Michel Delpuech, nouveau préfet de Rhône-Alpes : une main de fer dans un gant de velours

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(Crédits : Agence Appa)
Le nouveau préfet de Rhône-Alpes, Michel Delpuech, qui prend ses fonctions ce mercredi, a laissé une trace remarquée en Aquitaine, selon les acteurs économiques du territoire. Homme de dialogue et de concertation, mais aussi de réseaux, il s'engage particulièrement sur les questions de l'emploi. Réputé pour sa discrétion et son efficacité, ce haut fonctionnaire succède à Jean-François Carenco. Portrait.

La devise de Michel Delpuech pourrait être "droit au but". Non pas pour son appétence pour le football, lorsqu'à l'ENA il jouait milieu de terrain avec François Hollande, mais bien pour sa gestion des affaires économiques. Le nouveau préfet de Rhône-Alpes, qui prendra ses fonctions début avril en remplacement de Jean-François Carenco, est plébiscité par les acteurs économiques du territoire aquitain, où il exerçait jusqu'alors. "C'est un grand commis de l'État. Il a le sens de l'initiative pour préserver les intérêts du pays et ceux des entreprises, juge Jean-François Clédel, président du Medef Gironde. Pourtant, nous n'avons pas toujours été d'accord", précise-t-il.

Priorité : l'emploi

Parmi les nombreux dirigeants du territoire contactés, le discours est unanime. Tous louent le professionnalisme et l'efficacité de Michel Delpuech. "C'est un homme qui connait parfaitement ses dossiers", constate Laurent Courbu, président de la CCIR Aquitaine. A 62 ans, l'ancien préfet des Hauts-de-Seine, de la Corse et de la Somme a "le poids de l'expérience", souligne un protagoniste. Il l'utilise en priorité aux affaires économiques, et notamment à l'emploi. "Il a cela chevillé au corps. Ce n'est pas un préfet qui crée l'emploi - ce n'est pas ses prérogatives -, mais c'est un fonctionnaire qui construit les conditions adéquates", observe Ludovic Martinez, directeur du cabinet d'Alain Juppé. Ainsi, lors de l'application du CICE, il a mené des opérations de sensibilisation afin d'inciter les entreprises à utiliser cette manne financière au service de l'emploi.

Un style "très Hollande"

Cet auvergnat, amateur de golf, est une personne discrète. "Il n'est pas flamboyant, mais sait s'imposer progressivement. Il dégage une force tranquille", poursuit le collaborateur du maire de Bordeaux. Nombre d'acteurs le caractérisent par un style "très Hollande", "affable", "amical", "audacieux", "humaniste", maniant l'humour et la malice. "Il peut parfois donner une fausse image de lui, car c'est un fin négociateur", analyse un journaliste bordelais.

Et pour cela, il privilégie le dialogue. "C'est un homme de compromis, mais pas de compromission", estime Bernard Uthurry, 1er vice-président (PS) de la région Aquitaine.  "Il se donne les moyens de mettre les différents acteurs autour d'une table afin que chacun puisse s'exprimer", renchérit l'élu. L'administrateur s'invite aussi dans les réunions des instances, comme celle du Medef, des syndicats ou de la chambre d'agriculture, n'hésitant pas à prendre la parole.  L'individu y apparaît accessible et à l'écoute. "Il y a toujours la possibilité de lui glisser un petit mot en fin de réunion pour faire avancer les choses", relate Michel Dumont, président de la Capeb 33, qui était "souvent en désaccord avec le Préfet".

Un homme de réseau

Cette écoute, il la cultive pour entretenir son réseau. "Au moment opportun, il sait mobiliser ses contacts", estime Ludovic Martinez. Il possède de bonnes relations avec la présidence et le gouvernement, comme il le reconnaissait lui-même  : "Bien sûr, cela crée des liens (son passage à l'ENA, promotion Voltaire, NDLR) et ça peut aider à faire passer des messages au Président de la République", expliquait-il. Selon plusieurs acteurs, l'ancienneté de ses liens avec François Hollande et d'autres ministres, comme Michel Sapin, a permis de faire avancer considérablement le financement de la rocade 2X3 voies, "un outil essentiel à l'attractivité économique du territoire", estime un proche du dossier. Il possède des réseaux non pas seulement à la tête de l'Etat, mais aussi dans les administrations et territoires qu'il a traversés.

Chez cet énarque, pas de discours convenu. Il cherche l'efficacité aux bavardages, le pragmatisme du débat aux postures idéologiques. "Il n'aime pas perdre son temps, et préfère des échanges francs et tranchés aux propos conventionnels", détaille Christian Surget, président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) Aquitaine. Une anecdote précise ce comportement : lors d'une réunion avec les différentes instances représentatives, le président du Medef Aquitaine distille la rhétorique nationale du patronat. Le préfet saisit une note gouvernementale contredisant cet argumentaire. Il commence à la lire puis s'arrête : "Si nous agissons comme cela, nous n'allons pas faire avancer notre territoire", déclare le représentant de l'État, selon plusieurs témoins de la scène.

Ancrage territorial

Michel Delpuech est en effet un homme de terrain. "Il n'a pas les deux pieds dans le même sabot", affirme Nadège Roy, présidente de SAAT Gironde. En substance, cette expression du Sud-ouest résume l'activisme du préfet, qui n'hésite pas à battre la campagne, délaissant les grandes baies vitrées de la préfecture girondine. "Il est véritablement ancré dans l'espace qui est sous sa responsabilité administrative. C'est un préfet de région qui exerce aussi en ruralité, qui s'implique dans des situations compliquées", décrit Michel Dumont.

Parmi celles-ci, le dossier de Ford-Blanquefort est une affaire restée dans ses chaussures pendant deux ans. Sauvée de la fermeture en 2010, l'usine Ford de Blanquefort est confrontée depuis plusieurs années à l'inactivité et au chômage partiel. "Il a eu un rôle complexe, car il devait gérer de nombreux acteurs, en prenant des décisions parfois délicates. Je pense qu'il en est sorti par le haut", témoigne un observateur du dossier. Une vision qui n'est pas partagée par Philippe Poutou, ancien candidat à la présidentielle de 2012 (NPA) et délégué syndical CGT à l'usine de Blanquefort :

 "Comme les élus locaux, il est incroyablement passif et complaisant avec Ford. Le constructeur ne respecte pas ses engagements signés avec le préfet. Michel Delpuech n'organise pas la rencontre promise pour fin 2014 avec le comité de pilotage. Mais il semble tenir à nous rencontrer avant son départ".

Détermination contre les entreprises illégales

Pour les dirigeants, Michel Delpuech apparaît comme un homme de poigne, déterminé. "Quand il croit en une chose, il va jusqu'au bout", affirme Christian Surget. Le préfet, ancien chef de cabinet de Michèle Alliot-Marie (2007-2009) pendant l'affaire Tarnac, sait également être radical. Le géant américain Uber en a fait les frais. Pour défendre les taxis, il a prononcé un arrêté préfectoral interdisant le service Uber Pop. Et même face à cela, le dirigeant d'Uber, Alexandre Molla, reconnait lui-même "les compétences et les convictions" du commis de l'Etat. Le préfet n'hésite pas non plus à évincer des entreprises étrangères pratiquant le dumping social, à l'instar d'une société hongroise dans le Médoc, contre laquelle il a prononcé un arrêté d'interruption de l'activité. Volontariste sur la lutte contre le travail illégal, il n'a cependant pas obtenu tous les résultats escomptés. "C'est peut être-là que son bilan est le plus contrasté", souligne une source.

Le nouveau préfet Rhône-Alpes aura bien d'autres missions à relever dans son territoire. "J'ai été surpris par ma nomination. Cela peut être considéré comme une promotion, mais c'est surtout un challenge. Je dois être à la hauteur des capacités de la Région, qui est l'une des locomotives de la France", confie Michel Delpuech à Acteurs de l'économie. Attaché au Sud-ouest, il avait émis en janvier son attirance pour diriger la grande région Aquitaine/Limousin/Poitou-Charentes. Avec la fusion Rhône-Alpes Auvergne, il ne sera pas lésé.

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