Isidore Fartaria : "Ce que nous inflige Bercy est dégueulasse ! "

 |   |  716  mots
(Crédits : DR)
Le président de la CCI du Puy-de-Dôme, Isidore Fartaria, rendra son tablier à l’issue de son mandat. En cause : le chèque de près de 15 millions d’euros que l’Etat l’a sommé de régler au nom de la contribution des chambres à la réduction du déficit public national et par la faute duquel le projet de déménagement de l’école de commerce a dû être abandonné. "C'est dégueulasse", fulmine le Pdg du groupe Titel.

Acteurs de l'économie-La Tribune : Quel est votre sentiment face à la à la demande formulée de l'Etat de voir les chambres consulaires dont la vôtre participer à la réduction du déficit public national ?

Dégueulasse ! Je n'ai pas d'autre mot pour qualifier l'injonction à laquelle le ministère de l'Économie et des Finances nous a soumis au profit du « fonds de financement des CCI » et donc de la contribution des chambres à l'effort national pour ralentir le déficit de la France : 14 939 904 euros. C'est le chèque que la CCI territoriale du Puy-de-Dôme vient de régler à la direction générale des finances publiques. Certes ce montant ne représente « que » 18 minutes de résorption du déficit national, mais les conséquences pour la CCI que je préside depuis 2008 (18 millions d'euros de budget et 22 000 ressortissants) sont considérables et immédiates. Depuis sept ans, nous avons mis en place une politique de gestion extrêmement stricte, à l'aune de celle qui doit cornaquer la vie de toute entreprise : abandon des indemnités du président et des vice-présidents, suppression des remboursements de frais pour l'ensemble des élus... J'ai même écopé de deux suspensions de permis à l'issue de déplacements pour le compte de la chambre.

De quelle manière cette politique de gestion stricte a-t-elle été menée au sein de votre chambre, et quelles en ont été les conséquences ?

Cette politique ne fut pas imposée sans grincements de dents, mais au final l'ensemble de l'institution en fut récompensée. Et l'exploit est d'autant plus grand que dans le même temps, l'érosion des subsides publiques et des recettes fiscales (- 30 % depuis 2010) se poursuivait inexorablement. Et c'est ainsi que nous pûmes initier un très beau projet au profit de la formation : le déménagement de l'École supérieure de commerce sur notre « avenue des Champs Elysées », un terrain idoine de 17 000 m2. Le budget de 40 millions d'euros était ventilé de la façon suivante : cinq millions rapportés au terrain, 12 millions souscrits auprès de partenaires privés (Michelin, Limagrain, Crédit Agricole, etc.) et publics (communauté de communes de Clermont, conseils régional et général), huit millions d'emprunt... et le solde, soit 15 millions d'euros, résultant d'un autofinancement de la CCI ainsi « récompensée » de sa rigueur. 630 000 euros avaient déjà été dépensés (100 000 euros pour chacune des cinq entreprises retenues lors de l'appel d'offres au titre des études produites, et 130 000 pour le cabinet d'architectes). Au final, l'équivalent de notre apport d'autofinancement dépossédé au profit de l'Etat, nous avons dû prendre la décision d'abandonner le projet.

Face à cette demande formulée par l'Etat, ce qu'elle implique et ce qu'elle devrait occasionner, que lui reprochez-vous aujourd'hui ?

Issu de l'immigration portugaise et sans aucun diplôme, j'ai commencé de travailler à l'âge de 14 ans et ai bâti, pierre par pierre, le groupe Titel (production et distribution de produits chimiques pour les entreprises du BTP) qui emploie désormais 550 salariés et génère un chiffre d'affaires de 55 millions d'euros. Cette réussite, nous la devons en premier lieu à une intégrité et à un bon sens de gestionnaire rigoureux. Avec cette funeste aventure, je découvre que l'Etat est capable de punir ceux qui honorent cette exigence, il est capable d'imposer des décisions dont les répercussions vont bien davantage desservir l'activité locale qu'elles ne soutiendront véritablement le comblement du passif, abyssal, de la France. Les Énarques de Bercy ont-ils songé au nombre d'emplois et à l'activité (directe pour les entreprises concernées et les finances des collectivités, et périphériques pour les commerçants clermontois) que ce chantier allait produire pendant les trois ans de travaux ? Ont-ils réfléchi à la lourde pénalité que l'on inflige aux milliers d'étudiants appelés à se former ?

Cette situation vous amène aussi à ne pas reconduire votre mandat...

