deux communautés, d'une part des entreprises qui ont besoin d'argent et de l'autre, des investisseurs, qui en ont, mais cherchent à bien le placer. Nos clients sont principalement la PME ou l'ETI, qui recherchent le produit idéal pour se financer. C'est notre rôle. Et encore plus dans une union régionale, où nous devrons servir des entreprises réparties d'Aurillac à Oyonnax.

Quel est le regard de LPFT sur cette union des deux régions et qui ressort dans l'ensemble des analyses de votre guide ?

Le problème symptomatique de nos régions françaises réside dans le fait qu'elles sont trop morcelées : petites entreprises, petites communes, petites régions. Aujourd'hui, avec cette réforme, nous arrivons enfin à des tailles européennes. Dans le cas de l'Auvergne/Rhône-Alpes, c'est une chance pour les deux territoires. Avec cette union, la région devient une grande région européenne tant par sa population de 7,8 millions d'habitants qui la classe au dixième rang européen que par son PIB de 240 milliards d'euros, supérieur à certains pays membres de l'Union et qui la place au huitième rang.

Dans notre guide, nous menons des comparaisons avec d'autres régions européennes, mais non françaises, car le problème qui se pose n'est pas à observer de ce côté-ci. Mais plutôt dans la concurrence avec la Catalogne, la Lombardie, ou le Bade-Wurtemberg, etc. vers lesquelles les investisseurs peuvent aller.

Le terme de métropole est très peu utilisé également. Alors que la future région devrait en compter quatre. Pourquoi ce choix ?

Lyon, bien qu'elle soit une métropole, n'est pas ultra dominante, et ne représente que 20 % de la population de la région avec 1,5 million d'habitants. Quand Milan et Barcelone en représentent 50 % avec près de quatre millions. Mais c'est une force aussi de la nouvelle région de ne pas être dominée par une métropole ultra présente comme le sont justement Milan et Barcelone, et qui jouit d'un équilibre dans lequel Lyon joue bien évidemment un rôle majeur. Tous doivent travailler ensemble pour aller encore plus loin afin qu'Auvergne/Rhône-Alpes atteigne le niveau haut de certaines grandes régions européennes.

C'est-à-dire ?

Cette région va compter 450 000 entreprises sur les trois millions d'entreprises françaises. 94 % de celles-ci sont des TPE, 5 % des PME et 1 % de grandes entreprises et ETI. Les grandes entreprises et les ETI emploient 50 % des salariés. Et ce sont les grandes entreprises qui réalisent 96 % des exportations. Une vraie problématique. Si nous souhaitons une région plus puissante, il faut permettre aux PME de se développer.

La taille moyenne d'une PME en Auvergne/Rhône-Alpes équivaut à14 salariés, en Bade-Wurtemberg, c'est 35. Cette différence permet naturellement de posséder un service international. De facto, l'ouverture des marchés est un avantage pour celles qui franchissent les frontières et les font progresser. Ainsi, exporter permet d'innover.