Bernard Rivalta, ancien directeur du Sytral : "J'assume mon caractère"

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(Crédits : Laurent Cérino/ADE)
Depuis la perte de ses mandats faisant suite à la décision du Conseil d'État d'annuler les élections municipales de Vénissieux, Bernard Rivalta s'est fait discret. En avril dernier, il accordait un entretien exclusif à Acteurs de l'économie-La Tribune, dans lequel, il s'expliquait sur la politique, le Sytral, les affaires, l'argent, ou encore sur sa personnalité controversée. Deux mois après cette interview, l'ancien homme fort du Sytral est sur le point de faire son retour aux côtés de Gérard Collomb.

Acteurs de l'économie-La Tribune : Suite à la décision du Conseil d'État d'annuler le scrutin municipal de Vénissieux de 2014 en raison d'irrégularités sur une liste d'extrême droite, vous avez perdu vos mandats politiques et concomitamment la présidence du Sytral. La chute a été violente...

Bernard Rivalta : Je me suis toujours fait à l'idée qu'un jour je serais à la retraite - finalement elle est intervenue trois ans plus tôt que prévu. Pour cette raison, j'ai préparé depuis 2007 ma reconversion professionnelle en devenant auto-entrepreneur. Ce statut me permet d'accompagner des entreprises à l'international grâce à mon savoir-faire légitime d'ingénieur de formation, spécialisé dans les transports en commun et reconnu aux plans national et international. La gêne que me procure la situation actuelle, je l'éprouve à l'égard du personnel du Sytral : je disposais de la plus belle équipe de la région et même de France.

Brutalement, tout s'est arrêté. Les journées sont beaucoup moins remplies, les sollicitations plus rares. Comment l'acceptez-vous ?

Je suis resté fidèle à mes convictions et je crois en la trace qu'on laisse autour de soi ; c'est ce qui m'aide à résister au choc. Une dimension philosophique très présente chez les francs-maçons (Bernard Rivalta appartient à la Grande Loge de France, NDLR). Maintenant, il faut savoir se reconstruire, rester optimiste, exprimer sa capacité à assumer les coups et à rebondir.

Quel bilan dressez-vous de vos mandats à la tête du Sytral (2001 à 2014) ?

J'ai passé 14 fabuleuses années de ma vie en mettant en œuvre les trois piliers fondamentaux du transport en commun : la couture du tissu social, le développement économique et la dimension environnementale. Ce bilan est une grande satisfaction, puisque personne n'a réussi mieux que moi à faire progresser le réseau en commun. L'agglomération est équipée de moyens de transport qu'il faut continuer à perfectionner, tout en les inscrivant dans une économie équilibrée. En deux mandats, les investissements se sont élevés à 2,1 milliards d'euros, sans que la dette n'augmente. Quant aux actifs, ils ont doublé (deux à quatre milliards d'euros). En dépit des critiques de certains, ce résultat n'est pas contestable.

Bernard Rivalta

Votre réputation est celle d'un homme au caractère très affirmé et même dur à l'encontre de ses interlocuteurs. Regrettez-vous cette image ?

J'assume mon caractère direct. La vie a été difficile pour moi, et donc naturellement je me suis forgé de quoi y faire face. Et par exemple, ne comptez pas sur moi pour pleurer chez les autres ! En revanche, ce que peuvent confirmer tous mes anciens collaborateurs, une importante charge affective et humaine me caractérise. Faites un référendum au Sytral pour connaître l'avis des équipes ! « Président, vous devez revenir, le Sytral part à vau-l'eau », me confient des salariés. Preuve que je ne suis pas toujours celui que les médias dépeignent.

Reprochez-vous donc aux médias leur considération de votre personne et de votre parcours ?

Certains journalistes se sont appliqués à me critiquer inlassablement. Ce qui d'ailleurs me touche peu, car j'éprouve un grand mépris à leur endroit. Gérard Angel (fondateur des Potins d'Angèle, NDLR) avait fait le pari, six mois après mon arrivée au Sytral, qu'il me ferait démissionner. J'y suis resté 14 ans... Son problème était peut-être que je n'avais jamais voulu abonner le Sytral à son journal, contrairement au conseil général, à la Région ou à la Métropole qui lui assurent d'exister. Enfin, je ne cautionne pas une personne qui a commencé sa carrière de journaliste dans le journal Minute. Ni les idées très à droite de Christian Latouche, propriétaire de Lyon Capitale.

Golf, voyages, voiture avec chauffeur... votre rapport à l'argent et au pouvoir a fait l'objet de vivre critiques...

Combien de dirigeants et d'élus disposent d'une voiture avec chauffeur ?! Elle me permettait simplement d'assurer un rythme de travail très dense et de faire preuve d'ubiquité. La politique n'est pas que paillette - n'en déplaise à ceux qui m'assimilaient à Louis XIV. Est-il scandaleux de consacrer un après-midi au golf lorsqu'on est en déplacement express à Hanoï pendant quatre jours ? Ces images d'Épinal populistes font simplement les beaux jours de Lyon Capitale, des Potins d'Angèle ou de Rue89Lyon.

Durant ces 14 ans, deux affaires ont toutefois entaché vos mandats : celle des indemnités perçues en tant que président du Sytral (100 000 euros entre 2001 et 2005) et celle des cotisations de la fédération du Parti socialiste que vous n'aviez pas réglées, alors même que vous perceviez des indemnités d'élu. Quelles sont vos explications ?