Aucune autre structure publique ou parapublique n'a été traitée comme nous par l'État. Et c'est, personnellement, d'autant plus écoeurant que je suis profondément légaliste et reconnaissant à la France qui m'a tant apporté. J'ai ainsi décidé de ne pas solliciter la reconduction de mon mandat lors des prochaines élections consulaires.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/06/2015 à 20:44 :
En France les fameuses Chambres de Commerce consomment chaque année près de 4 milliards d'euros d'argent public, 163 Cci en France qui comptent 26.000 fonctionnaires ! Divisez leur budget par 2, cela ne changera rien pour les entreprises, par contre cette économie de 2 milliards servira a réduire la dette plutôt qu'a faire des cocktails remplis de petits fours pour une minorité de petits chefs locaux ! Le saviez vous qu’en moyenne seulement 15% des chefs d'entreprise votent aux élections des Cci, 15% seulement de votants !!! Presque 80% des chefs d'entreprise ne votent même pas car ils savent que cet organisme ne leur sert pas à grand chose voire à rien ! On peut diviser par 2 ou 3 leur budget (surtout certaines Cci de campagne) sans que cela change quoi que ce soit à la vie économique des entreprises.
Les élections aux Cci et des Délégués consulaires grands électeurs des Membres des Tribunaux de commerce ont eu lieu du 25 novembre au 8 décembre 2010 ; le taux d’abstentions dans les catégories commerce, industrie ou services était comparable: 83% .
Aux élections de 2009 des Chambres de métiers et de l’artisanat, on constate le même record d’abstentions : 80% contre 74,6% aux élections précédentes soit 6,4% de plus d'abstention.
Plutôt que de fermer des maternités, gendarmeries, tribunaux, commissariats de Police, on verrait mieux de couper les dépenses dans les endroits ou elles sont surtout somptuaires.
Un des anciens Directeurs Général de la Cci de Lyon (statut assimilé fonctionnaire) a touché comme indemnités statutaires, la modique somme de 490 242,03 €. (Rapport de la Cour des Comptes) et il y a d'autres spécificités dans biens d'autres CCI.
Les Cci (la caste de certains élus qui sont des chefs d’entreprise et les fonctionnaires) qui utilisent l'argent ponctionné aux entreprises pour réaliser des projets immobiliers dignes de petits Seigneurs de Province tout en préservant et en favorisant certains intérêts ciblés. Ces Cci qui sont assises sur des pactoles de cash et par leur statut sont censées représentées et aider bien sûr les entreprises ... Enfin, je vous recommande la lecture du document « Les C.C.I. : un consularisme inutile » facilement et gratuitement localisable sur internet
Réponse de le 26/06/2015 à 11:47 :
Bonjour,
erreur : les salariés ne sont pas des fonctionnaires et un certain nombre se font virés en ce moment du fait des réductions budgétaires.
précision : en comptant 26K personnes, on additionne tout et n'importe quoi : des enseignants dans les écoles de commerce, des pompiers sur des aéroports, des conseillers à la création d'entreprises, des assistantes pour les formalités export.
C'est bien de contribuer au débat. C'est bien aussi de nuancer.
Une vérité : il n'y a pas grand chose de commun entre les CCI de Paris ou Marseille qui ont des chauffeurs pour leurs Présidents, de somptueux locaux, des caves qu'on n'ose imaginer et des CCI comme en Lozère ou en Mayenne qui se dévouent pour aider en majorité des TPE qui n'ont pas les moyens d'avoir recours à des consultants.
Péréquation ? qui le proposera ?
a écrit le 23/06/2015 à 18:56 :
L'appréciation portée par ce prédisent de CCI est très certainement "politiquement incorrecte" mais pertinente. Car si une réflexion SWOT est menée sur le business France, l'une des principales menaces (threat) qui en ressortira sera ce Bercy (ses hôtes, leurs décisions, et globalement leur incapacité à gérer, fusse une modeste "buvette du foot"!).
Réponse de le 23/06/2015 à 20:47 :
Certains n'aiment pas que l'on touche à leur joujou, c'est la cas de ce président de Cci. Adieu les projets et rêves de grandeur sur les "Champs Elysées" locaux. Les taxis doivent se réformer avec l'apparition de Uber, les Cci doivent aussi changer devant la disparition et raréfaction des fonds publiques. Il s'agit juste d'une évolution, faut arrêtez de se plaindre et accepter le changement.
a écrit le 23/06/2015 à 18:03 :
Je comprends totalement l’écœurement du futur "ex" président de la CCI du Puy de Dôme et j'adhère à son analyse. Si ce n'est déjà fait, je lui suggère de rejoindre Nous citoyens, jeune parti créé par Denis Payre, lequel dénonce, entre autres, l'incapacité de l'Etat à appliquer pour ses propres administrations ce qu'il exige des entreprises. Nous sommes des chefs d'entreprises et des citoyens de tous horizons qui tentons de faire bouger les lignes et nous avons besoin de profils forts connaissant à la fois l'univers économique et les institutions.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :