A Romans, Mme le Maire s'inspire de l'entreprise pour gérer sa ville

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Marie-Hélène Thoraval a convié des investisseurs le 28 janvier dernier.
Marie-Hélène Thoraval a convié des investisseurs le 28 janvier dernier. (Crédits : Joël Garnier - Ville de Romans)
Le 30 mars 2014, la ville de Romans-sur-Isère (Drôme) passait à droite avec l'élection de Marie-Hélène Thoraval. Cette ancienne cadre se sert de son vécu en entreprise pour diriger sa commune. La nouvelle gouvernance, qui bouscule les habitudes, ne plait pas à tout le monde.

Un an après les élections municipales, force est de constater que certains élus ont déjà laissé leurs empreintes. A Romans-sur-Isère, dans la Drôme, la nouvelle maire DVD (ancienne consultante, qui a notamment effectué des missions de conseil auprès de Fleury Michon et Elle & Vire) se sert de son expérience entrepreneuriale pour moderniser son administration et contribuer à l'attractivité de la ville.

La compétence économique n'est pourtant point du ressort d'une commune. Mais elle l'assume, c'est avec "responsabilité" qu'elle a décidé d'en faire son cheval de bataille.Tournée vers l'avenir, elle essaie ainsi de mettre en avant le potentiel économique de Romans, tout en voulant continuer à défendre l'intérêt de ses concitoyens. Car bien au delà de création d'emplois, il s'agit là d'un levier qui peut selon elle profiter à toute la ville.

Accompagner un mouvement sociétal

Le 28 janvier dernier, Marie-Hélène Thoraval avait ainsi invité près de 150 investisseurs privés à la Cité de la musique, dans le cadre d'un événement intitulée "InvestInRomans". L'objectif était clairement affiché : opération séduction. Pendant près d'une heure, le maire et ses équipes ont alors présenté la ville, ses différentes opportunités, ses atouts et le projet de territoire à l'horizon 2050. Un film promotionnel a notamment montré les tènements et biens immobiliers à acquérir, à l'instar de l'ancienne usine Charles Jourdan aujourd'hui à l'abandon, et les divers projets qui pourraient y être menés.

"Romans est en mutation. Il va falloir équiper la ville, construire, satisfaire des besoins qui vont arriver rapidement. Il s'agit là d'un partenariat public/privé. Notre rôle est de faire rencontrer l'offre et la demande. Dans ces 10 biens présentés, il y aura un amortissement rapide", explique Marie-Hélène Thoraval.

friche Jourdan Romans

Les termes employés sont issus du monde de l'entreprise. Mais ceux-ci profitent aussi aux services de la collectivité. L'élue s'est en effet attachée à analyser et modifier l'organisation des services dès son arrivée.

"Auparavant, il y avait 10 directions. Aujourd'hui, il n'y en a plus que 5. La structure était en râteau, elle est à présent organisée en pôles. On travaille autour de projets", précise l'élue.

Une startup en mairie

Parmi ceux-ci, deux directions ont vu le jour : la DSU (Direction de la satisfaction des usagers), centrée autour de la satisfaction de l'usager, ainsi que la Dadi (Direction attractivité développement et innovation). Cette dernière pourrait être une première en France. Cette cellule, imaginée comme une start-up, a pour objet d'imaginer la ville de demain et ses facteurs d'attractivité.

"La soirée InvestInRomans n'était qu'un premier pas. Ces chefs de projet travaillent sur la rénovation du centre ancien ou encore la Cité du talent. La ville dispose d'équipements de pointe. Nous voulons développer l'industrie du son et créer un pôle complémentaire à La Cartoucherie, à Bourg-lès-Valence, spécialisée dans l'image. Un travail autour du design sera également mené entre le musée de la chaussure et les créateurs", poursuit-elle.

Beaucoup de projets qui confèrent à Romans, selon la première magistrate, une image bien plus dynamique. Après un an seulement à la tête de la ville, l'élue estime qu'il y a déjà un retour sur investissement.

"Gilbert Rozon a choisi Romans (Juste pour rire) pour son festival d'humour musical Kermezzo, avec comme têtes d'affiche Anne Roumanoff ou encore Laurent Gerra. Il se déroulera fin juin. Cela montre que notre travail porte ses fruits. Des masters de pétanque seront aussi organisés cet été", note-t-elle.

L'opposition réagit

Une nouvelle vision de la collectivité qui ne plait pas à tous. Lors des derniers conseils municipaux, des manifestants n'ont d'ailleurs point hésité à montrer leur mécontentement sur cette nouvelle approche. Certaines associations et syndicats reprochent à la majorité municipale la baisse ou la suppression des subventions qui leur étaient allouées. D'autres l'accusent de brader le patrimoine de la ville. Latifa Chay, secrétaire de section du PS du pays de Romans et membre de l'opposition municipale, note que l'approche du premier magistrat n'est pas nouvelle, rappelant que l'ancien maire Philippe Dresin échangeait lui-aussi beaucoup avec des investisseurs privés "sur des sujets pertinents".

La jeune femme note également que la définition d'une collectivité est bien différente que celle d'une entreprise, que son but reste "le mieux vivre-ensemble" et que personne ne doit être oublié dans les actions menées, qui plus est dans la période actuelle. Une vision partagée par Luc Trouiller, conseil municipal (UDI) et communautaire, de la majorité  qui rappelle lui-aussi qu' "une collectivité n'est pas une entreprise, mais un bien commun qui doit profiter au plus grand nombre". L'homme reste conscient qu'il est nécessaire de faire des économies mais n'hésite pas à critiquer ouvertement la première magistrate sur sa stratégie.

"A n'en pas douter, notre Maire est « pro business »! L'entreprise, un terme permettant de combler l'absence d'idées en se donnant une contenance. Romans serait-elle une multinationale? Le maire a pourtant choisi de réduire de 40% la subvention à l'association « Romans International ». Comment expliquer la vente de 800 000 euros de biens communaux prévue pour 2015? Une entreprise se sépare-t-elle de ses actifs? La vision mercantiliste de Mme Le Maire est une bévue".

Pour Bernard Pinet, élu d'opposition FN et conseiller régional, toutes les bonnes idées sont bonnes à prendre en matière de développement économique. Mais selon lui, "il faut créer les bonnes conditions d'accueil et une fiscalité adaptée, et la diminuer". L'homme encourage également à faire davantage d'économies. Mais pour l'heure, "les efforts entrepris ne suffisent pas". Lui-aussi invite Marie-Hélène Thoraval à mettre en œuvre une autre politique.

>>Ces élus qui s'inspirent de l'entreprise, un dossier à retrouver dans le prochain numéro 125 d'Acteurs de l'économie-La Tribune

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Commentaires
a écrit le 09/03/2015 à 21:27 :
Comme je ne suis pas abonnée, je ne verrai pas la suite de l'article. Mais que signifie le titre il ya des collectivités et des entreprises bien gérées et d'autre mal. Ce n'est pas une questions de structure privé ou public, en tant que consommatrice je vois régulièrement des boites qui n'innovent pas , se soucient peu du "clienté et qui auraient bien des choses à apprendre du public. Et ca n'est pas incompatible avec le bien gérer....

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