Lorsque je suis arrivé à la présidence du Sytral, je travaillais encore comme ingénieur dans une entreprise privée. J'ai été licencié pour pouvoir exercer le poste afin d'éviter toute connivence entre les deux structures. J'étais donc au chômage durant quatre années, tout en poursuivant mes activités de conseiller général du Rhône et d'élu de Villeurbanne. J'ai alors indiqué à Gérard Collomb : « Je souhaite me consacrer intégralement au Sytral, car c'est une mission très prenante. » Et j'ai donc refusé ses propositions - notamment un poste de vice-président de la Métropole. Dans ces conditions, une délibération avait fixé, à l'unanimité, une rémunération mensuelle de 3 000 euros, avant que ne surgisse une déferlante de critiques venues d'une élue écologiste et de journaux, suspectant que ma motivation était purement pécuniaire. Si ça avait été le cas, j'aurais cumulé d'autres mandats. Ce que j'ai fait impunément à la suite de cet évènement. Malgré les recours, j'ai dû rembourser la somme demandée, alors même que Gérard Collomb m'avait proposé que le PS s'y substitue. Ce que j'ai refusé. En revanche, je n'ai pas reversé mes indemnités à la fédération du Parti socialiste de Villeurbanne, estimant avoir remboursé, seul, celles du Sytral.

Il s'agissait tout de même, là-aussi, d'une somme de 100 000 euros de cotisations impayées à la fédération PS de Villeurbanne...

C'est faux, j'ai toujours payé ma cotisation au PS. Ce que je n'ai pas voulu régler, c'est le reversement de mes indemnités de fonction au parti, soit une taxe de 20 %. Inscrit au chômage, comment le pouvais-je ? Je n'étais pas de ces élus qui conservent leur activité tout au long de leurs années en politique. Il est ainsi plus facile de reverser une partie de votre paye quand vous avez un métier.

Alors même que cette clause est inscrite dans les statuts du parti...

C'est exact, mais les deux affaires étant corrélées, je n'ai pas souhaité régler ce pourcentage sur mes indemnités, car j'avais fait le choix de rembourser celles du Sytral sur mon propre compte, alors même que j'ai exercé au Sytral pendant quatre ans sans aucune rémunération. Dans cette histoire, je suis droit dans mes bottes.

Bernard Rivalta

Des amis dans les cénacles politique et économiques vous ont-ils aidé à rembourser ?

Personne ne m'a proposé d'argent personnellement. En tant que président du Sytral, vous n'imaginez pas la batterie de contrôles à laquelle nous sommes soumis. Les « voyages » que me proposaient certaines entreprises, je les ai toujours refusés. Et si je ne suis pas « mort » en politique, c'est parce que personne ne peut faire la démonstration que j'ai perçu quoi que ce soit d'illégal.

Pourriez-vous revenir au Sytral ?

Gérard Collomb et moi sommes en discussion. Mais je n'accepterai pas n'importe quoi. Si, comme je le souhaite, il demeure président, l'ampleur de ses engagements dans la Métropole rendra ma présence sur plusieurs dossiers très utile.(1)

Vous avez été élu en 1977 à Villeurbanne en tant qu'adjoint puis dès 1979 au conseil général du Rhône. Quel bilan tirez-vous de ces 40 années d'engagement politique que vous avez inscrites dans un « dialogue à la lyonnaise » aussi singulier que contesté ?

J'ai toujours cherché l'efficacité en privilégiant la coopération. Président du groupe socialiste au conseil général du Rhône, j'entretenais de bonnes relations avec Michel Mercier (UDI), président de l'assemblée, bien qu'elles aient été vivement critiquées par la fédération PS. Nous avons travaillé en toute confiance, initiant un tempo à cette agglomération. C'est ce que j'appelle le « dialogue à la lyonnaise », auquel Gérard Collomb d'ailleurs ne souscrivait pas au départ, les deux hommes ne s'appréciant guère. Puis finalement, des années plus tard, ils installeront la Métropole. Pour ces raisons, mon parcours politique m'inspire fierté.

Jusqu'en 2001, vous étiez conseiller municipal de Villeurbanne, mais vos relations avec le maire Jean-Paul Bret se sont détériorées au point d'être écarté de sa liste sept ans plus tard. Vous décidez alors de tenter votre chance à Vénissieux. N'éprouviez-vous pas un sentiment de culpabilité d'être parachuté dans une autre ville ?

Dès 2007, j'ai anticipé la fin de ma carrière politique en créant une activité de conseil. Mais Gérard Collomb m'a conseillé de poursuivre à Vénissieux : « Les camarades auront besoin de toi », m'avait-il confié. Je n'ai eu aucun état d'âme à m'engager là-bas, puisque « ma » culture est celle de la communauté urbaine. N'oublions pas que 70 % du budget de fonctionnement et des investissements des villes de l'agglomération résultent des décisions de cette dernière.

Mais vous n'habitez pas à Vénissieux...

Non, je suis simplement propriétaire d'un appartement. En plaisantant, je dis souvent : « Je vais chez moi à Vénissieux et en weekend à Villeurbanne. »

Dans ces circonstances, allez-vous cesser la politique ?

Je ne sais pas encore. Seule certitude pour l'heure : je veux accompagner les entreprises françaises dans leur développement à l'international, notamment en Europe et en Chine. Avec le recul, on observe les situations avec lucidité. J'aurais pu être maire, sénateur... et d'une certaines façon, j'ai vécu cela. Le Sytral m'a assuré une fin de carrière fantastique, et personne ne peut revendiquer mon bilan. Cela mr laisse un bon goût de miel dans la bouche.

(1) Bernard Rivalta pourrait revenir en politique puisque selon des sources, il a été nommé par Gérard Collomb, son conseiller spécial aux transports à la Métropole.

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Commentaires
a écrit le 09/01/2017 à 12:51 :
Ce Rivalta m'a l'air d'un drôle de type mitcho

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